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Il est au front. Toujours entre deux avions pour exercer ses fonctions de Vice-ministre des congolais de l’étranger. Cela, quand il ne le fait pas depuis Kinshasa, capitale de la RDC. De passage à l’hexagone, précisément à Paris, Antoine Boyamba Okombo a accordé une interview exclusive à Jeune Afrique, le week-end dernier. Seuls les Congolais de l’étranger disposant d’un passeport national, d’une carte consulaire et d’une carte de résidant du pays d’accueil pourront voter, précise-t-il. Pour que tous les Congolais d’origine, même ceux qui ont acquis une seconde nationalité, puissent voter, il faudrait réviser la Constitution, précisément, en son article 10. A en croire le Vice-ministre Boyamba, les mouvements des combattants baissent d’ardeur pour s’inscrire dans une perspective positive, en se muant en formations politiques tel que leur demandé. Voilà, en somme, des grandes idées livrées dans les propos du Vice-ministre des congolais de l’étranger. Les contours de l’expulsion du chercheur américain Jason Stearns et du refus du renouvellement du visa d’Ida Saywer, la représentante de Human Rights Watch ont, aussi, été au menu. Le Congo est-il en train de se renfermer sur lui-même ? C’est là, une question lui posée. Non, réplique-t-il, en fustigeant l’ingérence habituelle dont souffre la RDC. Ci-dessous, in extenso, ladite interview.



RDC – Antoine Boyamba : « Pour que tous les Congolais d’origine votent, il faudra réviser la Constitution »

Pour la première fois dans l'histoire de la RD Congo, les Congolais vivant en dehors du territoire national pourront voter ou se faire élire lors de la prochaine présidentielle. Mais, dans un contexte politique tendu, le pays a-t-il réellement les moyens de les enrôler ? De passage à Paris, Antoine Boyamba Okombo, vice-ministre des Congolais de l'étranger, a répondu aux questions de Jeune Afrique.

À bientôt 57 ans, Antoine Boyamba Okombo dirige un ministère complexe, celui des Congolais de l’étranger. Combien sont-ils ? « Aucune statistique fiable n’existe », souffle une source diplomatique congolaise. Le vice-ministre avance lui le chiffre de quelque 8 millions de ressortissants de la RD Congo qui vivraient aujourd’hui à l’extérieur de leur pays. Mais difficile, pour l’instant, de savoir combien ont conservé leur nationalité d’origine, celle-ci ne pouvant être détenue concurremment avec une autre.

Longtemps actif dans l’ombre (il a été entre autres chargé de mission de Vincent de Paul Lunda Bululu, alors Premier ministre, début des années 1990 avant de « rallier » Laurent-Désiré Kabila, tombeur de Mobutu), Antoine Boyamba, détenteur notamment d’un diplôme en sciences politiques et relations internationales et d’une maîtrise en histoire à Sorbonne (Paris), fait du vote des Congolais de l’étranger son principal cheval de bataille. Mais pas seulement.

Jeune Afrique : À quand l’enrôlement des Congolais de l’étranger, auxquels la réforme électorale de 2015 permet désormais de voter et de se faire élire en RD Congo ?

Antoine Boyamba : Les Congolais sont dissimulés sur les cinq continents. La RD Congo ne dispose que de 67 ambassades à travers le monde. Comment faire ? La tâche n’est pas évidente. Nous y réfléchissons au sein d’une commission tripartite qui se réunit tous les mois. Elle regroupe le représentant du gouvernement, les ambassadeurs étrangers affectés en RD Congo mais aussi d’autres partenaires comme le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) ainsi que la Commission Electorale Nationale Indépendante (Ceni).

Nous estimons aujourd’hui qu’il existe au moins 8 millions de personnes originaires de la RD Congo qui vivent à l’étranger, y compris celles qui ont acquis la nationalité de leur pays d’accueil. Or la législation congolaise actuelle ne permet pas à ces dernières de prendre part au processus électoral.

Comment comptez-vous vous y prendre pour distinguer les Congolais de l’étranger qui ont conservé leur nationalité de ceux qui ont pris une nationalité étrangère sans rendre leur passeport d’origine ?

Seuls les Congolais de l’étranger disposant d’un passeport national, d’une carte consulaire et d’une carte de résidant du pays d’accueil pourront voter. Ne pouvant pas présenter ces trois documents, des ressortissants de la RD Congo qui ont pris une nationalité étrangère ne pourront pas voter : ils ne sont plus congolais !

N’est-ce pas en contradiction avec le principe d’irrévocabilité de la nationalité congolaise d’origine adopté lors des « concertations nationales » tenues à Kinshasa en septembre 2013 ?

Ces conditions sont conformes à la loi. Il n’y a donc aucune contradiction. Au niveau du gouvernement, nous avons enclenché cependant un processus qui aboutira à l’application de la résolution n°3 des concertations nationales, laquelle consacre en effet le principe d’irrévocabilité de la nationalité congolaise d’origine. Mais ce projet de loi nécessite la modification de l’article 10 de la Constitution qui stipule que la nationalité congolaise est une et exclusive.

