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(Par Alain Lubamba wa Lubamba)

Je suis plus que navré de la situation chaotique à l’Est de mon pays. De nouveau et une fois de trop, la désolation, le deuil et le chagrin se sont emparés des congolais de tout bord.

Toutes les filles et tous les fils de la RDC se sont exprimés à travers des déclarations de protestation, des marches, l’organisation d’un deuil national…

Albert CAMUS disait : « Mal nommer les choses, c’est ajouter un malheur au monde ».

Il est donc de mon devoir quels que soient les circonstances, le contexte politique ou économique, nos états d’âme, nos tendances de dire la vérité et d’appeler le chat par son nom.

Cette énième triste et lâche tuerie massive est l’œuvre des ADF, mouvement de rébellion d’origine ougandaise, né au milieu des années 1990 pour combattre le régime actuel ougandais au pouvoir depuis 30 ans.

Rien qu’à considérer le but pour lequel ce mouvement a été créé, on n’aurait du mal à comprendre que des massacres odieux, récurrents se perpétuent en RDC plutôt qu’en Ouganda, ce qui serait logique s’il faille rester objectif et rationnel.

Etant donné que l’heure du deuil est passée, nous devons passer à la recherche et à l’opérationnalisation des réponses concrètes afin de mettre définitivement fins aux deuils et au comptage des morts de nos frères et sœurs.

Cependant, si la question est mal posée, la réponse sera biaisée. Si le problème n’est pas posé dans son contexte, nous tomberons dans un prétexte. Si les résultats sont faussés, la stratégie à élaborer et à déployer sera inappropriée et n’aura pas d’impact concret sur le terrain.

Avant de proposer des pistes de solution, il est important de comprendre l’auteur (ADF) de ces tueries massives et répétitives.

Depuis 2007, la milice islamiste ADF, dirigée par Jamil MUKULU est accusée de multiplier les massacres des paisibles compatriotes congolais vaquant librement et tranquillement à leurs occupations. Ces civils congolais, épris de paix, vivant au Nord-Kivu en RDC, continuent à payer les frais de la barbarie des combattants des ADF.

Une institution ou une organisation vaut son animateur (dirigeant), dit-on.

Jamil MUKULU, animateur de l’ADF, est un chef de guerre radical dont les motivations demeurent visiblement et tactiquement troubles. Ce chrétien, natif de l’Ouganda converti à l’Islam, est présenté comme un islamiste radical. Mais quant à sa disposition à se sacrifier pour la gloire d’Allah, beaucoup analystes et chercheurs émettent leur doute.

Jamil MUKULU, leader de l’ADF, est l’un des miliciens les plus recherchés et les plus sanguinaires du Nord-Kivu. Il est placé depuis 2001 sur la liste des organisations terroristes par les Etats-Unis d’Amérique. Ce Seigneur de guerre est visé depuis près de 15ans par des sanctions des Nations Unies et de l’Union Européenne.

Implantée dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu en RD. Congo, l’ADF est considérée par beaucoup d’experts internationaux sur les questions de défense et de sécurité comme la principale source de déstabilisation dans l’Est de la RD Congo.

Pour rappel, l’ADF est la branche islamique de l’ancienne rébellion ougandaise de l’ADF-NALU née en 1995 de l’Alliance entre les musulmans des Forces Alliées Démocratiques (ADF) et les combattants de l’Armée Nationale pour la Libération de l’Ouganda (NALU). Après avoir échoué de renverser le régime de Kampala, les membres de NALU avaient quitté le mouvement pour se rendre en 2007. Jamil MUKULU, Chef militaire de l’ADF, se retrouve alors seul aux commandes de la milice qu’il dirige depuis avec férocité.

Jamil MUKULU, né en 1964 dans le village de Ntoke dans le district de Kayunga en Ouganda, va en 1980 intégrer le Tabligh, courant islamique né en Inde en 1920.

D’après un rapport des experts de l’ONU sur la RDC, Jamil MUKULU aurait installé son quartier général au Nord-Est de Beni, près d’ERINGETI, dans un camp baptisé « Madinat Tawheed Muwaheedina ». Ses troupes seraient réparties dans différents campements aux alentours. Certains combattants ont été enrôlés de force en RDC et en Ouganda.

Même les membres des familles de ses combattants, femmes et enfants, se voient imposer également une formation militaire.

