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Toutes les sources l’assurent : ça se décante, lentement mais sûrement, en fin de compte, au Centre catholique interdiocésain de Kinshasa où se tiennent les négociations dites directes, entre les parties signataires de l’accord politique du 18 octobre 2016 de la Cité de l’OUA et le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement. Un dénouement de justesse, obtenu au bout de 48 heures d’intenses et âpres discussions sous la houlette des évêques de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO).

La nuit du vendredi au samedi 24 décembre aura été particulièrement décisive. Les délégués des deux camps l’ayant passée à discuter sans vraiment réussir à se départager sur tous les points. Prenant le taureau par les cornes, Mgr Marcel Utembi et Fridolin Ambongo ont dû se rendre tour à tour chez Etienne Tshisekedi, le leader du Rassemblement de l’Opposition à Limete et chez le président Joseph Kabila, pour arracher les dernières concessions qui bloquaient la machine.

En fait de concessions, les négociateurs seraient tombés d’accord notamment sur le partage fifty-fifty des portefeuilles au sein du gouvernement central ainsi que dans les entreprises publiques. Quant aux postes de gouverneurs et vice-gouverneurs des provinces, étant des détenteurs de mandats électifs, il n’existe aucune possibilité de les répartir de cette manière. Malgré la charge désespérée des plénipotentiaires de Tshisekedi et Katumbi pour un partage au moins des portefeuilles ministériels provinciaux sur cette base, le Rassemblement a été mis en minorité, le Front pour la Défense de la Constitution emmené par le MLC s’étant en l’espèce, aligné sur le point de vue en sens contraire des signataires de l’accord de l’Union africaine.
Les porte-voix du Rassemblement assurent que le principe de la nomination d’un nouveau premier ministre issu du Rassemblement de l’Opposition aurait également été acquis, ce qui a poussé certains de leurs partisans à Mbujimayi au Kasai Oriental, fief du « sphinx » de Limete, à investir nuitamment les rues pour fêter l’information, mais rien n’est moins sûr. Outre le peu d’intérêt manifesté à ce sujet par Eve Bazaïba du MLC qui représente le Front pour la Défense de la Démocratie qui piaffe à l’idée de rester « la seule force politique de l’opposition RD Congolaise », les signataires de l’accord du 18 octobre ne démordent pas du principe selon lequel seule une intégration de quelques ténors du Rassemblement dans le gouvernement de Samy Badibanga est envisageable. On ne voit pas comment il pourrait en être autrement : politiquement, aucun Premier ministre ne peut se passer de la Majorité parlementaire confortablement contrôlée par les partisans de Joseph Kabila qui, ensemble avec les groupes parlementaires UDPS & Alliés (imprudemment excommunié par Etienne Tshisekedi et les siens), UNC & Alliés et autres, représentent plus de 4/5ème des membres qui composent l’Assemblée Nationale. Juridiquement, il n’existe aucune procédure pour faire déguerpir un Premier ministre investi par la chambre basse congolaise, la constitution de 2006 que tous se font une obligation de respecter dans son intégralité ne prévoyant que la démission, volontaire ou forcée (cas de vote de défiance ou de censure à l’Assemblée Nationale) du titulaire. On voit mal le grand stratège Joseph Kabila, qui n’a cessé ces derniers jours de camper sur le respect de la loi fondamentale, faire violence à celle-ci pour les beaux yeux de ses détracteurs les plus bruyants…
Reste pour les radicaux (ou extrémistes) de l’opposition, à travers la personne d’Etienne Tshisekedi, que la haute main sur l’organe de suivi de la transition dont la dénomination n’était pas encore définitivement connue lors de la dernière plénière des échanges entre parties prenantes aux pourparlers du Centre interdiocésain (Haute autorité de la transition pour les uns ou Comité de Suivi de la transition pour les autres). Encore que ledit organe ne pouvant être que la création d’une loi organique, Joseph Kabila et les signataires de l’Accord du 18 octobre qui contrôlent les deux chambres législatives rd congolaises tiennent le bon bout à ce propos.

Comme pour faire bonne mesure, le Rassemblement a tenté d’imposer une restructuration en profondeur de la composition de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) en exigeant le remplacement de l’équipe dirigée par Corneille Nangaa Yobeluo au motif que « toutes les parties doivent se sentir rassurées par la personne qui chapeautera la centrale électorale ». Dans cette joute, les catholiques ont tenté de prendre leur revanche sur le N°1 de la centrale électorale qui a bénéficié du soutien de toutes les autres confessions religieuses congolaises, sauf la leur. Nos sources assurent que les calottes sacrées, contrairement à leurs prédictions d’il y a quelques années, lorsqu’elles combattaient avec acharnement l’un des leurs, feu l’Abbé Apollinaire Malu Malu, voudraient reprendre la direction de la CENI. Une initiative vouée à l’échec car, aux termes de la loi, le corps électoral du patron de la CENI est constitué de près d’une dizaine de confessions religieuses, l’Eglise catholique n’ayant qu’une voix parmi les autres, toujours favorables à Nangaa.
Par ailleurs, le clergé catholique lui-même paraît divisé sur la question, son président, l’archevêque métropolitain de Kisangani, Marcel Uthembi, ayant déclaré sa gêne face à la crédibilité des exigences d’une totale recomposition de la CENI au regard des contraintes calendaires et techniques pour des élections à la date la plus rapprochée possible. En principe et pour la forme, l’organisation des élections sera maintenue à fin 2017 ou février 2018. Mais dans la réalité, les choses devraient davantage tirer en longueur : les sources du Maximum parlent de trois ans de gouvernance « partagée » de la RDC par les parties prenantes aux pourparlers de la CENCO avant l’organisation de scrutins sérieux vers … 2019. « Vous voyez Etienne Tshisekedi et ses partisans faire partie d’un gouvernement et d’institutions qui ne dureront un an ? », nous a balancé à la figure une source proche du Rassemblement.

Le fameux partage équitable et équilibré du pouvoir aura véritablement constitué le nerf de la guerre aux négociations directes, beaucoup plus que les préoccupations morales et électorales brandies par les uns et les autres.
J.N.
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