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Un temps défenseur de l'application de l'accord, tantôt celui de l'environnement et finalement philanthrope désintéressé, l'opposant Moïse Katumbi est peut-être allé trop loin avec cette histoire de maïs dans l'ex-Katanga.  Quand l'opportunisme et le populisme viennent des gentils...


En philosophie et en science, l’objectivité est, selon le dictionnaire Larousse, la « qualité de ce qui est conforme à la réalité, d’un jugement qui décrit les faits avec exactitude ». L’Obectivité, c’est ce qui anime chacun de nous, une quête difficile que nous efforçons d’accomplir au quotidien. Celle-ci, déjà compliquée, devient encore plus ardue lorsqu’elle nous confronte à nos sentiments. Lorsqu’elle nous appelle à juger nos favoris, nos proches… nos icônes.
L’histoire commence lorsque Moîse Katumbi Chapwe, très populaire opposant et candidat à l’élection présidentielle, annonce à travers son compte Twitter qu’il va « envoyer » 100 000 tonnes de farine de maïs pour venir en aide à la population de l’ex-province du Katanga, où une pénurie sévit depuis plusieurs mois, créant d’importantes variations de prix. « À 45 dollars le sac de farine, les Congolais ne peuvent plus se nourrir. Pour eux, j’envoie 100 000 tonnes de farine au Katanga à 8 dollars le sac. Courage », a-t-il annoncé
En effet, comme l’explique Jeune Afrique, le prix de la farine de maïs, qui constitue un aliment de base pour de nombreuses familles katangaise, connaît d’importantes variations depuis plusieurs mois. A moins  10 USD le sac de 25 kg en 2015, alors que Moïse Katumbi était gouverneur, celui-ci se négocie presque trois fois plus cher. « Le prix de 45 dollars évoqué par Moïse Katumbi correspond à celui constaté il y a quelques semaines. Aujourd’hui, il se situe entre 28 et 33 000 francs congolais (environ 31 dollars) », affirme une source locale jointe par Jeune Afrique.
C’est donc en toute logique que l’on peut voir l’ex-gouverneur du Katanga voler au secours de cette population, qui, rempelons-le, constitue son fief électoral.   Moïse Katumbi, riche homme d’affaires a bâtie toute sa politique et son oeuvre dans l’esprit philanthrope, de l’assistance au peuple. Même en fonction, avant même de rejoindre l’opposition, l’homme a souvent brillé par ses oeuvres en faveur des démunies, intervenant parfois pour des institutions symboles du pays: comme quand il finance l’équipe nationale de football en 2006. Au sein de l’opposition, cet homme « qui a tout » dans la vie, s’encombre du combat politique qui lui est si préjudiciable, devenant la cible du Pouvoir et de ce fait y perdant sa liberté d’affaires, avec des procès et une condamnation que beaucoup fustige à ce jour.
Mais, voilà, dans un contexte socio-politique aussi compliqué, il est quasi-impossible d’exercer de l’objectivité sur un homme qui se bat autant pour le bien des populations congolaises, et de manière aussi désintéressée. Toutefois, cette énième intervention paraît malheureusement moins désintéressée qu’elle est. Cette initiative de l’opposant congolais divise tant l’opinion que la classe politique, même du côté de l’opposition. Outre le fait que cela ne soit pas réellement un « don », puisqu’en réalité, Moïse Katumbi propose une simple réduction de coûts, ce qui n’est pas exempte de jugement, elle crée un débat qui détourne des vrais problèmes que rencontre cette  région du pays.
Selon la loi congolaise, nul ne peut vendre à perte. Or, en suivant les explications de Moïse Katumbi et même la logique du marché, il est en effet impossible de réduire les prix à l’échelle qu’a stipulé l’ex-gouverneur, tout en se conformant à la loi. De plus, à en croire les autorités locales, aucune demande n’a été jusqu’alors faite concernant une quelconque importation de cette envergure. « Il s’agit d’une publicité politique simplement. Nous n’avons rien reçu d’officiel ici. Ni du côté de la douane. Ce genre de situation nécessite normalement des trop longues procédures« , a confié un cadre du gouvernement provincial du Haut-Katanga.
Car, en effet, cette intervention, loin d’être mauvaise, élude toutefois un vrai débat de fond. A savoir, les causes économico-sociales ayant occasionnées cette situation. Ainsi, comme l’explique toujours Jeune Afrique, cette crise est due entre autres par une production locale insuffisante, particulièrement dans le Haut-Katanga, compensée en partie par les exportations de maïs de la Zambie et d’autres pays d’Afrique australe. Or celles-ci ont sensiblement diminué ces derniers temps. « Il semblerait que les autorités zambiennes anticipent de mauvaises récoltes et baissent leurs exportations », avance une source au magazine Panafricain. Depuis, explique-t-il,  l’arrivée dans le pays de la chenille légionnaire, une espèce particulièrement vorace et résistante aux pesticides, serait en partie responsable de la situation. Elle aurait déjà fait son apparition dans les rares cultures de maïs du Haut-Katanga. Entre temps, l’actuel gouverneur du Haut-Katanga s’est rendu dans plusieurs pays d’Afrique australe afin de négocier l’importation de dizaines de tonnes de maïs.
Moïse Katumbi parait ici, comme bien souvent, emprunter le chemin de la facilité. Ce qui peut certes se comprendre, dans une région de la RDC peuplée de plus de 13 millions d’habitants dont la plupart sont pauvres. Mais, à la place de proposer des solutions durables comme le ferait un « homme d’Etat », le candidat à la présidentielle parait ici faire du populisme, qui ne pourra pas apporter de  résultat à long terme. Pourquoi ne pas financer la production locale? Comment en sommes-nous arrivés là? Telles sont les questions qui auraient pu être abordées et débattues…
De plus, l’omniprésence médiatique que s’est octroyé l’opposant à Kabila cette semaine fait encore plus douter de la réelle sincérité qu’il a pourtant toujours démontré à aider les populations congolaises. Il parait plus se jeter sur n’importe quel sujet susceptible de causer du tort à un gouvernement contre qui il est désormais en pleine guerre. A l’image de son intervention en faveur du bois congolais, Moïse Katumbi se jette donc dans n’importe quel sujet susceptible de prouver son opposition, certes que personne ne remet à présent en cause. Nul besoin que je rappelle qu’il s’agit ici d’une tentative pure et simple de rester objectif.
Litsani Choukran,
Le Fondé.
Avec Jeune Afrique
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