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C’était un secret de polichinelle, mais maintenant c’est officiel... Au Congo-Kinshasa, les élections promises avant la fin de cette année sont reportées sine die. C’est Corneille Nangaa, le président de la Céni, la Commission électorale nationale indépendante, qui l’annonce. Du coup, la polémique fait rage. De passage à Paris, Corneille Nangaa répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

L’Accord du 31 décembre 2016 prévoit la présidentielle et les législatives avant la fin de cette année 2017. Est-ce que ce sera le cas ?
Ecouter Nanga ici : http://www.deezer.com/show/15283#
Corneille Nangaa : Ce que nous allons faire, nous travaillons dans l’esprit et nous restons dans l’esprit de cet accord. A ce jour, nous avons 33 millions d’électeurs inscrits sur les 41 millions 500 mille entendus. Ce qui fait plus ou moins un pourcentage de 80%. Et dès que nous allons clôturer avec l’inscription sur les listes, nous allons passer aux activités liées au scrutin.

Vendredi 7 juillet, au siège de la Francophonie à Paris, vous avez déclaré que la présidentielle « ne sera probablement pas possible cette année ».

Nous avons présenté les hypothèses techniques et les paramètres en notre présence nous donnent des raisons de penser que nous n’aurons probablement pas la tenue de ces élections en décembre, tout en se disant que, même si on n’a pas les élections en décembre, il va falloir que nous soyons le plus proche possible de ces élections.

Alors pourquoi ces retards ?

Disons que ces délais, qui ont été donnés au niveau de l’Accord [du 31 décembre 2016], sont des références et nous travaillons en fonction de ces références, tout en tenant compte des contraintes technico-opérationnelles qui sont les nôtres. Ce qu’il faut faire, il faut travailler dans cet esprit parce que nous ne sortons pas de l’Accord. Même si on n’obtient pas les élections en décembre, nous restons dans l’Accord parce que l’Accord lui-même nous amènera sûrement à la sortie de la crise. La sortie de la crise étant les élections.

Vous dites qu’il y a des contraintes techniques. Quelles contraintes en particulier ?

Dans ce pays, il y a quand même le problème des communications et autres. Cela nous amène à un défi logistique.

Comment se fait-il que l’enrôlement des électeurs ne soit pas terminé ?

L’enrôlement se poursuit bien, mais entretemps, nous n’avons pas encore commencé l’enrôlement dans deux provinces : les provinces de Kasaï et Kasaï-Central, et les deux territoires de Kamiji et Kwilu. Pour des raisons évidentes, c’est que la Céni a payé le lourd tribut dans cette zone sur le plan sécuritaire : plus de 7 de nos agents ont été kidnappés. Ils sont morts par décapitation.

C’est vrai qu’il y a eu de graves violences dans plusieurs provinces du Grand Kasaï, mais il y en a eu d’autres aussi au Nord-Kivu. Là aussi, des agents de votre commission ont été tués. Et pourtant, au Nord-Kivu, l’enrôlement est terminé.

En effet, au Kivu, nous avons connu d’énormes problèmes. Mais la vérité, la différence avec le Kasaï, c’est qu’à l’est, la Céni n’a jamais été prise comme cible. Je peux vous garantir qu’à certains endroits, nous avons même bénéficié d’un appui de ces groupes armés.

Certains observateurs se demandent si le pouvoir n’exploite pas les violences dans le Grand Kasaï pour faire retarder les élections ?

Une telle hypothèse serait quand même inacceptable.

A Kinshasa, l’enrôlement a pris beaucoup de retard. Où en est-on aujourd’hui ?

L’enrôlement n’a jamais pris de retard à Kinshasa. Nous avons commencé l’enrôlement le 28 mai, et nous avons, un mois après, déjà dépassé les deux millions d’électeurs sur les quatre millions cinq cents entendus.

La fin de l’enrôlement sur tout le territoire, c’est pour quand ?

Ce sont les éléments qui vont sortir dans le calendrier que nous préparons. Quand nous aurons lancé l’opération du Kasaï, il va falloir enrôler pendant trois mois.

Et quand va commencer l’enrôlement dans le Kasaï ?

Là où nous avons une garantie sur la sécurité, nous allons lancer l’opération. Et nous espérons que cela aura un effet de contagion pour que nous lancions dans l’ensemble des provinces [du Grand Kasaï].

Au mois d’août ?

