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Colette Braeckman est journaliste au quotidien belge « Le Soir ». Spécialiste de la région des Grands Lacs, elle a beaucoup travaillé sur la RDC dont elle connaît bien le personnel politique.

En novembre 2016, nous lui avons demandé de nous parler de l’opposant historique qui est décédé mercredi 1er février à Bruxelles.

D’Etienne Tshisekedi, elle retient surtout son « opiniâtreté » et une certaine « radicalité » qui lui a peut-être barré la route du pouvoir.

« J’ai surtout rencontré Etienne Tshisekedi vers la fin des années 1980, début 1990. Ce qui le caractérisait, c’était son obstination. C’était un homme qui ne cédait pas aux pressions, qui restait sur ses positions surtout à l’époque de ses affrontements avec le président Mobutu, de sa lutte d’imposer l’UDPS comme deuxième parti politique. En ce moment-là, il était un homme très inspirant parce qu’il avait une grande ténacité », raconte-t-elle.

Tshisekedi voulait-il le pouvoir ?

Colette Braeckman s’interroge tout de même sur l’efficacité de ce refus « de faire des accommodements » et des compromis.

Elle raconte une scène devenue célèbre dans l’histoire politique de la RDC, appelée alors Zaïre. Une scène qui l’interroge sur la volonté de Tshisekedi de diriger. Une scène devenue culte.

L’opposant venait d’être nommé Premier ministre par Mobutu et devait signer le document le nommant.

« Tout le monde au pays se souvient de cette scène où après avoir été nommé Premier ministre, il a raturé les qualificatifs du président de la République alors qu’il devait cosigner le document. Il a fait des ratures. Ce qui rendait sa position de Premier ministre insoutenable. […] Et on se demandait déjà l’époque- nous étions dans les années 1990- s’il voulait vraiment gouverner ou s’il n’était pas un irréductible au pouvoir dont la vocation est d’être opposant quel que soit le pouvoir en place », relate Colette Braeckman.
Si elle admet que face à Mobutu, une telle attitude pouvait souvent se justifier, la journaliste en est moins convaincue pour la suite de la carrière de Tshisekedi qui s’est aussi opposé à Laurent Kabila puis à Joseph Kabila.

« Je l’ai connu opposé au Maréchal Mobutu. Là, tout le monde ne pouvait que lui donner raison. Mais après, est arrivé Laurent Désiré Kabila, il le connaissait. Il aurait pu discuter avec lui. C’était aussi une position très radicale de refus. Il reprochait- on peut dire à juste titre- à Kabila d’être arrivé avec des troupes étrangères. Ce qui était vrai. Mais entre Congolais, ils auraient pu parler. Or, c’était très difficile. Avec Joseph Kabila, c’était la même chose. De nouveau une attitude d’opposition. Ce n’est pas très constructif. C’est à la fois courageux mais en même temps, ce n’est pas très constructif. A tel point qu’on se demande parfois s’il souhaite vraiment le pouvoir », analyse la journaliste belge.


Colette Braeckman s’interroge si Etienne Tshisekedi n’a pas fait le choix de « la radicalité » pour éviter les difficultés liées à l’exercice du pouvoir.

Pour elle, avec Tshisekedi on assistait à chaque fois au même scénario.

« On a l’impression qu’avec M. Tshisekedi, le temps est immobile. On revit des images, des souvenirs, d’il y a 25 ans, comme un flash-back. C’est bien pour la nostalgie mais ce n’est pas bien pour le pays », estime la Belge.


Colette Braeckman revient également sur l’épisode de 2006. Etienne Tshisekedi et l’UDPS n’ont pas participé aux élections de 2006.

« Même ses partisans qui auraient voulu voter pour lui, il leur a interdit de se faire enregistrer », note-t-elle.

Le choix de la radicalité

Même si elle estime que la radicalité de l’opposant l’a peut-être empêché d’accéder au pouvoir, Colette Braeckman reconnaît cependant que cette attitude a été importante dans le contexte congolais.

« Il donne toutes les apparences de l’opposant radical. Ça, dans un pays comme le Congo, c’est important. Vous avez tellement d’hommes politiques qui sont toujours prêts à dialoguer, à partager le pouvoir et les enveloppes, à se compromettre », estime la journaliste.

Elle dit comprendre que des jeunes s’identifient à la radicalité d’Etienne Tshisekedi dont ils ne connaissent peut-être pas toujours les détails de la vie politique.

« Etienne Tshisekedi donne le sentiment d’être un irréductible, la statue du commandeur qui donne la direction à suivre, qui ne bouge pas, qui ne descendra jamais de son piédestal. Ça inspire le respect. Ça crée le charisme, et vous avez des jeunes qui ne connaissent rien de toute cette histoire des années 60, 70, 80 et 90 mais qui constatent qu’il y a quelqu’un qui ose dire non. Pour les jeunes, qui sont radicaux par définition, ça inspire le respect », analyse Colette Braeckman.

Pour la journaliste, on gardera d’Etienne Tshisekedi l’image « d’un homme qui a eu le courage de dire non, d’inspirer des attitudes courageuses ».

Colette Braeckman estime que Tshisekedi restera « un Moïse qui a mené son peuple jusqu’au bord de la mer rouge qu’il n’a jamais traversée ».
radiookapi.net
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