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Agacés par les manœuvres dilatoires des parties signataires de l’Accord du 31 décembre 2016, les évêques de la Cenco présentaient déjà des signes de lassitude. Alors qu’ils menaçaient de boucler les discussions du Centre interdiocésain le week-end prochain, le réconfort moral est venu du président du Congo/Brazzaville, Denis Sassou Nguesso. Celui-ci leur a demandé d’aller jusqu’au bout de leur mission, à savoir obtenir un compromis pour une transition apaisée devant aboutir à l’organisation des élections.

La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) maintient son souhait de conclure les discussions directes du Centre interdiocésain ce week-end. En effet, les évêques brûlent d’impatience de retrouver leurs diocèses respectifs. Prévues au départ pour moins de deux semaines, les négociations entre signataires et non-signataires de l’accord du 18 octobre tirent en longueur. Dans les rangs du clergé, on ne supporte plus les caprices des acteurs politiques en présence. Les évêques s’empressent de conclure – quel qu’en soit le cas.

Et de l’autre côté du fleuve, à Brazzaville, le président Denis Sassou Nguesso a senti le danger à Kinshasa d’un accord mal ficelé. Profitant d’un séjour de quelques heures, hier jeudi, à Kinshasa, le président congolais a pris le temps de conférer avec les acteurs-clés du processus de paix. En premier lieu, il a eu un aparté avec le président Joseph Kabila avant de s’entretenir, dans sa suite de Kempinski Fleuve Congo Hôtel, avec la Cenco et le Premier ministre Samy Badibanga. La délégation de la CENCO a été conduite par son président, Mgr Marcel Utembi, avec à ses côtés son vice-président, Mgr Fridolin Ambongo, et le porte-parole de la Cenco, l’abbé Donatien Nshole. Le cardinal Laurent Monsengwo a été également compté parmi les hôtes du président Sassou.

Ainsi, à l’instar de la CENCO qui est venue au secours du processus de paix lorsque le dialogue de la cité de l’Union africaine a pris un mauvais tournant, le président Sassou a fait de même pour sauver l’Accord global et inclusif du 31 décembre 2016 en improvisant une mission de réconfort auprès des évêques qui jouent jusqu’à ce jour aux bons offices entre les protagonistes de la crise congolaise.

A l’issue de l’audience avec le chef de l’Etat du Congo/Brazzaville, l’abbé Donatien Nshole s’est montré moins bavard. Toutefois, dans la foulée, il a indiqué que « le président Sassou de la République du Congo est l’une des personnes qui ont encouragé, dès le début, les bons offices de la CENCO qu’il a même qualifiés de ‘dernier rempart’. Et dans le moment difficile, il a même dit que c’est la digue qui ne doit pas céder ». « Il était normal, a-t-il précisé, qu’il vienne aux nouvelles, et c’était l’occasion pour les évêques de lui faire un état des lieux de ce qui se fait maintenant et naturellement de recevoir quelques conseils de sage ».

Optimisme autant chez Sassou qu’à la CENCO

En effet, depuis l’enlisement de la crise politique à Kinshasa, Brazzaville suit de très près ce qui se passe du côté de la rive gauche du fleuve Congo la situation à Kinshasa. Et son président, Denis Sassou Nguesso, doyen des chefs de l’Etat de l’Afrique centrale, passe pour un interlocuteur valable de la crise en RDC. C’est en toute logique que l’on a assisté à un ballet diplomatique au Congo/Brazzaville des acteurs majeurs de la scène politique congolaise. Par moment, Sassou Nguesso n’hésitait pas d’effectuer la traversée du fleuve pour s’enquérir de la situation sur place à Kinshasa.

C’est ce qu’il vient encore de faire ce jeudi au Kempinski Fleuve Congo Hôtel de Kinshasa. En dépit de toutes les péripéties qui jonchent le chemin du dialogue en RDC, Denis Sassou Nguesso ne baisse les bras. Autant, il a été un des artisans de l’Accord politique de la Cité de l’Union africaine, sous la médiation d’Edem Kodjo, autant il n’entend ménager aucun effort pour une mise en œuvre effective de l’Accord du 31 décembre sous l’égide de la CENCO.

Informé de blocages qui minent notamment la phase de l’arrangement particulier à l’Accord du 31 décembre, le président Sassou a encouragé les évêques membres de la CENCO à poursuivre leur médiation en dépit de la persistance de divergences qu’il considère comme inéluctable avant la conclusion de tout accord.

« Il (Ndlr : Denis Sassou Nguesso) a comparé le stade actuel du travail des évêques à un bateau qui veut accoster. Il y a toutes les manœuvres qui doivent être faites pour que l’accostage se fasse dans les bonnes conditions », a dit à ce propos le porte-parole de la CENCO. Et d’ajouter : « Rien n’est facile. Mais, le président Sassou est confiant du travail des évêques. Il est optimiste que tout irait bien ».

Interrogé sur la possibilité de conclure les discussions directes du Centre interdiocésain ce samedi 21 janvier, l’abbé Nshole n’exclut pas cette hypothèse. « Raisonnablement, les évêques pensent que le travail peut être fini le samedi », a-t-il dit d’un ton sec.

En rapport avec les réfractaires qui n’ont pas encore signé l’Accord du 31 décembre, le porte-parole de la CENCO reste confiant et soutient qu’ « il y a des pourparlers avec ceux qui n’ont pas encore signé. Rien n’est perdu ».

Samy Badibanga s’accroche mais…

Après un entretien de 30 minutes avec la délégation de la CENCO, le président Sassou Nguesso a reçu le Premier ministre Samy Badibanga dont l’audience a duré tout au plus 20 minutes. L’actuel Premier ministre fait partie de ceux qui n’ont pas encore signé l’Accord du 31 décembre 2016. Sans user de la langue de bois, Samy Badibanga souhaiterait que cet accord soit à la fois « équilibré » et « équitable » en fonction des forces politiques en présence. « C’est un grand honneur pour moi que je sois reçu par le président Sassou. Nous avons parlé effectivement des questions d’actualité, de la question de l’accord du 18 octobre et de l’accord du 31 décembre, pour savoir un peu jusqu’où peuvent amener ces discutions », a déclaré celui qui se trouve plus que jamais sur une chaise éjectable à l’Hôtel du gouvernement.

A l’instar de la Majorité présidentielle, Samy Badibanga réclame la prise en compte, dans la mise en œuvre de l’Accord du 31 décembre, du poids politique de chaque composante. « On espère tous que l’atterrissage va se faire en douceur et qu’en définitive il y aura un compromis pour permettre à toutes les forces politiques de se retrouver dans cet accord, et avoir un équilibre qui sera respecté en fonction des composantes en place ; d’aller dans l’apaisement vers les élections et avoir une période d’accalmie jusqu’aux élections », a-t-il laissé entendre.

Indexé d’être parmi ceux qui bloquent la conclusion des discussions directes du Centre interdiocésain, le Premier ministre issu de l’accord de la Cité de l’Union africaine se justifie en ces termes : « Ce n’est pas dans ces termes que la question se pose. C’est d’abord une question de différentes composantes et de différentes forces politiques. Deuxièmement, c’est une question d’intérêt politique par rapport aux forces en présence. C’est pourquoi, il faut une solution équilibrée et d’équité, où on respecte la présence et la position d’un chacun ».

Sans doute, après le passage du président Denis Sassou Nguesso, des lignes devraient bouger quant à l’arrangement particulier à l’Accord du 31 décembre 2016. On en saura un peu plus à l’issue de la plénière de ce vendredi au Centre interdiocésain.
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