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L'affaire Matampi est révélatrice d'une relation quasi prédatrice entre les dirigeants sportifs et les joueurs de football en République Démocratique du Congo. En fouillant dans l'histoire du football congolais en matière de transfert, le cas Matampi n'est pas le premier mais il mérite une réflexion car il s'agit d'un joueur majeur: gardien international et titulaire chez les Léopards. On ne peut donc pas l'aborder comme un fait divers qu'on jetterait dans l'oubli. Les parties impliquées donnent de cette affaire une dimension telle qu' en révéler des épisodes insoupçonnés devient presque une responsabilité à assumer.
Ce qui apparaît aujourd'hui comme une attitude peu professionnelle de Matampi, une réaction toute justifiée de Mazembe comme affirmation d'un droit de veto, dans ce qu'on peut qualifier d'affaire Matampi, plonge ses racines non pas dans la cause immédiate qui est la signature irrégulière du contrat entre Matampi et le club de Shark XI FC mais , lors du recrutement de Matampi, en 2011, au sein du DC Virunga de Goma, par Musanganya.
Du DC Virunga à Mazembe.
Le gardien international congolais a été victime d'un accord entre dirigeants conclu à son insu total. Cet accord faisait de lui un joueur du DC Virunga.  Il peut étonner d'apprendre que ce joueur a été un sociétaire du club de Goma. Autant l'opinion sportive peut s'en étonner, autant le concerné en avait été fortement surpris en l'apprenant devant le président de Mazembe, lorsqu'il avait été invité à signer son contrat dans ce dernier club, en 2012. Comment cela était-il possible quand la vérité historique est que Matampi quittait à la fin de la saison 2010-2011 le DC Motema Pembe? Il venait, en effet, de jouer trois saisons au club vert et blanc de Kinshasa (2008-2011), en provenance de l'AS V. Club où il avait posé ses valises après s'être révélé à l'élite du football kinois par ATT Sport de Pierrot Mimbulu, ancien dirigeant de vert et noir. Matampi comme joueur du DC Virunga, est-ce un deal entre Musanganya et Mimbulu?
Comme beaucoup de dirigeants au leadership aux antipodes d'une gestion qui respecte les prescrits d'une ASBL à objet sportif, Musanganya n'a pas été un enfant de choeur durant son mandat de président de coordination du club vert et blanc de Kinshasa. Dans la pratique consacrée mais non écrite, le président de coordination est, en général, le plus grand contribuable financier du club. Il est le garant ou le porteur du projet sportif qu'il peut initier ou accompagner par son leadership. Il appert que l'exécution des tâches assignées au président de coordination renferme parfois des zones d'ombre, des attitudes ou des paramètres devant lesquels les autres collaborateurs ferment parfois les yeux. Plus simplement, certains directeurs de coordination recrutent des joueurs qu'ils enregistrent dans des document gardés secrets comme leurs propriétés et non comme des ressources humaines du club. Les joueurs leur appartiennent mais qu'ils placent dans les clubs qu'ils dirigent. Ainsi, c'est une manière pour eux de conserver les droits sur ces joueurs dans l'eventualité d'une transaction dont ils seront les premiers bénéficiaires . Musanganya a recouru à cette pratique. Il a profité du désordre au DCMP pour faire de Matampi son joueur présenté comme appartenant au DC Virunga mais sans en informer l'athlète. Ainsi, lors du transfert ou du passage de ce joueur au TP Mazembe, Matampi a été présenté comme transfuge du club de Goma. Le joueur a été le véritable dindon de la farce dans ce transfert parce qu'il ignorait de quel club sur le papier, il provenait. Le mal était fait mais il en tira profit en recevant du Président de Mazembe la prime à la signature de 15.000 USD qui représentait 10% du montant global encaissé par DC Virunga, ou plutôt par Musanganya.