Or, en RD Congo, chaque fois que l’on parle de révision constitutionnelle – même dans un bon sens – les voix s’élèvent pour s’y opposer. Pourtant, pour que tous les Congolais d’origine votent à la présidentielle, il faudra réviser la Constitution. Je leur demande alors de lancer une pétition pour demander un référendum à ce sujet.

Parallèlement, des députés qui ont acquis une autre nationalité bénéficient d’un « moratoire » [délai pour régulariser leur situation] depuis 2007…

C’était une décision de l’organe législatif. Moi, je fais partie de l’exécutif. Ceci dit, il serait plus facile pour tout le monde que toute personne née congolaise ou ayant des ascendants congolais puissent exercent ses droits civiques. C’est pourquoi nous avons déposé un projet de loi. C’est une démarche qui vise à rassembler les Congolais, au delà des camps politiques.

Que vous inspire ces mouvements dits « combattants », actifs dans plusieurs villes occidentales, voire en Afrique du Sud, et très opposés au régime de Kinshasa ?

C’est un phénomène créé par la haine et la xénophobie des nostalgiques du régime de Mobutu. Ces derniers avaient ainsi lancé le poison de la division au sein de la diaspora, en s’arrogeant le droit d’attribuer, ou pas, la qualité de Congolais à tel ou tel animateur des institutions en RD Congo. Cela a conduit à des voies de fait contre certains représentants du pouvoir qui ont subi, pendant quelques années, une forme de fatwa inacceptable.

Aujourd’hui, depuis notre arrivée aux affaires, le climat est beaucoup plus apaisé. Nous avons entamé le dialogue et nous avons demandé à ces « combattants » de se muer en partis politiques pour faire entendre leur voix. Beaucoup sont désormais prêts à rentrer au pays et disposés à participer au dialogue politique inclusif convoqué par le président Joseph Kabila.

Entre-temps, les partenaires extérieurs de la RD Congo, les États-Unis en tête, menacent de « sanctions ciblées » (gel des avoirs, interdiction de voyager, etc.) les dirigeants congolais qui entravent le processus démocratique dans le pays. Qu’en pensez-vous ?

C’est un manque de respect. Nos partenaires savent d’où viennent les difficultés de la RD Congo à organiser dans les délais les élections. Ils savent que certains groupes financiers occidentaux entretiennent des foyers de tension à l’est du pays pour s’accaparer de nos richesses, privant ainsi le pays des moyens nécessaires au processus électoral.

Organiser les élections et sécuriser les civils à l’Est, cela ne relève-t-il pas de la responsabilité première de l’État congolais ?

À l’Est, l’État a pris ses responsabilités. Mais nous avons affaire, comme en Europe aujourd’hui, au terrorisme. Ce n’est pas une guerre classique ! Des assaillants attaquent la nuit des villages, pillent, violent et massacrent des civils. Puis, ils disparaissent. Que font les 17 000 hommes de la mission onusienne qui sont présents en RD Congo ? Comme l’armée congolaise, ils font face aux guérillas.

Et dans certains pays d’accueil, comme en Inde ces derniers mois, des Congolais sont souvent victimes d’actes de racisme, de meurtres… Que fait le gouvernement congolais ?

Nous suivons la procédure diplomatique normale. Nous n’enverrons pas les avions de chasse pour bombarder des pays où nos compatriotes sont malmenés. Nous exigeons par ailleurs des pays d’accueil des Congolais qu’ils respectent la Convention de Vienne, qui leur demande de protéger les étrangers sur leur territoire. Inversement, nous demandons à nos concitoyens de respecter les lois et les coutumes des pays qui les accueillent.

Après l’expulsion de Jason Stearns, chercheur américain du Groupe de recherche sur le Congo, les autorités congolaises ont refusé de renouveler le visa d’Ida Saywer, la représentante de Human Rights Watch dans le pays. Le Congo est-il en train de se renfermer sur lui-même ?

Est-ce que la RD Congo va voir ce qui se passe à Bâton-Rouge, aux États-Unis, lorsque la police tue lâchement des Noirs ? Tous ces activistes ou chercheurs sont les bienvenus chez nous mais ils ne doivent pas s’immiscer dans les affaires intérieures du pays.

Établir des rapports sur la situation des droits de l’homme du pays, est-ce une immixtion dans les affaires intérieures de la RD Congo ?

Nous estimons que leurs rapports, souvent partiaux, risquent de mettre le feu dans le pays. Nous n’avons pas besoin de pyromanes. Ils ne parlent jamais de la liberté de la presse en RD Congo, de la liberté de culte, ou de la liberté de participer à la vie politique : la RD Congo compte plus de 400 partis reconnus !

Quand des bandits s’attaquent à des civils à Kinshasa, éventrent des femmes enceintes, voudriez-vous que la police reste arme aux pieds ? Un État de droit protège ses citoyens. Il est temps que cesse le Congo bashing : le moindre fait divers fait la une de tous les médias internationaux. C’est inacceptable !
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