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C’est un retour fracassant qu’effectue l’ancien président de l’Assemblée nationale sur le devant de la scène. Donné pour mort après la conférence de Genval qui réunissait, en juin 2016, les opposants au président Joseph Kabila et où il s’est brillamment absenté, depuis quelques jours, Vital Kamerhe a retourné sur lui tous les projecteurs.   
Le Rassemblement qui est la plus grande coalition de l’opposition n’est pas au comité préparatoire du dialogue national et inclusif que tente de mettre en place le chef de l’État. Son parti, l’Union pour la Nation Congolaise y est. L’appel à la ville morte suivi par toutes les forces politiques « acquises au changement » mardi 23 Août ne le concernait pas non plus.
Alors, pour Joseph Olenghankoy, président des Forces Novatrices pour l’Union et la Solidarité (FONUS), « Vital Kamerhe est un chargé de mission pour Joseph Kabila ». Des accusations répétées par une grande partie de l’opposition.
Ainsi, face à la ligne « dure » portée par le Rassemblement que dirige Étienne Tshisekedi et qui conditionne toute participation au dialogue à la libération des prisonniers politiques et au départ de l’actuel facilitateur Edem Kodjo jugé trop proche du pouvoir, Vital Kamerhe a choisi le chemin inverse, « aller défendre ces préalables au niveau du comité préparatoire au dialogue ».
Ce choix est interprété comme une manière de faciliter la tâche à Joseph Kabila. Arrivé fin mandat, le chef de l’État qui n’a rien fait pour organiser les élections à temps, a obtenu de la Cour constitutionnelle qu’il peut continuer au-delà de 2016. Mais, conscient du danger que cette décision peut (et va) comporter, le président de la république a besoin d’un consensus politique pour légitimer son maintien à la tête du pays. Chose que pourrait lui apporter l’UNC, troisième force politique importante de l’opposition et Vital Kamerhe, son ancien bras droit et 3eme homme de 2011.
Vital Kamerhe s’en défend. Mais les bouleversements dans le paysage politique congolais provoqués par la défection du clan Katumbi au sein de la majorité et son intégration en « grande pompe » dans l’opposition peut expliquer la nouvelle posture de l’enfant terrible du Kivu que certains décrivent comme un fin stratège. Pour comprendre ce nouveau Kamerhe nous suggérons deux lectures.

Résister à la vague Katumbi
Le tout frais opposant et ex gouverneur du Katanga est partout. Depuis sa métaphore du « 3e penalty » en décembre 2014 et sa déclaration de candidature à la présidentielle en juin 2016, tout le monde n’a d’yeux que pour lui. Accra, Washington, Munich, Moïse Katumbi est reçu dans toutes les capitales et forums où l’on discute de l’avenir du monde. En plus de cela, son influence à Genval n’avait échappé à personne. Résultat, au lendemain du conclave de la banlieue bruxelloise, nos échanges avec l’entourage de Vital Kamerhe démontrent le chef de fil de l’UNC de plus en plus méfiant de ce trop ambitieux nouvel opposant, riche, populaire et avec un gros carnet d’adresse, susceptible d’écraser la concurrence.
En allant au dialogue sans attendre la clarification du dossier des préalables, vital Kamerhe prend d’abord sa revanche sur son isolement de Genval, lui qui a frôlé l’humiliation. Alors que deux de ces hommes – clés, Jean Bertrand Ewanga, secrétaire Général de l’UNC et Claudel André Lubaya, l’adjoint et co-fondateur du parti, étaient présents aux côtés des Tshisekedi, Kamitatu et les autres, « à titre personnel ». Une autorité bafouée.
Mais Vital Kamerhe est surtout un présidentiable. Et à ce titre, le rival le plus sérieux du tout puissant Moïse Katumbi dans la perspective du choix du candidat unique de l’opposition. En allant dialoguer avec « le diable », le revoici au centre du jeu. On ne parle que de lui. En bien ou en mal. Peu importe. En quelques jours, il réussit à réduire l’espace dans lequel déferle depuis des mois la vague Katumbi. Preuve que cette stratégie fonctionne, les attaques les plus virulentes contre l’ancien allié de Joseph Kabila viennent de la garde rapprochée de l’ex gouverneur du Katanga.
Une troisième voie entre les deux extrêmes ?
Le 12 Août 2016 lorsque le président de l’UNC sort de chez Kodjo, trainant derrière lui une quarantaine d’Alliés, la scénographie et la déclaration faite à la presse ne souffraient d’aucune ambiguïté : « Au dialogue, nous allons publier la date de l'élection présidentielle. Nous allons trouver un consensus pour sauver le peuple congolais d'éventuelles crises qui profilent à l'horizon ».
« Sauver le peuple de la crise ». Entre le Rassemblement qui menace de jeter la population dans la rue et le pouvoir qui met en garde contre « l’incitation au soulèvement populaire, les mots de l’ancien négociateur de Sun City ne sont pas choisis au hasard.
En reniant son exigence d’un dialogue conforme à la résolution 2277 pour rejoindre celui de Joseph Kabila qui se tient, selon toute vraisemblance, sans aucune garantie de respecter les préalables posés par l’opposition, Vital Kamerhe cherche-t-il à envoyer le message qu’une troisième voie est possible ? Pour ses soutiens, cela ne fait aucun doute.

... Les congolais aspirent à la paix et les politiques doivent être capables de proposer plusieurs voies possibles https://twitter.com/jpmass72/status/768089682194214912 

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L’idée serait donc de présenter aux congolais un autre universel dans lequel une solution pacifique peut être trouvée, en lieu et place de celui où les deux autres camps s’apprêtent à s’affronter. Et Kamerhe deviendrait alors l’homme qui aura éviter au pays le chao.
Mais chercher à résister à la vague Katumbi ou tenter d’éviter les violences en allant discuter avec le pouvoir dans les conditions du pouvoir, peut comporter un double risque.
Pour tout le pays d’abord, majoritairement favorable à l’alternance au pouvoir, ce désir peut s’éloigner si l’opposition divisée ne peut plus exercer une pression significative sur le régime dont la volonté de se maintenir au pouvoir se manifeste chaque jour un peu plus.  Pour Vital Kamerhe lui-même, il fait ressurgir, et il a déjà commencé, le procès de ses liens qui ne seraient jamais coupés avec le pouvoir Kabiliste dont il fut la pièce maîtresse.
Qu’importe pour VK, si choisir de nouveau Joseph Kabila (plutôt que l'aile dure de l'opposition) peut l’aider à défier les nouveaux rivaux.
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