Rapport difficile entre Matampi et Mazembe
Matampi a évolué une saison, 2011-2012, au sein de Mazembe. De l'observation naturelle, tout indiquait que le joueur était à son aise dans ce grand club congolais. Il était, en effet, sur la feuille de matchs, quand bien même comme remplaçant de l'ex-titulaire Robert Kidiaba. Il avait réussi à repousser dans les gradins le permanent remplaçant Aimé Bakula, en toute logique d'ailleurs, d'autant plus qu'il arrivait à Lubumbashi avec le statut d'un international et crédité d'une saison réussie sur le plan individuel avec le DCMP en 2011.
Cependant, les recherches fouillées ont permis de découvrir que Matampi n'a pas trouvé son compte dans le transfert à Mazembe. Le joueur et son club ont vécu dans un climat de travail loin d'être réellement apaisé. En effet, si entre le club de Virunga et Mazembe, l'accord a été conclu sans entraves, cela n'a pas été le cas entre le gardien international et le club du Haut Katanga. Durant l'année 2012, Matampi n'avait jamais signé un contrat avec Mazembe. L'offre concrète lui avait été faite par le Président du club mais il avait été réticent, demandant du temps à son club avant de le signer et surtout le soumettre à un conseiller ou à un expert juriste pour en pénétrer la compréhension et s'engager avec lucidité. Jusqu'à la fin de la saison et à son départ volontaire vers Kabuscorp, le club angolais, Matampi avait réussi à garder sauf le cours de sa carrière. Il avait une autre revendication, celle de son temps de jeu, tant la concurrence était grande au TP Mazembe.

La corde au cou
Le gardien international congolais a paraphé en 2013 un bail de deux ans avec le club de Luanda, Kabuscorp, comme joueur non contractuel à un quelconque club, pour un montant de 400.000 USD. Mais il se fit prendre au piège qu'il avait réussi à déjouer. Après un entretien téléphonique avec Madame Carine Katumbi de Mazembe, Matampi résolut d'aplanir le sentier, d'abaisser les collines, dans la poursuite de ce qui a été entamé au bureau du Président du club de Lubumbashi. Il avait revu à la baisse sa vision de joueur qui prenait soin de la courbe de sa carrière. Il a accepté la proposition de signer le contrat avec Mazembe et de se présenter comme en prêt en vertu de cet accord à Kabuscorp. Un document lui fut envoyé et il y apposa sa signature. Madame Carine Katumbi avait réussi le grand coup, faisant preuve de l'habileté d'un fin négociateur. Matampi avait succombé.

Retour à Kinshasa
Le contrat entre Matampi et kabuscorp n'a pas connu de fin heureuse pour non versement du montant global prévu dans le document. L'aventure a tourné court après seulement une année de prestation du joueur, en 2014. Matampi a porté à la connaissance de la FIFA le non respect des clauses par le club angolais. La solde ne lui avait jamais été payée car le Congolais s'est laissé convaincre par des collaborateurs kinois de Kabuscorp qui lui ont promis une aide pour rebondir dans sa carrière encore prometteuse.  C'est ainsi que le champion du CHAN 2016 va retrouver son ancien club du DCMP, pour la saison 2015-2016. Les statistiques démontrent que c'était un retour gagnant pour Matampi qui, sur le plan individuel, a réussi une très bonne saison, en s'installant comme gardien titulaire au CHAN qu'il gagne avec les Léopards, au Rwanda. Dans la lignée de cette belle performance, il a obtenu la confiance et le respect du sélectionneur national, Florent Ibenge, pour la sélection A. Depuis mars dernier en effet, Matampi enchaîne des matchs officiels sans faute, même étant sans club, pour les deux dernières sorties.
L'étau se resserre. 
Le voeu le meilleur que tout homme épris de bonne foi pouvait souhaiter à Matampi est d'aligner d'une manière soutenue la performance de la saison 2015-2016 pour les saisons à venir, en commençant par celle en cours. Le DCMP, comme l'un des clubs majeurs de l'univers de football congolais, s'avérait encore ce cadre idéal, d'autant qu'il pouvait y assurer la place du titulaire inconstesté. Cependant, comme à chaque fin de saison, ce joueur connait des problèmes qui surplombent son avancée. Matampi n'a pas dompté le signe indien qui le poursuit. Sa rupture d'avec le DCMP a été calamiteuse. Le joueur a été honni aussi bien par les dirigeants que par les supporters, accusé d'avoir été corrompu, lors du premier derby du play-off 2015-2016, par l'AS V. Club qui, du reste, l'a remporté par 1-3. Dès lors, Matampi a été poussé vers la sortie et l'animosité à son encontre avait pris place dans le chef des Immaculés. Cet état de faits a privé à Matampi de monter sur le terrain en ce début de saison. L'annonce de sa signature au sein de Shark XI FC n'a duré que l'espace d'un matin, de suite de la procédure non respectée.

