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De retour à Kinshasa après deux ans passés à se soigner en Belgique, Étienne Tshisekedi a été accueilli en triomphe par ses partisans, le 27 juillet dernier. En quatre décennies, le Sphinx de Limete s’est imposé contre vents et marées comme la figure emblématique de l’opposition congolaise. Retour en vidéos sur les temps forts d’un parcours politique tumultueux.

RD Congo : Étienne Tshisekedi exige la présidentielle et le départ de Kabila avant la fin 2016
Si certains considèrent le retour en RD Congo d’Étienne Tshisekedi comme un tournant historique qui poussera le président Kabila au départ, d’autres jugent que l’état de santé de l’opposant, qui s’est beaucoup détérioré récemment, ne lui permettra pas de mener à bien son combat. En attendant de voir si, du haut de ses 83 ans, « Ya Tshi Tshi » sortira victorieux d’une ultime bataille qui viendrait clore des années de lutte farouche contre le pouvoir, Jeune Afrique revient en vidéo sur les grandes périodes de sa carrière politique.

Les années 1960 : premiers pas en politique aux côtés de Mobutu
Avant de tourner le dos à Mobutu Sese Seko, le jeune Tshisekedi a d’abord été étroitement lié à ce dernier. D’abord membre du gouvernement provisoire mis en place après le coup d’état de 1960, Tshisekedi se hisse en 1965 au rang de ministre de l’Intérieur, après le second coup d’État. Sous sa responsabilité s’opère l’un des épisodes les plus douloureux du pays soumis au régime de Mobutu : la pendaison des « Martyrs de la Pentecôte », ces hauts fonctionnaires qui, accusés de complot, seront exécutés aux yeux de tous dans le stade de Kinshasa, le 1er juin 1966.

Dans la vidéo ci-dessous, on peut voir Étienne Tshisekedi justifier le choix du châtiment à un journaliste. Il explique : « L’action pénale ne doit pas toujours être répressive, mais préventive : il faut prévenir tous ceux qui étaient dans le coup, et ceux qui attendaient leur tour, pour qu’ils puissent voir avec quelle sévérité on punit ce genre d’infraction ». Selon lui, les martyrs auraient commis un acte impardonnable de « connivence avec les milieux de la haute finance étrangère que nous combattons pour les intérêts supérieurs de la nation. »




Les années 1980 : le désaveu
Alors que Tshisekedi gravit les échelons du pouvoir, le pays ploie sous la chape de plomb du régime de Mobutu, qui impose le Mouvement populaire de la révolution (MPR) comme parti unique. Un affront pour Tshisekedi, qui avait pris part à la rédaction du manifeste de la N’sele en 1967, acte fondateur du parti national qui prévoyait initialement l’existence de deux partis politiques au Congo.

En 1980, Tshisekedi signe ainsi une lettre ouverte avec un groupe de parlementaires condamnant les abus du régime du Maréchal-Président. La rupture est consommée : deux ans plus tard, « Tshi Tshi » fonde l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), dont les membres sont traqués par les autorités. Son activité au sein de ce parti d’opposition lui vaudra ainsi d’être incarcéré à plusieurs reprises durant cette décennie.



Dans l’extrait ci-dessus, on peut voir Tshisekedi évoquer le basculement du régime vers l’imposition d’un parti unique, déplorer que le MPR ne soit pas « basé sur l’adhésion libre » et que par conséquent « tout Zaïrois de par sa naissance est membre du MPR ».

Les années 1990 : la valse de l’opposant
À l’occasion de la conférence nationale souveraine (1990-1992) qui instaure finalement le multipartisme, Mobutu consent à nommer Tshisekedi Premier ministre, d’abord pour quelques jours en 1991, puis le 15 août 1992. Au sommet de sa popularité, le chef de l’opposition montre qu’il n’hésite pas à tenir tête au chef de l’État lors de sa prestation de serment, ce qui lui vaudra d’être limogé en février 1993.




Même scénario en 1997 : nommé une nouvelle fois Premier ministre alors que les troupes de Laurent-Désiré Kabila envahissent l’est de la RD Congo, Tshisekedi a pour mission de rétablir la paix dans le pays. Taclant de nouveau un Mobutu vieillissant, il dévoile son gouvernement qui réserve six porte-feuilles à l’AFDL de Kabila (comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessus). Ce dernier, peu impressionné, rejette l’offre d’intégrer l’équipe de Tshisekedi… et l’écarte du gouvernement immédiatement après sa prise de pouvoir en mai 1997. Tshisekedi est ainsi brièvement arrêté un mois plus tard, puis tout bonnement interdit d’exercer son activité politique en 1998.

Les années 2000 : président envers et contre tous
En 2003, deux ans après après l’assassinat du Mzee, Tshisekedi reste inflexible face au fils de l’ancien président, Joseph Kabila, qui s’est glissé dans les habits du pouvoir au lendemain de la mort de son père. Sans doute lassé, aussi, de jouer un rôle de ministre putatif, il refuse d’intégrer le gouvernement de transition et demeure à la tête de l’opposition chapeautée par l’UDPS, qui suscite régulièrement des mobilisations pacifiques depuis 1997. En 2006, ce mouvement appelle, en vain, au boycott de la première élection présidentielle multipartite du pays fraîchement doté d’une nouvelle Constitution.

En 2010, Tshisekedi reprend du poil de la bête. Après un exil médical de trois ans, il décide d’entrer dans la course du scrutin présidentiel de 2011 contre Joseph Kabila. Arrivé deuxième, il conteste le scrutin qu’il juge « truffé d’irrégularités » et s’auto-proclame président de la République démocratique du Congo… Dans la vidéo ci-dessous, on peut ainsi le voir prêter serment depuis sa résidence de Limete, et affirmer que son élection « représente pour le peuple congolais l’aboutissement de 30 ans de lutte pour la démocratie et l’État de droit. »



2016 – ? : le retour du Sphinx

Contraint de s’écarter malgré des tentatives de négociations, Tshisekedi refuse néanmoins de s’avouer vaincu et conserve son aura auprès de ses partisans, même lorsqu’il quitte Kinshasa pour Bruxelles le 16 août 2014, suite à un malaise. Après avoir annoncé son retour plusieurs fois en 2016, le 27 juillet dernier, « Ya Tshi Tshi » rentre au pays : dans les rues de Kinshasa, des dizaines de milliers de personnes, dont des militants de l’UDPS mais aussi des partisans d’autres partis, accompagnent son cortège.



Dimanche 30 juillet, Tshisekedi a de nouveau galvanisé les foules lors d’un meeting où il a donné son préavis au président Kabila : « Le 20 décembre, la maison doit être libre », a-t-il lancé. Le retour de l’opposant historique marque-t-il ainsi le début d’un nouveau (et ultime) chapitre de sa fougueuse carrière ? JeuneAfrique
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