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Alors que l’opposition congolaise réclame à corps et à cri l’alternance et la libération des prisonniers politiques, un homme incarne le sauveur tant espéré : l’opposant historique de 83 ans Étienne Tshisekedi, qui a tenu un discours sans concession dimanche à l’égard de Joseph Kabila.

Étienne Tshisekedi met en garde Joseph Kabila. L'opposant historique en République démocratique du Congo a livré dimanche un discours enflammé, exigeant le respect de la constitution –qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels consécutifs. Il appelle de fait à la tenue de l'élection présidentielle d'ici la fin de l'année et au départ sans condition du président Kabila en décembre. «Le 19 septembre 2016 est la première ligne rouge à ne pas franchir. Le corps électoral doit être convoqué pour l'élection présidentielle. Dans le cas contraire, la haute trahison sera attestée dans le chef de M. Kabila qui endosse la responsabilité du malheur des Congolais», a prévenu M. Tshisekedi lors du grand rassemblement de l'opposition qui a eu lieu à Kinshasa. «Dès cet instant, le décompte de son préavis de trois mois de locataire au palais présidentiel commence» a ajouté le président de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), concluant: le 20 décembre, «la maison doit être libre».

Il s’agissait du premier meeting de l’opposant de 83 ans depuis son retour au pays. Plusieurs dizaines de milliers de personnes avaient fait le déplacement pour écouter celui qu’ils attendaient comme le Messie. M. Tshisekedi, président du «Rassemblement», coalition de forces d'opposition créée en juin en Belgique, est rentré à Kinshasa mercredi dernier après avoir passé deux ans dans le Plat pays, notamment pour raison médicale. Il a été accueilli par plusieurs centaines de milliers de partisans massés de l'aéroport jusqu'à sa résidence située 15 km plus loin. «L'espoir de toute la classe politique est que le retour d'Étienne Tshisekedi vienne enlever le doute quant à la participation du Rassemblement» au «dialogue national» proposé par le pouvoir, a déclaré à l'AFP André-Alain Atundu, porte-parole de la Majorité présidentielle (MP).

Le dialogue national reporté sine die

Rappelons que Kabila a convoqué un dialogue national en novembre, afin de permettre l'organisation d' «élections apaisées». L’opposition a commencé par le bouder, y voyant une manœuvre du pouvoir, avant de l’accepter, sous réserve de quelques conditions préalables, notamment la libération des prisonniers politiques et d'opinion. En avril, l’Union africaine (UA) avait nommé Edem Kodjo l’ ex-Premier ministre togolais Edem Kodjo facilitateur du dialogue national en RDC. Celui-ci a annoncé le 23 juillet que les travaux préparatoires seraient lancés le 30 juillet. Mais le «Rassemblement» l’a récusé, déplorant «la précipitation» avec laquelle il «a lancé, unilatéralement, l'invitation pour les travaux préparatoires du dialogue, au lendemain de la publication des ordonnances (signées par le président Joseph Kabila et accordant des grâces à certains détenus, Ndlr) qui ne satisfont pas aux exigences de libération inconditionnelle de tous les prisonniers politiques et d'opinion.»  Edem Kodjo a démenti toute partialité et annoncé vendredi le «report de l'ouverture des travaux du comité préparatoire», pour «permettre à tous les acteurs de prendre leurs dispositions pour que la grande famille des participants au dialogue soit au grand complet».

Dans le pays comme au sein de la communauté internationale, de nombreuses voix s'élèvent pour que les parties entament vite les discussions, afin d'éviter que le pays ne plonge, à nouveau, dans le chaos, après deux guerres ravageuses (1996-1997 et 1998-2003). «Nous assistons à la reprise en main du pouvoir par les mêmes que la population a chassés en 1997 et qui ont pris les armes dans des mouvements rebelles», s’était ainsi alarmé dans les colonnes de Paris Match le député de la majorité présidentielle Francis Kalombo, qui a rompu avec Kabila et a quitté le pays dès janvier 2015. «Ils installent aujourd'hui une dictature qu’aucun Congolais ne peut accepter après avoir vécu 32 ans sous le règne de Mobutu» Sese Seko (1965-1997). Plus récemment encore, la répression de manifestations qui avaient eu lieu en janvier 2015 contre une tentative de modification de la loi électorale avait fait plus de 40 morts selon des ONG. De son côté, Kabila fustige ce qu’il considère comme l’ingérence internationale.

Au pouvoir depuis 2001, il est tenu par la Constitution d’organiser une nouvelle élection à laquelle il ne sera pas candidat. Mais au vu du contexte, il semble impossible que le scrutin ait lieu en temps et en heure, aussi les deux camps s’affrontaient sur la marche à suivre : en effet, l’article 70 dispose qu’ «à la fin de son mandat, le président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau président élu», tandis que l’article 75 prévoit qu’«en cas de vacances, de décès, de démission ou pour tout autre cause d’empêchement définitif, les fonctions de président de la République sont provisoirement exercées par le Président du Sénat.» Un arrêt de la Cour constitutionnelle a finalement tranché en faveur du président en mai, estimant qu’il pourrait rester en fonctions au-delà du terme de son mandat si l’élection présidentielle n’est pas organisée.

A lire : L’étau se referme sur Joseph Kabila

Quant à Étienne Tshisekedi, ancien mobutiste entré dans l’opposition dès 1980, il est connu comme l’une des grandes voix opposées à la dictature au Zaïre, puis en République démocratique du Congo sous le règne du père de Joseph Kabila, Laurent-Désiré Kabila (de 1997 à son assassinat en 2001). M. Tshisekedi, qui a fait plusieurs allers-retours en prison, a aussi été trois fois Premier ministre (1991, 1992-1993, et 1997). Il est arrivé deuxième de la présidentielle de 2011, dont il avait contesté les résultats. Malgré ses années d’exil, «le Sphinx», ou «Tshi Tshi», comme il est parfois surnommé, jouit toujours d’une grande popularité. «On peut m’avoir oublié, mais on ne peut pas oublier ma lutte de 30 ans pour l’Etat de droit et la bonne gouvernance», avait-il lui-même résumé en juin 2011 sur l'antenne de RFI. L’octogénaire attend son heure depuis des décennies. Seule sa santé semble aujourd’hui pouvoir l’arrêter.
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