Amateurisme, rancune, mauvaise foi et manque de rigueur

L'épisode actuel de la courbe de carrière du gardien international renferme beaucoup de paramètres qu'on ne se priverait de distribuer des cartons à chacune des parties prenantes. C'est la face cachée mais révélée d'une toile pleine d'intrigues du football congolais. Les joueurs ont souvent été victimes des attitudes peu recommandables des dirigeants qui ont une approche des athlètes comme des ressources sans une autre considération. La signature de Matampi comme joueur du DC Virunga en est une preuve. Musanganya était plus malin et savait ce qu'il recherchait. Mais il a manqué d'éthique.

Matampi a manqué de rigueur et de discipline dans le traitement de ses dossiers. De bonnes décisions qu'il avait prises, il s'en était écarté pour se faire prendre dans un piège qui l'a rattrapé. Il refuse de signer un contrat flou devant Moïse Katumbi mais accepte par la suite de signer ce même contrat, loin de Lubumbashi. Il embarque Shark XI FC dans une zone de turbulence. En effet, selon nos sources,  il est fait mention de l'avis favorable de Mazembe par son manager Frédéric Kikumba rapporté par Matampi à Shark XI. Le dirigeant du club de Lubumbashi et le joueur se seraient entretenus au téléphone.





Le club de Zoé Kabila s'en tire avec une note négative du fait de son manque de rigueur administrative. Il a manqué de vérifier l'information auprès de Mazembe et a procédé à la va-vite à la signature d'un contrat qui n'a aucune valeur.
Mazembe est dans ses droits. On doit le lui reconnaître. Mais ce club a eu une mauvaise foi manifeste en prenant en compte d'autres considérations qui ont eu une portée extra-sportive. D'un côté, c'est Katumbi et de l'autre, c'est Zoé Kabila. Le jeu s'est-il joué sur un terrain politique? Tout a l'air d'indiquer que ce ne serait abscon de le penser. Le retour de Matampi, du moins, symboliquement dans Mazembe, aurait pu être entrepris dès la fin de la saison 2015-2016, comme cela a été le cas de Chavda Maïsha en prêt au même club de Shark XI. Mazembe aurait pu prendre parti pour son joueur quand il était sous menace du DCMP. Retourner actuellement à Mazembe n'a aucune pertinence car le club n'a pas de projet pour lui. Au poste de gardien, l'Ivoirien Gohou s'est établi comme titulaire. Kidiaba est relegué au poste de remplaçant de luxe, selon le plan de sa carrière dévoilé après la CAN 2015. Matampi n'est plus le même qu'en 2012, selon ses propres termes. Il importe de le souligner: il est le gardien titulaire de l'équipe nationale de la RDC. Il serait insupportable de le voir dans les gradins ou même remplaçant du gardien titulaire de la Cote d'Ivoire, adversaire de la RDC à la CAN 2017.
Matampi cherche du temps de jeu pour être en forme en janvier-février prochain. Mazembe aurait pu être proactif en le prêtant ailleurs, dans un autre club. Si Shark XI est l'ennemi qu'il ne faudrait renforcer, d'autres clubs peuvent être preneurs. Un club sud-africain se serait montré favorable mais les négociations n'ont pas abouti. C'est la marque de fabrique de Mazembe: faire échouer toutes les transactions possibles de ses joueurs. On serait en France et l'affaire Matampi serait devenue une affaire d'Etat. Il est impensable pour les Français d'imaginer qu'un seul instant, le gardien titulaire de l'Equipe de France, Hugo Lloris, être remplaçant six journées, dans son club londonien de Tottenham. On vivrait une volée de bois vert dans toute la France et l'Afrique francophone. Mais que faire, la valeur d'une ressource humaine ne compte que parfois très peu aux yeux de puissants dans ce pays qu'est la RDC.

Il est dès lors très pertinent que la Fecofa s'implique et que l'Union des Footballeurs Congolais s'investisse pour prévenir la mise à risque de carrières de ceux qui ont choisi le football comme profession, du reste, limitée dans les temps. La dynamique lancée sur le contrat des joueurs doit être soutenue, suivie et évaluée pour assainir la toile du football congolais. La formation est nécessaire pour instruire les joueurs sur leur valeur, leur responsabilité et leur devoir. Eux seuls sont en mesure de freiner les élans gloutons de leurs dirigeants et d'éviter de se faire victimes ou coupables des transactions illicites.
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