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Ancien président de l’Assemblée nationale, ancien membre de la Majorité présidentielle, aujourd’hui vice-président du G7, Olivier Kamitatu s’est confié à ACTUALITE.CD sur le Dialogue politique et sur les...Ancien président de l’Assemblée nationale, ancien membre de la Majorité présidentielle, aujourd’hui vice-président du G7, Olivier Kamitatu s’est confié à ACTUALITE.CD sur le Dialogue politique et sur les pistes de sortie de crise.

Entretien

Les vraies raisons qui fondent vos doutes à rejoindre le dialogue en cours ?

Il ne s’agit pas d’un doute mais d’un refus à rejoindre ce forum sous sa forme actuelle. Mon parti, l’Arc, a quitté la majorité dans le cadre du G7 parce que depuis 2014 nous avions connaissance du plan de monsieur Kabila de rester au pouvoir en violation de son serment constitutionnel prononcé devant la Nation le 20 décembre 2011. Son silence à nos lettres sollicitant une clarification sur le manque de moyens et de volonté politique d’organiser les élections devant mener à son départ et notre mise au banc consécutive de cette famille politique nous a confirmé la réalité de cette stratégie au plus haut niveau de l’Etat. Le « dialogue » prôné par le président Kabila, tout comme avant lui les tentatives ratées de changer la loi électorale ou la création dans la précipitation et sans aucune préparation administrative de nouvelles provinces, sont autant d’outils du camp présidentiel afin de saboter le calendrier électoral. Selon les concepteurs de ce plan machiavélique, la non tenue de l’élection présidentielle créerait une situation extra constitutionnelle de facto qui permettrait à monsieur Kabila de se maintenir au pouvoir sans limite de délais, mais également de s’illustrer comme l’homme providentiel dans un pays sans stabilité institutionnelle – puisque les députés provinciaux ainsi que les sénateurs sont hors mandat et au 18 février prochain, il en sera de même des députés nationaux – ; et enfin d’attendre le moment opportun pour changer la Constitution afin de pouvoir se représenter pour un troisième mandat. Il est dès lors hors de question pour nous de négocier avec le camp Kabila avant que celui-ci ne s’engage à ne pas être candidat à la prochaine élection présidentielle. Qu’en coûte-t-il à monsieur Kabila de déclarer publiquement qu’il ne briguera pas un troisième mandat ? Fait-il si peu cas de vies humaines sacrifiées du fait des tensions politiques entretenues par son silence ?

Mettez-vous en doute la bonne foi de Kabila ?

Le camp présidentiel joue un jeu morbide qui a pour résultat l’affaiblissement d’un État déjà au bord de la faillite. Monsieur Kabila arrive en fin de mandat et les comptes de l’Etat sont vides. De ce point de vue une corrélation claire peut être établie entre les manœuvres d’un pouvoir aux abois prêt à tout pour se maintenir en place et l’augmentation exponentielle des morts enregistrée ces derniers mois partout sur le territoire, que ce soit à Beni et dans tout l’ Est en général, mais aussi plus récemment dans l’ouest, à Kinshasa, ainsi qu’au Kasaï, à Kananga, et au Katanga. Il suffirait pourtant à monsieur Kabila de s’engager publiquement à ne pas être candidat, d’exiger de la Ceni une date définitive pour les élections et de sanctionner ce gouvernement qui n’a pas su prioriser le financement de ce rendez-vous démocratique qu’attendaient tous les Congolais. Au lieu de cela, on assiste à la mise en place d’une véritable dictature avec une justice instrumentalisée, des arrestations en masse, des procès staliniens et des services de sécurité qui ont viré à la police politique. Le camp Kabila, en feignant dans ses propos d’être de bonne foi mais en installant dans les faits un régime de terreur, crée toutes les conditions d’un soulèvement populaire et d’un chaos généralisé pour la fin de l’année 2016, moment où le mandat de Joseph Kabila arrivera à son terme. A ce titre, il convient de souligner que, ce faisant, la majorité présidentielle endosse la responsabilité des violences, des morts et de l’instabilité qui pourrait résulter de la non tenue des élections dans les temps prévus par la loi. Une enquête internationale établira les responsabilités individuelles. Et je ne doute pas un instant que la CPI suit de très près la situation.

Qu’est ce qui serait le plus logique à faire pour calmer la crise ?

La première chose serait que ce pouvoir accepte d’endosser l’échec de l’organisation des élections et en tire les conclusions politiques. Ensuite, il n’est pas possible, au vu des victimes, de l’instabilité sociale, du mécontentement d’une bonne partie de l’armée et des risques de redémarrage d’un certain nombre de rébellions sur l’ensemble du territoire national, que le Président de la République reste silencieux et sur ses positions. Ce silence est inqualifiable. Monsieur Joseph Kabila doit se rendre à l’évidence : son plan afin de se maintenir au pouvoir, même s’il a été habilement orchestré, est un échec. Il est à présent temps pour son camp de prendre la mesure de la situation et de sauver ce qui peut encore l’être pour eux-mêmes et pour le Congo. Avec l’échec annoncé de la stratégie du dialogue made in Kabila qui devait aboutir à un glissement, c’est une nouvelle séquence politique qui s’ouvre désormais. La responsabilité personnelle de ceux qui soutiendront le coup de force du chef de l’Etat sera engagée. La procureur de la CPI a été claire sur ce point. Les alliés de la majorité présidentielle hors PPRD, ont en outre certainement compris que Joseph Kabila est prêt sans aucun scrupule ni remords à les sacrifier au profit d’une alliance avec des membres de l’opposition capables de le maintenir au pouvoir après le 20 décembre. Ils hésitent chaque jour un peu moins à reconsidérer leur position et à quitter le bateau Kabila face au rejet populaire qu’inspire un tel scénario, notamment au niveau de leurs bases électorales respectives. Chaque semaine des personnalités MP quittent le navire. On informe que les demandes de visas explosent dans les ambassades occidentales pour leurs membres de famille. Cet émiettement de la MP, même s’il est combattu à grand renfort d’enveloppes venues directement de la Présidence devrait pousser le camp présidentiel à accepter le principe de la nécessité urgente d’un vrai dialogue politique tel que prévu par les Nations Unies à travers la résolution 2277. Les principes de base de ces assises doivent être primo la fin de la terreur judiciaire et policière contre les opposants, secundo l’engagement public du Président Kabila face à la Nation et aux partenaires internationaux qu’il ne sera pas candidat aux prochaines élections, tertio l’annonce par la CENI d’une date pour l’élection présidentielle. La CENI ne doit plus confondre l’enrôlement des électeurs au recensement des Congolais âgés de plus de 18 ans. Il faut faire bien, il faut faire vite et il faut faire mieux que dans un récent passé. Le dialogue doit conduire à la création de conditions garantissant que les élections seront organisées dans les meilleurs délais et sans que le camp au pouvoir actuellement ne soit en mesure de les retarder. La paix sociale et la stabilité du Congo après le 19 décembre sont à ce prix. Enfin, en ce qui concerne la facilitation actuelle, reconnaissons qu’elle a échoué. Tout en reconnaissant son travail, le crédit de confiance accordé au facilitateur est largement insuffisant pour conduire à bien une sa mission. Il est grand temps que sur base des recommandations de la CENCO, une médiation internationale soit engagée afin d’entendre toutes les parties prenantes, dégager rapidement les points de convergence, proposer des pistes de réponses aux divergences politiques, poser les termes de références techniques simples et redémarrer ainsi le processus sur de nouvelles bases.

Interview réalisée par Stany Bujakera Tshiamala



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