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«Je n’ai rien promis du tout», phrase courte, phrase forte mais surtout phrase informative. Joseph Kabila l’a dit au sujet de la présidentielle en RD Congo dans une interview accordée au magazine allemand Der Spiegel.

Au-delà de la tournure aigre que prend cette phrase sur les réseaux sociaux, Joseph Kabila vient de jouer une de ses partitions laissant le flou demeurer sur ses propos. Mais jusqu’à quand cela va-t-il durer ?

Cinq ans

Retranché au Palais de la Nation ou alors dans sa ferme de Kingakati, dans la banlieue kinoise, depuis la présidentielle de 2011 qui lui permettait de briguer un deuxième mandat présidentiel, Joseph Kabila n’avait plus accordé d’interview à la presse depuis près de cinq ans. Au cours de ces cinq dernières années, l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social) n’a cessé de crier à la fraude et aux irrégularités qui ont marqué la dernière présidentielle, le locataire du Palais de la Nation, lui, est resté dans sa casquette de maître d’horloge. Etienne Tshisekedi s’est considéré, lui aussi, président de la République dans sa résidence. Il s’agissait d’un combat le plus important jamais observé entre Kabila et l’UDPS. Mais la mort du Sphinx de Limeté a tout changé. Kabila semble avoir repris les choses en main. A côté, les bavures policières à répétition sur nombre des manifestants et opposants lors des manifestations politiques au Congo, les arrestations ainsi que des assassinats de quelques activistes des droits de l’homme et hommes politiques ont également marqué le quinquennat de Kabila. La justice congolaise tarde à se prononcer sur l’assassinat de Floribert Chebeya mais aussi de Laurent-Désiré Kabila. Les principaux protagonistes sont arrêtés mais il n’y a pas de noms des commanditaires de ces assassinats.

Au cours de ces cinq dernières années, les départs se sont également succédés au sein de la famille politique du chef de l’Etat congolais. Le plus médiatisé reste celui de Moïse Katumbi, l’un de ses plus proches et fidèles alliés depuis son tout premier quinquennat de 2006, qui espérait être en quelque sorte le dauphin de Kabila, mais qui a décidé en 2015, soit un an avant la fin du mandat de Kabila, de ne plus siéger dans le conseil du roi. Certains caciques de la Majorité présidentielle comme Christophe Lutundula, Pierre Lumbi, ont également quitté la barque. Peu importe ces départs inattendus pour certains et pas pour d’autres qui envoyaient déjà des signaux, rien ne semble pourtant arrêter celui qui a pris la tête de l’un des pays potentiellement le plus riche au monde, à l’âge de 29 ans. Reconnu pour son côté taiseux interprété à son accession au pouvoir, en 2001, comme celui qui ne voulait pas dévoiler ses faiblesses dans la connaissance du français, puisque ayant évolué dans des pays anglophones, ou encore son manque d’expérience. En 16 ans, le fils de Laurent-Désiré Kabila a pris beaucoup d’assurance et de confiance.

Présidentielle

“Nous voulons des élections parfaites, pas seulement des élections”

La disparition d’Etienne Tshisekedi a mis à mal l’Accord de la Saint-Sylvestre qui réunissait les cadres de l’opposition congolaise et la Majorité présidentielle, le 31 décembre 2016, sous l’égide de l’église catholique. L’accord patiemment construit puait la fragilité dès le départ. Il était censé résoudre la crise politique actuelle en RD Congo et ressortir une date plus ou moins précise de la présidentielle. Après des échanges musclés, sortis des stratégies minutieusement élaborées par l’entourage de Kabila, l’accord a plus divisé que rassembler l’opposition congolaise sur la question du successeur d’Etienne Tshisekedi. De quoi ravir l’autorité morale de la Majorité présidentielle qui a fêté ses 46 ans le 4 juin dernier, dont 16 ans à la tête de la RDC. Lors de l’interview accordée au magazine allemand Der Spiegel, il n’échappe pas à la question sur l’éventuelle date de l’organisation des élections, mais il renvoie à nouveau la balle à la CENI : «C’est à la commission électorale de répondre à cette question». Toutefois, on se souvient qu’il était aussi question de la révision du fichier électoral à une certaine période ou encore de permettre aux nouveaux majeurs de s’enrôler. Quand on sait que la CENI espère à son tour que l’opposition congolaise parvienne d’abord à se mettre d’accord sur le choix des membres du bureau du Conseil national du suivi de l’accord de la Saint-Sylvestre avant de publier le calendrier électoral. Pendant ce temps, l’enrôlement se poursuit.

Avenir

Kabila n’a rien dit du tout sur son avenir politique. Le quadragénaire qui mime la satisfaction et l’assurance, dans sa nouvelle coiffure censée lui faire paraître plus âgé qu’il ne l’est en réalité, ne s’est pas étendu sur la question de savoir s’il comptait modifier la constitution en organisant un référendum pour briguer un troisième mandat. A la question, il a préféré répondre que “cela dépend de ce qu’on entend vraiment par 3ème mandat. Nous n’avons en tout cas pas l’intention de porter atteinte à la constitution. Et comment je pourrais avoir un 3ème mandat sans porter atteinte à la constitution ?« .

Aux sorties médiatiques très rares, face à un peuple qui a plusieurs fois prouvé lors des manifestations politiques le besoin d’une alternance au sommet de l’Etat, face à une opposition divisée, qui essaie tant bien que mal de multiplier des stratégies car difficile d’imaginer même avec un soupçon d’optimisme que l’alternance au sommet de l’Etat sera conquise d’ici la fin de cette année. Kabila, le Rais, comme aime l’appeler ses proches, n’a pas livré de testament politique pour son avenir. Non, il n’a rien dit du tout. C’est à croire qu’il veut rester au sommet et continuer à régler l’horloge. Pendant ce temps, la Majorité présidentielle peut crouler sous les applaudissements. L’opposition peut se servir des propos de Joseph Kabila pour mieux préparer la suite. Le Rassemblement de l’opposition a annoncé un conclave du 8 au 10 juin 2017. On se demande bien quels seront les enjeux de cette rencontre. Des nouvelles stratégies peut-être ? Sans doute ! Moïse Katumbi, lui, a déposé une plainte à l’Onu contre Kinshasa. Le peuple congolais, lui, retient encore son souffle.
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