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C’est inadmissible que dans un pays comme la France, un concert soit annulé. Ici, ce n’est pas au Congo. Le dépit de cette « tweetos » française à la lecture de la décision du préfet de police de Paris interdisant le concert du chanteur congolais Héritier Watanabe est à la hauteur de la colère ressentie à la fois par les Parisiens et les touristiques samedi place de l’Opéra. Dans les environs de la mythique salle de l’Olympia transformés en zone de guerre. Le temps d’une contestation.





Si, la majorité de commentaires des Congolais de la diaspora comme de Kinshasa – tout aussi, de dépit, que d’incompréhension, ont pris fait et cause pour la musique – cette victime innocente d’une situation politique dont elle n’a rien à voir, les échauffourées de samedi en pleine ville lumière ont le mérite de mettre en évidence les soubresauts de la vie politique en République démocratique du Congo et de rappeler que quelque part en Afrique des grands lacs, le plus grand pays francophone est assis sur un brasier. Ainsi que le scandaient les « combattants », certes, contre le jeune chanteur, pris, bien malgré lui dans un traquenard politicien qu’il doit avoir du mal à comprendre, mais généralement, des slogans contre la véritable cible contre laquelle ils étaient mobilisés : le régime de Joseph Kabila.

« La diaspora a encore parlé »

Suivi depuis Kinshasa et partout dans le monde tel un match des Léopards, le face à face entre un musicien congolais et les « Combattants » n’avait jamais pris une telle dimension politique. Mobilisant y compris la classe politique. « Mon frère tu as le soutien de toute la jeunesse congolaise. Nous ne devons pas tuer notre culture ni la politiser ! », s’est exclamé le président de la ligue des jeunes du PPRD, le parti présidentiel, Patrick Nkanga apportant un soutien sans faille au jeune artiste. Réplique, à distance, de l’opposant Freddy Matungulu, président de Congo na Biso, quelques minutes après l’annulation du concert : « Diaspora – le nouveau patriote congolais, lucide, déterminé, a encore parlé ce 15 juillet à Paris. Bravo ! ». Match nul. Balle au centre.


La vie ou la mort du « combat »

Car, sur l’avenue de l’Opéra se jouait plusieurs combats et plusieurs enjeux. Pour les « Combattants » eux mêmes. Premièrement. Entrés dans la « résistance » contre le Pouvoir de Kinshasa depuis plus d’une décennie, la « Fatwa » lancée par ces Congolais sur leur propre musique constitue jusqu’ici l’une des mesures symboles de leur « combat ». De ce fait, perdre la bataille contre Watanabe était non seulement une défaite, mais bien plus : l’effondrement symbolique de cette lutte qui se déroule à 8000 km des frontières nationales. Resté terne et divisé depuis quelques mois à la suite, entre autres de plusieurs directions qu’a pris l’opposition congolaise depuis la mort de l’opposant historique Étienne Tshisekedi, le mouvement radical n’avait pas connu d’aussi importante mobilisation et de défiance de ce niveau contre les forces de l’ordre d’un pays d’accueil. Comme s’il se jouait pour eux une question de vie ou de mort.

Par ailleurs, le fait que cet événement a tenu en haleine tout un pays durant tout le weekend, et fait réagir les politiques, a contribué à renforcer encore un peu plus le caractère politique de ce qui devait être une simple querelle des gens de la diaspora. Sans oublier le contexte politique explosif dans lequel la « guerre » de Paris vient de dérouler : une présidentielle toujours incertaine, l’insécurité galopante à Kinshasa comme au Kasaï, le Rassemblement et la MP qui veulent en découdre à la fin de l’année. Un cocktail que les insoumis de l’Opéra ont eu à cœur de rappeler dans les rues de la capitale française. Relayés par la presse internationale.


Yvon Muya
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