Certainement.

Août, septembre, octobre, novembre : on terminerait l’enrôlement général en novembre ?

Vous permettez que nous publiions le calendrier parce que certainement, ça fait partie des éléments du calendrier. A mon retour à Kinshasa, nous allons publier le chronogramme, d’abord de cette activité qui nous reste. Cela nous permettra de savoir la date de la fin de cette opération.

Si l’enrôlement au Kasaï se termine en novembre et si tous les électeurs congolais sont inscrits au mois de novembre, pourquoi ne pas voter en décembre ?

Oui, les étapes qui nous resteront après cette opération, après l’enrôlement, sont les suivantes : il va falloir que le Parlement nous dote d’une loi portant répartition des sièges ; une fois cette loi adoptée, nous allons convoquer l’électorat. Ce sont ces étapes que nous allons décliner au niveau du calendrier, que nous allons publier dans les jours qui viennent.

Est-ce qu’on votera en 2018 ?
Nous travaillons pour que nous votions le plus rapidement possible. En décembre 2017, on n’aura probablement pas encore l’élection. Mais ce qui est sûr, il va falloir qu’on soit le plus proche possible de ces élections.

Est-ce que ça veut dire que vous n’êtes pas certain qu’on votera l’année prochaine en 2018 ?

Ce qui est sûr, c’est que nous allons évaluer et nous allons publier le calendrier.
Donc aujourd’hui, vous n’êtes pas sûr que la présidentielle aura lieu l’année prochaine ?

Ce dont je suis certain, c’est que nous sommes en train d’avancer pour aller aux élections.

Donc, on peut imaginer que toute la procédure prenne plus d’un an de retard, et qu’il faille peut-être attendre 2019 ou 2020 pour voter ?
La Céni n’est pas seule dans ce processus. Nous aurons besoin des garanties du gouvernement que le financement sera là. Nous avons besoin du Parlement parce que nous avons encore deux lois en souffrance, pour que tout le monde regarde dans la même direction, y compris la communauté internationale. Plus certains ne jouent pas le jeu, moins la Céni sera à même d’avancer sur le chemin. Ce qui est sûr, c’est que la Céni va tracer une feuille de route, va publier un calendrier en indiquant clairement les contraintes.

Si le gouvernement joue le jeu et si le Parlement joue le jeu, vous pensez qu’on pourra voter à quelle date à peu près ?

Le calendrier sera publié par la Céni en toute indépendance.

Et vous publierez ce calendrier à quelle date ?

Je l’espère : d’ici un mois, deux mois, nous publierons le calendrier.

A vous écouter, on a l’impression que si le gouvernement joue le jeu et si le Parlement joue le jeu, on pourra voter d’ici la fin de l’année 2018 ?

Nous allons publier le calendrier dès que possible. Et le plus important, c’est que nous allions aux élections le plus rapidement possible.

Mais c’est vous le responsable des élections. Si elles n’ont pas lieu, certains opposants comme ceux de l’Union démocratique africaine (UDA) vous demandent de démissionner ?

Je ne suis pas indispensable. Nangaa n’est qu’un serviteur du peuple congolais. Si les paramètres permettent qu’il démissionne, il le fera. Cependant pour le moment, la démission n’est pas l’ordre du jour.

Vous y pensez des fois ?
Si. Il nous arrive de penser, devant certaines situations, il nous arrive de penser et dire que non, pourquoi pas.

Quand on vous met trop d’obstacles sur votre chemin ?

En fait, notre mission, c’est que nous sommes une institution technique. Mais la Céni gère les passions politiques. Et l’enjeu, c’est comment dépassionner les débats et permettre que le peuple congolais arrive aux élections. Le président de la Céni veut ces élections.

D’ici la fin de l’année prochaine ?
Nous allons publier le calendrier.

Du côté de l’opposition, la réaction est très vive. Pour l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Augustin Kabuya déclare « Corneille Nangaa est en train d’aider Joseph Kabila à atteindre son plan de s’éterniser au pouvoir. C’est une provocation ».

Ça, c’est sa déclaration en tant qu’homme politique. Il ferait mieux de demander à ses collègues de la majorité pour une telle question. Nous, notre rôle est d’organiser les élections. Et c’est là où nous sommes d’accord. Nous allons enrôler. Après l’enrôlement, nous allons passer aux activités du scrutin. Le calendrier sera publié et la date sera connue.
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