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(Un dossier de Dina BUHAKE, Rachidi MABANDU et Zephy VULA)

En grève avec service minimum depuis vendredi 21 juillet, les médecins des hôpitaux publics de la capitale ont poursuivi leur mouvement hier lundi. Il en sera de même pour la journée de ce mardi 25 juillet, a déclaré le Dr Mankoy Badjoky, président du Syndicat national des médecins (Synamed) de la RDC. Cet appel à la grève a été suivi à l’hôpital général de référence de Ndjili où des paramédicaux ont emboité les pas aux médecins, au grand dam des proches des malades. Les grévistes réclament de meilleures conditions de travail et appellent le gouvernement à trouver vite une solution à la baisse de leur pouvoir d’achat sur fond de la chute libre du franc congolais. Selon des spécialistes, la monnaie nationale aurait perdu plus de 50% de sa valeur depuis le début de l’année, aggravant la situation sociale d’une population dont la grande majorité peine à trouver sa pitance. Une équipe de reporters de Forum des As est allée tour à tour à l’ex-Mama Yemo, à l’Hôpital de référence de Ndjili et aux Cliniques universitaires de Kinshasa, trois hôpitaux des services publics de la capitale.

"Cette grève vise à mettre le gouvernement devant ses responsabilités face au pouvoir d’achat des médecins", a déclaré le Dr Mankoy Badjoky, président du Syndicat national des médecins (Synamed) de la RDC. "Les médecins ont perdu plus de la moitié de leur pouvoir d’achat", a-t-il estimé. "Nous sommes en concertation avec le gouvernement. Nous maintenons le service minimum dans les hôpitaux publics en attendant l’aboutissement des négociations", a-t-il ajouté, précisant que la grève allait se poursuivre mardi.

EX-MAMA YEMO, DES PROCHES DES MALADES EN COLERE

Hier lundi 24 juillet, seuls les patients admis aux urgences et d’autres privilégiés sont traités à l’Hôpital général de Kinshasa. Et les autres cas ne sont pas pris en charge comme à l’accoutumée. Non sans provoquer la colère de certains visiteurs, ahuris de constater que certaines personnes en souffrance ne sont pas soignées.
Face au tollé général des proches des malades, le personnel soignant s’est abstenu de répondre aux préoccupations de la presse, se bornant à rappeler que "nous ne faisons qu’appliquer le mot d’ordre lancé par le Synamed".
"Il n’est pas normal que des patients soient traités de la sorte. Les médecins doivent savoir que nos membres de famille malades ici payent cher pour des soins", s’est plaint un avocat dont un parent est interné au pavillon 5. Pour un autre proche parent d’un patient, "si les médecins ne sont pas payés ou leurs revendications ne sont pas prises en compte, la faute incombe à l’Etat ou aux gestionnaires de l’établissement dès lors que chaque patient règle ses factures souvent exorbitantes avant de sortir de l’hôpital ".
On se souviendra que dans une déclaration faite dimanche 23 juillet à Kinshasa, le secrétaire exécutif provincial du Synamed, le Dr Benjamin Bola, précise que cette amélioration passe par le paiement du taux moyen de 142 FC le dollar à la paie des médecins, l’inscription sur les listes des paies des médecins de Kinshasa qui ne sont pas encore rémunérés et les promotions en grades.
Toutes ces revendications sont consignées dans le cahier des charges que le Syndicat national des médecins du Congo a remis récemment au gouvernement, rappelle le Dr. Bola. Il promet de durcir le mouvement de grève décrété par le SYNAMED en cas d’échec des négociations en cours avec le Gouvernement.