Selon un rapport des services de renseignement ougandais consultés par le quotidien « The Daily Monitor », le terroriste Jamil MUKULU aurait fréquenté des camps d’entrainement en Afghanistan et au Pakistan. Dans une édition du Journal de RFI du 09 mai 2015, parlant de la demande de l’Ouganda à la Tanzanie, l’extradition de Jamil MUKULU, le journaliste français décrit ce dernier en ces termes : Jamil MUKULU est un personnage difficile à identifier. Sur la fiche de recherche d’Interpol, il apparaît sous neuf fausses identités et nationalités différentes. Tantôt Kenyan, tantôt Tanzanien ou même britannique. L’homme est un champion de la métamorphose. Il est chauve et imberbe sur un faux passeport, moustachu sur un autre, ou bien barbu, avec ou sans lunettes…On le soupçonne de s’être entraîné en Afghanistan et au Pakistan. Il était recherché pour des attentats et des meurtres en Ouganda. Mais c’est surtout en RDC, dans la région de Beni au Nord-Kivu que, sous ses ordres, les miliciens ADF ont fait preuve d’une grande cruauté, avec notamment des massacres et mutilations de femmes et d’enfants. C’est encore aux ADF que l’on attribue l’attaque d’un convoi de la MONUSCO qui avait coûté la vie à deux soldats tanzaniens.

Ayant des liens avec les Shebabs Somaliens affiliés depuis 2012 à l’Al-Qaïda, l’ADF, sous la férule de Jamil MUKULU, à partir de 2007, est passée de milice ordinaire à une composante de la nébuleuse islamique radicale africaine. Depuis quelques années, de nombreux services de renseignement des pays de la Région des Grands Lacs martèlent que l’ADF de Jamil MUKULU entretient des liens avec les Shebabs somaliens.

Selon Christopher Vogel, chercheur spécialiste des groupes armés au Nord-Kivu, il y a peut-être des échanges tactiques, une collaboration logistique… entre les deux mouvements.

Pour autant, les motivations idéologiques des ADF, tout comme celles de MUKULU, restent délibérément floues. Difficile à dire si ce groupe mène le Jihad ou s’il défend des intérêts politico-financiers. Cependant, certains experts croient que les ADF constituent une ramification terroriste en RDC pour avoir accès aux minerais stratégiques.

En analysant, le moyen et le mode d’action de l’ADF, la tactique de camouflage de son leader, la manière de recourir à la force et à la violence par des gens dont on ne connaît ni le visage, ni l’identité ainsi que la durée d’existence de ce mouvement, il y a lieu de confirmer qu’il s’agit d’une ramification terroriste à la conquête du Congo afin de se doter des moyens capables d’inquiéter davantage l’humanité toute entière. D’où notre appel à la mobilisation nationale et internationale pour anéantir définitivement ce mouvement afin de l’empêcher d’avoir accès aux minerais stratégiques.

Parfois, les buts du terrorisme ne sont pas clairement établis, il consiste purement et simplement à tuer des personnes au hasard. Le but, c’est de semer la peur et que chacun se dise : « cette victime, ce pourrait être moi ». Plus personne n’est à l’abri. Cela va obliger les gens à changer leur mode de vie ou même de vider leur milieu de vie pour leur laisser l’espace.

Il est tout de même important de souligner ceci :

Le terrorisme est une guerre psychologique.
Un terroriste réfléchit et il est un meurtrier qui calcule.
Il travaille à long terme pour atteindre l’objectif final.
Le terrorisme n’est pas religieux. Il n’est pas une tradition arabe ou musulmane.
Autrement dit, tout acte terroriste n’est pas arabe ou islamique ;

Tout acte terroriste n’est pas revendicable.
Etant donné que le terrorisme est universel, aucune armée nationale, organisée, équipée ou disciplinée soit-elle, ne peut gagner à elle seule le terrorisme parce que leur mode opératoire est très complexe. Les terroristes frappent quand on s’y attend le moins et ils n’annoncent pas comme dans une guerre classique. Tous les terroristes ne posent ou ne portent pas des bombes. Ils procèdent par moment par l’empoisonnement des sources d’eau, de kidnapping, de prise d’otages ou d’avion, des mutilations, des tueries à la machette…

La lutte contre le terrorisme doit reposer sur 4 mesures stratégiques, à savoir :

mesures visant à éliminer les conditions propices à la propagation du terrorisme ;
mesures visant à prévenir et à combattre le terrorisme ;
mesures visant à étoffer les moyens dont les Etats disposent pour prévenir et combattre le terrorisme ;
mesures visant à garantir le respect des droits de l’homme et la primauté du droit entant que base fondamentale de la lutte anti-terroriste.
Ainsi, ces piliers stratégiques proposés ci-haut devraient amener à poser des actes suivants :

