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L’Eurodéputée Cécile Kyenge dont le Groupe parlementaire est très actif sur la question du Congo a accordé un entretien exclusif à ACTUALITE.CD sur la responsabilité et les rôles de la communauté internationale en général et l’Europe en particulier sur la recherche des solutions à la crise politique et humanitaire en RDC ce dernier semestre.

Quelle est votre opinion par rapport à l’accord politique signé le 18 octobre à Kinshasa entre la Majorité présidentielle et une frange de l’opposition ?

C’est un accord de mauvais gout. Il contient des éléments conflictogènes. Cet accord crée les conditions pour violer la constitution qui avait prévu la présidentielle pour cette année 2016. Cet accord donne également à Kabila le pouvoir de diriger la transition pourtant il arrive au terme de son deuxième et dernier mandat cette année. Cet accord ne dit pas que Kabila ne devra pas être à nouveau candidat. La violation de la constitution est très claire. Cet accord a été conclu hors de la constitution et discrédite les institutions congolaises. Cela fait plus d’une année que l’Opposition et la société civile alarmaient sur ce qui se passait et je crois leur donner raison.

Cet accord ne peut-il finalement pas être considéré comme un moindre mal ?

Je me demande ce que vous attendez par le moindre mal. Cet accord a été signé par la Majorité présidentielle et une petite frange de l’opposition. Il a en lui les éléments qui créent des conflits. Une grande partie de la population réclame le respect de la constitution. Le Rassemblement a fait un autre Dialogue et a produit des recommandations. Cependant, le gouvernement reste sourd. La Majorité reste également sourde. Je me pose la question sur ce qui va se passer dans les prochains mois.

La Cour constitutionnelle a répondu favorablement à la requête de la commission électorale sur le report des élections. Que serez-vous pour vous le meilleur scénario le 19 décembre 2016 ?

C’est difficile de répondre à cette question. Le Conseil des ministres des affaires étrangères qui s’est déroulé dans les institutions européennes a été bien clair en déclarant que les élections devront se dérouler en 2017. Ces derniers temps, les autorités congolaises sont habituées à se montrer sourdes aux propositions de l’Union européenne et de la communauté internationale. Cela ne sera pas une surprise si elles passent outre ces propositions. Il y a des éléments inquiétants à propos du 19 décembre. Les autorités congolaises et la communauté internationale feraient mieux d’écouter la voix du peuple. Ce que je demande au Président sortant, c’est le respect de la constitution. Il a juré sur cette constitution. Cet accord est extra institutionnel. La constitution est au-dessus de l’accord politique. Qu’il respecte la fin de son mandat.


Interview réalisée par Patient LIGODI à retrouver intégralement sur YouTube.





Quel rôle jouez-vous dans la recherche de la solution à la crise congolaise en tant qu’eurodéputée ?

Je n’ai pas un rôle officiel sur le Congo. En tant que députée européenne, je m’implique sur tout ce qui concerne les droits de l’homme, la démocratie, etc. Comme Parlement, nous sommes très impliqués sur le problème du Congo. J’essaie de faire avancer une question qui doit intéresser tout le monde. Nous assistons à une crise politique et sécuritaire et on a la responsabilité, l’obligation et le droit de donner des réponses à cette crise qui risque d’embraser la région des grands lacs.

Comment analysez-vous la réponse de la communauté internationale en général dans la gestion de la crise politique actuelle en RDC ?

Beaucoup de choses ont été faites ce dernier temps. Je rappelle la résolution 2277 qui a été bien claire et qui montre l’implication de la communauté internationale. Il y a aussi le suivi du Dialogue politique bien qu’on souhaitait qu’il soit plus inclusif. La communauté internationale est très impliquée. Par contre, je vois des institutions et des autorités congolaises qui n’arrivent pas à écouter attentivement ce qui se passe sur le terrain. Vous comprenez que les relations entre les pays autonomes et indépendants doivent se passer dans des cadres institutionnels. Les autorités congolaises doivent donner des réponses bien concrètes. En dépit de tout cela, nous agissons. Le Conseil ici en Europe a été bien clair. Pour la première fois, on a parlé d’actions très fortes à entreprendre. On a donné un mandat bien clair à Federica Mogherini, haut représentant de l’Union européenne, c’est-à-dire la possibilité d’arriver jusqu’aux sanctions ciblées comme les USA l’ont fait. Aujourd’hui, l’Union européenne parle d’une même voix.

Qu’est-ce qui explique le retard avec lequel la Communauté internationale réagit sur la question du Congo alors que les 19 et 20 janvier 2015 les signaux étaient déjà donnés sur ce que nous vivons actuellement ?

Je ne parle pas vraiment du retard. Je donne l’exemple du parlement européen. Quelques mois seulement, aucun pays n’a fait l’objet d’autant des résolutions et discussions pendant les plénières du parlement comparativement à d’autres pays qui sont également en crise en ce moment. Pour la RDC, je vois les institutions européennes, les nations unies qui sont très impliquées. C’est aussi aux institutions et aux autorités congolaises de concrétiser les recommandations qui sont faites. La RDC avait déjà reçu une liste des recommandations même sur le recensement et l’enrôlement. C’est dans le rapport d’une mission d’observation électorale de l’Union européenne. Il y a peut-être un problème de volonté politique.

Qu’est-ce qui vous attache tant à la cause congolaise ?

Plusieurs personnes me posent cette question. Certes je suis d’origine congolaise. Je ne peux pas le nier. Il ne faut pas oublier que je suis députée européenne. Il y a mes origines, mais cela ne m’empêche pas de travailler sur certaines questions spécifiques. Mon travail comme députée (et comme auparavant activiste) a toujours été de défendre les droits humains. Là où les libertés fondamentales sont bafouées, je suis là et je donne ma contribution. Je dois également rappeler mon engagement au Burundi, au Gabon et actuellement je suis chef de la mission électorale en Zambie. Il y a aussi Haïti en tant que vice-présidente de l’Assemblée paritaire ACP. Le Congo fait partie de tout ça. Je ne peux pas nier que je suis d’origine congolaise. J’en profite justement pour dire que je suis fière de la façon dont la population réagit. Elle a compris comment il faut défendre ses droits. J’ai confiance en la population. Je crois que c’est le peuple qui devra arriver à changer les choses comme au Burkina Faso.

Vous avez un message particulier à adresser au chef de l’Etat Joseph Kabila ?

Du fond de mon cœur, j’espère qu’il va respecter la constitution sur laquelle il a juré. Un chef de l’Etat doit normalement respecter sa parole. J’espère que le 19 décembre qu’on prenne que la Constitution est au-dessus de cet accord politique.




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