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Le sujet fait débat en République Démocratique du Congo. Joseph Kabila a-t-il taillé en pièce son opposition et resté seul maitre du jeu ? À Kinshasa, les avis sont partagés. Mais, il y a une évidence, le chef de l’État a terminé son second et dernier mandat le 19 décembre 2016 et il était censé passer la main. Or, Joseph Kabila garde toujours son poste et l’éventualité de l’y voir bouger de sitôt devient peu probable.

Pour les tenants de la thèse « Kabila joue et gagne », c’est incontestable, le président de la République a su maitriser son sujet : une opposition déchirée par les querelles intestines et la volonté de participer au gouvernement. Une opposition éclatée surtout par les dialogues et la répression, qui sont venus confirmer notre dossier du 12 décembre 2016 : « Joseph Kabila, le maitre du temps : hier la Cour, aujourd’hui le dialogue, demain l’armée ? ».Mais, confrontée à la réalité, cette thèse a de quoi être discutée. Voici pourquoi.

La thèse de la « victoire » de Joseph Kabila sur ses oppositions (car elles sont nombreuses), malgré « le carton rouge » promis le 19 décembre, utilise, comme argument, la stratégie des dialogues (Concertations, Cité de l’UA, Cenco) qui a eu comme effet, de disperser l’opposition. Si, les faits sont incontestables, à ce sujet, étant donné qu’à chaque fois, le chef de l’État a réussi à embarquer quelques partis du camp adverse, cette présentation de la situation risque de ne pas résister longtemps, s’il lui était opposée une lecture différente.

En effet, à trois reprises, Joseph Kabila a été obligé de revenir à la table des négociations. Au lieu de constituer un stratagème gagnant, la multiplication des dialogues peut, par contre, être interprétée comme un signe de fébrilité. De quelque chose qui ne fonctionne pas. À chaque fois. Dans les faits, le constat est illustratif à ce propos : un an après les Concertations du Palais du peuple, le gouvernement d’union nationale qui en est issu ne change pas vraiment de rapport force. Dans la rue, la Dynamique de l’opposition fait sa loi. Portée par un certain Vital Kamerhe, elle fait plier le gouvernement qui renonce à modifier la loi électorale, décriée. C’était l’acte 1 de la stratégie du dévoilement des intentions du chef de l’État.

Le prétexte des « nouveaux majeurs »

Jusque-là, c’est encore la guerre des mots entre le pouvoir et l’opposition. Le gouvernement cherche à tout prix à organiser le recensement de la population pour constituer un fichier électoral adéquat en vue des « bonnes élections ». Dans un pays-continent, et avec la probabilité de voir les opérations s’éterniser, l’opposition y voit une manœuvre pour s’accrocher indéfiniment au pouvoir. Le projet de modifier la loi électorale ayant avorté, le camp présidentiel change de fusil d’épaule. Il s’agit désormais de s’en remettre à la révision du fichier électoral même. En visite en Ouganda le 4 Août 2016, Joseph Kabila est interpellé par un journaliste sur l’organisation des élections. En réponse, le chef de l’État annonce (c’est plutôt la Ceni qui est censée l’annoncer) que les élections ne seraient organisées qu’« une fois la révision du fichier électoral terminée ». L’opposition, par la voix de Martin Fayulu (Écidé), l’accuse immediatement d’instrumentaliser la Ceni.


Alors que le dialogue de la Cité de l’Union Africaine a déjà commencé, en Septembre 2016, avec un ralliement important, de Vital Kamerhe, le chef de l’Etat est de nouveau sollicité par la presse pour dévoiler ses intentions. Il visite, ce mardi 4 octobre 2016, la Tanzanie. Sa réponse évolue :

« Nous avons décidé de repousser les élections pour éviter d’exclure un très grand nombre de gens, pour la plupart de jeunes électeurs. Jusqu’à 10 millions de personnes non inscrites pourraient passer à côté de la chance de voter. », soutient le président de la République, à quelques deux mois de l’expiration de son dernier mandat, renforçant encore un peu plus les soupçons sur ses intentions de ne pas céder son poste.

« Il est coincé par la Constitution »

C’est dans ce climat de méfiance que s’ouvre un nième dialogue. Supervisées cette fois-ci par l’église catholique, les « discussions directes » sont censées permettre d’intégrer le Rassemblement dans l’Accord du 18 octobre issu de la Cité de l’Union Africaine, que la principale force de l’opposition avait boudé. Alors que les concertations nationales de Septembre 2013 ont vu s’ériger face elles l’obstacle Kamerhe et compagnie, le dialogue de l’UA ne peut pas non plus aller plus loin sans Tshisekedi, Katumbi et les frondeurs du G7.

La disparition du leader de l’UDPS le 1er février 2017 à Bruxelles va malgré tout faire voler en éclats l’accord de la Saint Sylvestre conclu le 31 décembre 2016 sous la médiation de la Cenco. Profitant de l’absence de l’opposant historique, le chef de l’État revoit la quasi-totalité du compromis politique en : 1) nommant Premier ministre, non pas un membre du Rassemblement comme le prévoit ledit accord, mais un dissident (exclu de l’Udps, Bruno Tshibala avait fait défection des rangs du Rassemblement), 2) en fermant les yeux sur la modification des termes de l’«arrangement particulier». Comme l’en accuse l’opposition (Rassemblement et UNC). Donnant, finalement, l’impression d’un passage en force.

Pour le politologue Jean Omasombo, professeur à l’Université de Kinshasa, interrogé par la Libre Belgique, certes, le chef de l’État profite avec succès des failles et des difficultés de ses adversaires. Mais, « il est coincé par la Constitution », estime-t-il en utilisant la métaphore d’un animal dont la patte est prise au piège. « Combien de temps résistera-t-il aux intempéries et à la faim? », s’interroge le chercheur.
Yvon Muya
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