Définir notre ligne diplomatique par rapport aux enjeux internationaux de l’heure et aux intérêts des acteurs de la vie internationale intéressés par les matières précieuses de la RD Congo.
La RDC étant un des rares Etats africains à ne pas avoir signé le document « Engagement humanitaire » sur les conséquences des armes nucléaires, malgré sa participation active à la 3ème Conférence Intergouvernementale sur les conséquences humanitaires des armes nucléaires à Vienne en Décembre 2014, nous pensons que l’heure est arrivée pour que le Gouvernement demande aux deux chambres du Parlement l’autorisation de ratifier cette Convention.
Fournir un grand effort pour accélérer le développement économique ainsi que l’enseignement et combattre le chômage, la pauvreté et l’intolérance sociale en tant que facteurs ayant un impact sur le terrorisme. Autrement, remplacer le vide tout au long de nos frontières par des activités industrielles ;
Etre très ambitieux en s’assignant comme objectif de créer des richesses de manière moderne, car l’artisanat minier, forestier, agricole et pêche n’est pas une alternative crédible mais plutôt une activité criminelle et esclavagiste qui répond à l’absence d’initiatives industrielles.
Le renforcement de capacité des armées, polices et services de sécurité et la création d’une unité régionale anti-terroriste prête à intervenir chaque fois qu’un pays membre est visé par les terroristes ;
Mettre en place l’Autorité de régulation du cybercriminalité afin de lutter contre l’utilisation de l’internet à des fins terroristes par l’instauration d’un mécanisme de contrôle de messagerie et de l’identification des utilisateurs sans préjudice d’atteinte aux droits privés ;


Mettre en place un mécanisme numérique de gestion des frontières régionales, qui permettent le contrôle sur la mobilité et le traitement des personnes, l’intégrité et la sécurité du processus d’émission des documents d’immigration, le transfert d’argent liquide et autres instruments négociables au porteur, le mouvement et traitement des biens, le mouvement des armes légères, la sécurité fluviale et lacustre, la sûreté dans l’aviation, le système d’urgence et d’alerte, le contrôle minutieux de minutions et explosifs, des produits chimiques, biologiques et nucléaires ;
Adoption par les parlements régionaux des nouvelles lois adaptées à la lutte contre le terrorisme international, à l’instar d’autres pays touchés par ce fléau.
Faire accepter la terminologie « terrorisme » à la communauté internationale par rapport aux tueries à l’Est de la RDC comme ce fut le cas pour la terminologie « agression», lors de la guerre avec les troupes rwandaises et ougandaises.
Faire intégrer la RDC dans l’Equipe Spéciale de Lutte contre le Terrorisme créée en 2005 par le Secrétaire Général des Nations Unies afin que la question de Béni soit aussi prise en charge dans le cadre de la stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies.
Ce centre des Nations Unies pour la lutte contre le terrorisme aide les Etats membres à renforcer leurs capacités et exécuter des projets de lutte contre le terrorisme à travers le monde.

Amener le Conseil de sécurité des Nations Unies à déclarer qu’il s’agit du terrorisme à Béni et à faire des déclarations, à l’instar notamment de l’attentat meurtrier survenu à Lahore au Pakistan, des attentats à la bombe qui ont frappé Bruxelles, au double attentat suicide meurtrier au Nigéria…
Il est donc temps que tous les citoyens du monde se mobilisent pour éviter que le mouvement Boko-Haram qui prend de l’expansion, ne vienne pas faire jonction avec les ADF au centre de l’Afrique et qu’ils n’aient surtout pas accès aux matières stratégiques, notamment l’uranium, le lithium, le niobium, le colombo-tantalite… que regorge la RD Congo. Cette dernière doit constituer un verrou pour empêcher cette jonction.

Plus particulièrement, aux filles et fils, compatriotes congolais, en dépit de nos divergences politiques, de la crise politique ou des manœuvres politiciennes des uns ou des autres, il est impérieux que sur cette question qui frappe l’âme du congolais que nous soyons capables de taire publiquement nos divisions. Sinon, le terroriste se rendra vite compte qu’il a réussi et qu’il peut se permettre de foncer dans son objectif qui n’épargnera personne.

Congolais de l’étranger et congolais vivant en RDC, nous devons tous dénoncer et combattre le terrorisme. Les leaders d’opinion doivent donc être à même de mettre en place une union sacrée de la Nation congolaise contre le terrorisme. Face à ce drame terroriste de Beni, nous devons unanimement promouvoir la solidarité nationale et l’unité des congolais.

Honorable Alain LUBAMBA WA LUBAMBA

-Député National et Vice-Président de la Commission chargée des Relations Extérieures

-Membre du Réseau International des Parlementaires pour la Non-prolifération du Nucléaire et le Désarmement
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