CLINIQUES UNIVERSITAIRES DE KINSHASA, SERVICE MINIMUM RESPECTE

Hier matin, des malades, surpris, sont rentrés chez eux après avoir appris que les médecins sont en grève depuis vendredi. C’est le cas de Kubikila Claude qui dit avoir obtenu une lettre de transfert et devait contacter le service de la médecine interne des Cliniques universitaires. C’est sur place qu’il a appris que les médecins et les infirmiers sont en grève.
Les malades qui ont les coordonnées de certains médecins les suivent dans leurs cabinets privés. Ceux des patients informés depuis le week-end du mouvement de grève ont dû modifier leurs itinéraires pour se rendre là où le corps médical est disponible.
Comme généralement, dans de pareilles circonstances, le désarroi se lisait sur le visage de ceux qui ne peuvent fréquenter aucun centre privé. Si madame Anne Nlandu est de ceux-là, elle redoute la radicalisation de cette grève qui serait lourde des conséquences. "Avec ma carte d’ayant-droit, je suis les traitements ici (NDLR : aux Cliniques universitaires) en payant les frais d’une manière préférentielle. Je ne peux donc pas fréquenter les centres hospitaliers privés. Mais, ce que je crains le plus c’est la radicalisation de cette grève qui risque de produire des effets néfastes. "
Selon le secrétaire sectionnaire principal du Synamed aux Cliniques universitaires de Kinshasa, le Dr Eric Mukenge Kasongo, les médecins ont suivi le mot d’ordre du Synamed national lancé vendredi.
"Aux Cliniques universitaires, a-t-il souligné, nous assumons le service minimum. Il consiste à assurer les urgences et à accomplir le service au bloc opératoire. Les traitements ambulatoires et autres consultations étant suspendus… "
Hier, il n’y avait pas que les médecins à débrayer, les infirmiers aussi sont entrés en lice. Selon une indiscrétion, les administratifs des Cliniques universitaires pourront leur emboîter les pas dans les jours à venir.

LES INFIRMIERS AUSSI
Le mot d’ordre de la Confédération des syndicats des infirmiers du Congo (SOCIC) invitant le personnel soignant de la RDC à observer la grève dès le lundi 24 juillet 2017 a été suivi dans certains hôpitaux de la Capitale. Le personnel soignant de l’Hôpital Général de Référence de N’Djili, (communément appelé Hôpital 7, en référence au quartier7), n’est pas resté en marge. Ils sont en grève depuis hier. Seul un service minimum fonctionne. Les infirmiers emboitent, ainsi, le pas aux médecins qui avaient déclenché leur mouvement le vendredi dernier.
Il est environ 10 heures ce lundi 24 juillet 2017. En ce début de cette semaine, une ambiance inhabituelle règne dans la cour de l’Hôpital Général de Référence de N’Djili. Elle donne l’air d’un jour férié où l’hôpital est moins fréquenté. Pourtant, c’est un lundi où généralement des malades sont nombreux.
A la réception située juste à l’entrée principale de l’hôpital, les deux préposées tournent les pouces. Dans la valve à côté, un communiqué de la SOCIC affiché en caractère gras indique que "les infirmières sont en grève depuis 7h30 ". Mais le service infirmier minimum est organisé et des cas d’urgence sont aussi pris en charge.
"Nous avons commencé la grève depuis ce matin à 7h30. C’est le service minimum qui fonctionne parce que nous ne pouvons pas abandonner les malades que nous avons déjà pris en charge. Mais pour des cas externes, nous sommes autorisés à recevoir des urgences. Dans 72 heures, nous allons évaluer", a souligné le syndicaliste Laurent Matibi Mundobo de la DYSICO).
Les malades internés ne sont pas iniquités. "Nous n’avons pas senti le mouvement de grève parce que les malades reçoivent les soins comme d’habitude", affirme un parent dont la fille est hospitalisée.
Pour des malades ambulants, ce sont seulement des urgences qui sont admises pour les soins. Une mère s’est présentée avec un enfant dans un état critique, les infirmiers n’ont pas hésité un seul instant de prendre soins de lui à la grande satisfaction de sa mère.
Par contre, une personne qui s’était présentée à la réception avec une enveloppe contenant le résultat d’un examen de la radiologie a reçu une fin de non retour. "J’ai le résultat de l’examen à présenter au médecin", disait-il à une infirmière qui tournait les pouces dans une des salles. La dame lui a carrément demandé de les garder et qu’elle ne pouvait pas lui rendre service au risque d’être puni parce qu’ils sont tous en grève.
Un des syndicalistes de SOLSICO du nom de Kempale Alidor n’a pas manqué de manifester son ras-le-bol : "Nous sommes fatigué de toucher le salaire de misère. Que le salaire soit indexé au taux du jour comme les autres catégories, notamment les politiques".
La déclaration de la COSIC sur l’organisation et le fonctionnement du service infirmier minimum en rapport avec la grève, rendue publique le 21 juillet dernier, donne des orientations à suivre pendant cette période. Le préavis de la grève devrait prendre fin le 22 juillet à minuit, conformément à la déclaration des syndicats des agents et fonctionnaires du ministère de la Santé. Cette grève devrait commencer dès lundi 24 juillet à 7 h30 dans tous les services hospitaliers publics à travers la RDC.
Selon la déclaration, tous les services où les infirmiers apportent leur collaboration aux autres professionnels de santé seront suspendus. L’encadrement des infirmiers stagiaires suspendus et leur présence interdite au lieu de services.
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