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Les relations entre le Congo et Cuba ont de tous temps été conditionnées par l’interventionnisme occidental au Congo. La position anti-américaine et tiers-mondiste de l’ile de Fidel Castro, occupée par Washington entre 1898 et 1901, continuera d’orienter l’agenda international cubain tant que l’Europe occidentale et leurs alliés américains auront des visées colonialistes sur le bassin du Congo, et tant que subsistera une république socialiste à Cuba. Mais au terme du second mandat de Joseph Kabila, ce passage le lundi dernier à Kinshasa du Vice-président cubain, Salvador Valdes Mesa,s’inscrivant dans le cadre du ballet diplomatique engagé par la communauté internationale, invite à méditer sur le franc-jeu de La Havane. Ce dont nous sommes tout pantelants d’émoi, ce n’est pas d’une simple visite, mais d’une visite qui sent le roussi, à l’heure où l’occident se fâche avec Joseph Kabila.

Nous restons donc nombreux à nous demander si Cuba ne force pas une ultime bataille castriste face à l’ouest, cette fois sur le front de Kinshasa ; ou si M. Valdes Mesa n’est venu qu’offrir une boite de havanes du brave peuple cubain à nos autorités ou encore si c’est vrai qu’il lui fallait vérifier les installations de notre Académie des Beaux-arts. D’autant plus que Cuba, hormis le fait de fierté qu’un héritier de guérillero guevariste soit assis sur le trône de Kinshasa, encore que Joseph Kabila n’est visiblement pas un révolutionnaire, n’oserait en tout cas pas sous l’œil vigilant du vieil Oncle Tom(qui garde encore ses dents en dépit d’un tout récent sourire et d’une poignée de mains), réclamer sa part du gâteau congolais. Sinon, peut être en priant l’ancien allié chinois de le laisser glaner des épis dans ses nouveaux champs miniers du Katanga. Cuba sera pendant longtemps un partenaire sentimental de la RDC avec laquelle il partage les sauces de la fameuse Rumba. Mais au nom de quel diable vient-il à Kinshasa ?

Cuba.Ce petit état insulaire, officiellement non-aligné, mais communiste donc pro-russe, situé presqu’au large de la côte de Floride, et théâtre d’échecs des administrations Eisenhower et Kennedy dans leurs tentatives désespérantes, notamment celle de la Baie des cochons en 1962, de renverser le régime de Fidel Castro qui en sort résolument affermi et respecté, protégé par Moscou et Pékin ensemble, en pleine crise des missiles balistiques et des avions espions américains U2 entre Moscou et Washington, est un des rares états du monde à avoir préservé un certain prestige nationaliste après la chute du mur de Berlin. Bien qu’économiquement atteinte par la déroute de l’URSS, par l’éclatement du bloc de l’est et le désaveu chinois, galérant d’un embargo américain que Moscou soulageait bien jusqu’ici, La Havane a raflé la palme de bastion irréductible du socialisme d’état. Son régime a survécu, ses intouchables patrons demeurent encore aux affaires 55 ans après Lumumba, 53 ans après Kennedy, 52 ans après Khrouchtchev. Mais Cuba est aussi l’état que venait d’abandonner le Che Guevara, lorsqu’il franchit un nouveau front de guérilla anti-impérialiste au Congo, sur une demande de Gaston Soumialot et Laurent-Désiré Kabila, accordant ses lettres de noblesse à ces quelques factions disparates coupées dans leur dernier retranchement. C’était en juillet 1965, la CIA avait déjà installé son vigile Mobutu, au pouvoir à Kinshasa, bien qu’officiellement en novembre ; et l’avait aidé, avec d’autres experts belges, à mater les derniers lumumbistes actifs, Mulele notamment.




Nous sommes loin de tout ça. Certes. Loin d’avril 1961 aux Nations Unies où Cuba justement, l’URSS et la Guinée de Sékou Toure, trois défenseurs de première heure de la cause congolaise, par 3 voix contre 87, s’étaient opposés à un vote de confiance à Dag Hammarskjöld sur la question de la présence onusienne au Congo. L’ONU occupe à nouveau actuellement le Congo. D’ailleurs à cette époque, Allen Dulles, ancien Directeur de la CIA, répétait sans cesse dans ses câbles que Fidel Castro était comparable à Lumumba, et que ce dernier était même pire que le premier. Nous dirons donc que Cuba est le seul état d’Amérique latine et un des rares qui, sans être un acteur majeur sur la scène internationale, a toujours pesé de tout son poids moral au Congo. Son empressement en 1997 à renouer des liens fraternels avec Kinshasa lors de l’arrivée au pouvoir de Laurent-Désiré Kabila, reçu le 23 juillet 1998 parle Lider Maximo, puis Raul Castro accueillant le second Kabila le 26 septembre 2011 en disent long sur les efforts de La Havane à se rapprocher davantage de Kinshasa ;et si possible, à fonder un partenariat privilégié :économique, politique et militaire, en lieu et place des protagonistes occidentaux ou chinois, voleurs et pilleurs.

C’est peut-être là une façon de comprendre le carnet de route du Vice-président cubain à Kinshasa. Peut-être aussi une promesse des frères Castro de prendre le parti de Joseph Kabila au cas où les impérialistes souhaiteraient mener une croisade 2016-2017 au Congo. La France de Jean-Marc Ayrault, François Hollande ou Nicolas Sarkozy et la Belgique de Didier Reynders et d’autres rentiers cossus du cartel occidental ont prévenu les autorités de Kinshasa sur les risques de s’accrocher au pouvoir au-delà du terme constitutionnel. Fidel et Raul rassérènent Joseph. A Kinshasa, le dialogue titube et s’enlise dans une nouvelle compromission qui antidate le scrutin prévu cette année. C’est que les congolais doivent comprendre dans la démarche de Cuba, ce n’est pas qu’un soutien inconditionnel est réservé à Joseph Kabila dont l’impopularité ne fait aucun doute et ne saurait, de ce fait, profiter du parrainage des très populistes Castro. Joseph Kabila n’est pas Hugo Chavez. Plutôt l’acharnement de Cuba à combattre l’impérialisme où qu’il se trouve, au Congo surtout, et de quelque manière qu’il se révèle. Les gentils reproches de Bruxelles et de Paris envers Kinshasa sont vécus à La Havane comme de l’ingérence, une façon de déstabiliser davantage ce grand pays d’Afrique qui doit résoudre ses problèmes tout seul ou avec l’aide de ses amis, mais que l’occident malheureusement se plait à enserrer depuis Léopold II. Avec le verdict ce mercredi de l’appel de Jean-Pierre Bemba à La Haye, décembre s’annonce décidemment riche en rebondissements pour les congolais.

Par Christian Bokoli
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