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Aux USA, le dossier de la RDC est suivi à la loupe. The Brookings Institution, cet influent think tank américain, s’y est longuement attardé cette semaine. L ‘on craint un embrasement de la RDC aux conséquences imprévisibles dans la région des Grands Lacs. Washington s’empresse à amener les parties congolaises à une « solution négociée » en vue de prévenir le chaos. Quoi qu’il en soit, pour les USA, le respect de la Constitution ne devait nullement être remis en cause. C’est tout dire.



Pour conjurer les violences qui peuvent subvenir en RDC après la fin constitutionnelle du mandat du président Joseph Kabila, le 20 décembre 2016, les Etats-Unis sont catégoriques sur un point : l’alternance constitutionnelle doit avoir lieu. Cette semaine, le dossier de la RDC a figuré en bonne place au débat à The Brookings Institution », le très influent think tank américain.



Autour de la table, l’on a noté la présence de Tom Perriello, envoyé spécial des Etats-Unis dans la région des Grands Lacs, Antony Gambino, ancien directeur du bureau de l’USAID en RDC, et de l’ambassadeur de la RDC à Washington, François Nkuna Balumuene.



VERSIONS CROISÉES

Devant « The Brookings Institution », le diplomate congolais s’est appesanti sur les difficultés Sécuritaires et économiques sous la présidence Kabila, lesquelles pourraient justifier un report des élections au-delà de 2016. François Nkuna Balumuene a plaidé pour une «prolongation» du mandat de Joseph Kabila, réclamant « du temps, après le 20 décembre, presque un an, pour préparer les élections ». Il craint, au regard des appels répétés de l’Opposition à une « révolution de masse », un scénario d’apocalypse. « L’implosion de la RDC doit être évitée à tout prix (…). Il n’y a aucun intérêt à créer une deuxième Libye en Afrique centrale», a averti l’ambassadeur congolais.



Si, au cours du débat, le diplomate congolais s’est employé à justifier le glissement du cycle par des pesanteurs financières et logistiques, les représentants de l’administration ont défendu un point de vue contraire. Autant pour Tom Perriello qu’Anthony Gambino, chacun en ce qui le concerne s’est longuement attardé sur la période dans laquelle s’est engagée la RDC. Ils ont pris pour base d’analyse l’impossibilité de tenir les élections en 2016. Pour l’un ou l’autre, la RDC est au bord d’une crise de grande ampleur. Il y a lieu, pensent-ils, de parer au plus pressé pour en limiter les dégâts aussi bien en RDC que dans le reste de la région des Grands Lacs.



Pour le cas précis de la RDC, les Etats-Unis privilégient une « solution négociée » pour sortir de la crise. Toutefois, de l’avis de Washington, cette solution, quoi que négociée, ne devait pas servir de prétexte pour violer la Constitution.



C’est Antony Gambino qui s’est chargé de recadrer le diplomate congolais. Il lui a rétorqué que «la Constitution du Congo devait être respecté e», que « la présidentielle devait avoir lieu, si ce n ‘est en 2016, le plu5 tôt possible en 2017». Si l’inviolabilité est un préalable sur lequel tous devaient se mettre d’accord, Tom Perriello pense qu’en RDC, le décor est planté pour un embrasement généralisé. Aussi prévient-il, « si nous ne trouvons pas de solution négociée, ces scénarios extrêmement préoccupants pourraient se traduire par la violence ».

Pour Tom Perriello, l’alternance démocratique en RDC justifie tout l’engagement des Etats-Unis autant en RDC que dans la région des Grands Lacs. Il a, à cet effet, rappelé les options maintes fois défendues par le président des Etats-Unis. « Les progrès démocratiques en Afrique sont en danger quand des dirigeants refusent de quitter le pouvoir à la fin de leur mandat», a rappelé Tom Perriello, paraphrasant le président Obama, dans le discours qu’il avait prononcé en juillet 2015 devant l’Union africaine.



A l’adresse de ses homologues africains, le président américain, se souvient-on, avait souligné que la Constitution des Etats-Unis lui interdisait de briguer un troisième mandat. La diplomatie américaine veut donc que la règle s’applique aussi à Joseph Kabila, a fait remarquer Perriello. En 15 ans, le président de la RDC a eu « le mérite» de construire une « démocratie constitutionnelle », il a « maintenant l’occasion de tourner la page », a fait valoir M. Perriello.



Accusés d’ingérence dans les tragédies des Grands Lacs depuis la décolonisation, les Etats-Unis n’ont aucun « intérêt» dans la région, ni d’« animosité personnelle» contre tel ou tel dirigeant africain, â assuré Tom Perriello.



Autrement dit, les Etats-Unis sont préoccupés par le retard pris par le processus électoral en cours en RDC. Embouchant le même langage que le secrétaire général d l’ONU, Washington estime que le maintien du président Kabila au-delà de la limite de son deuxième et dernier mandat constitutionnel serait une source de violence. Comme au Burundi, Washington ne voudrait pas que la RDC se retrouve dans cette situation. D’où, son implication pour une alternance démocratique dans le respect de la Constitution.



En effet, Washington et plusieurs capitales occidentales suivent de très près l’évolution politique de la RDC où la communauté internationale a beaucoup investi pour ramener la paix. La même communauté internationale finance la plus importante mission de maintien dé la paix des Nations unies au monde, en l’occurrence la Monusco. Pour Washington, ces efforts doivent servir à cimenter les bases de la paix en RDC. Or, dans la perspective d’un report des élections en 2016, ce sont toutes ces années de mobilisation de l’ensemble de la communauté internationale qui risquent d’être balayées d’un revers de la main. Un scénario que l’administration américaine.

« Le Congo est à un mois d’une crise constitutionnelle complète», s’est ainsi alarmé Anthony Gambino, ancien directeur à Kinshasa de l’USAID, l’agence humanitaire du département d’Etat, complétant par la suite par Perriello qui a indiqué que « plus on se rapproche de ces dates butoirs, moins les bons scénarios sont plausibles et plus les mauvais sont probables ».



DANS LE RESPECT DE LA CONSTITUTION

Evidemment, à Washington, l’option d’une «solution négociée » ne peut être une occasion de violer la Constitution. Sur ce point précis, les Etats-Unis ne transigent pas. Quelle sera dès lors la réaction de Kinshasa ? Difficile à dire pour l’instant. On sait, toutefois, que le dialogue politique, ce forum national qui devait planter le décor d’une solution négociée pour des élections apaisées peine à décoller. Les parties au dialogue peinent à dégager, à ce jour, une unanimité autour du facilitateur désigné de l’Union africaine, Edem Kodjo. Dans l’opposition, on considère que la récusation d’Edem Kodjo est sans appel. Pour le moment, les évêques de l’Eglise catholique ont tenté d’offrir leurs bons offices pour concilier les différentes tendances et, à terme, relancer le dialogue.

Dans tous les cas, dialogue ou « solution négociée », comme le préconisent les Etats-Unis, en RDC, l’alternance démocratique demeure incontournable.

Par LE POTENTIEL


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