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Alors que Joseph Kabila se maintient illégitimement au pouvoir depuis décembre 2016, une enquête de deux ONG américaines révèle l'étendue des richesses et des réseaux d'affaires de la famille présidentielle.
Deux ONG américaines, le Groupe d'étude sur le Congo (GEP) et le «Pulitzer Center on Crisis Reporting» ont publié le 20 juillet 2017 un rapport sur les richesses et les réseaux d'affaires de la famille Kabila. Président de la République démocratique du Congo dont le mandat est expiré depuis le 19 décembre 2016, Joseph Kabila s'accroche au pouvoir, trouvant mille prétextes pour ne pas organiser les élections présidentielles, où il n'a pas le droit de se présenter en vertu de la Constitution.
Ce rapport, intitulé «les richesses du Président», fait suite aux révélations de l'agence Bloomberg sur le frère du Président, Zoé Kabila. Ces enquêtes, qui révèlent l'étendue de la corruption au sommet de l'Etat du plus grand pays d'Afrique francophone, surviennent dans un contexte d'insécurité dans les provinces centrales, de dérive autoritaire du régime, et de banqueroute des institutions financières.
Un empire économique tentaculaire

Lorsqu'ils arrivent en Tanzanie dans les années 1970 après avoir fui le régime Mobutu contre lequel le père de Joseph, Laurent-Désiré Kabila, avait mené une rébellion, les Kabila sont sans le sou. Dans une interview de 2006 au journal belge le Soir, la mère de Joseph expliquait que «si la vie dans le maquis était dure, c'était deux fois pire en Tanzanie. On n'avait rien…Je cultivais un petit lopin de terre et vendais mes légumes au marché, comme n'importe quelle pauvre femme africaine.»
Vingt ans plus tard, et fort de deux règnes familiaux à la tête de la RDC, Laurent-Désirée entre 1997 et 2001 et Joseph depuis 2001, le clan Kabila a accumulé une immense fortune. Ce système de corruption, aux ratifications multiples dans tous les paradis fiscaux du monde, s'étend des hydrocarbures à la restauration rapide, en passant par l'agriculture. Le rapport, publié après 20 mois d'enquête, révèle notamment que les Kabila détiennent plus de 80 entreprises au Congo et à l'étranger, 71.000 hectares de terres agricoles, et toutes les licences d'exploitation des mines de diamant situées le long de la frontière avec l'Angola.
Le rapport se fonde sur des documents publics légaux: titres de propriétés, documents de constitution de sociétés, procès verbaux de conseil d'administration. Il met en cause 13 membres de la famille Kabila, dont Joseph, sa femme Marie-Olive Lembe, déjà citée dans les «Panama Papers», sa sœur Jaynet - que certains voient comme un possible successeur au sommet de l'Etat -, et son frère Zoé, qui fait à lui seul l'objet d'une autre enquête, menée par l'agence Bloomberg.
Zoé Kabila serait très actif dans le secteur minier, où il jouerait notamment le rôle d'intermédiaire sur des gros contrats avec l'entreprise canadienne Ivanhoé.
Au fil des ans, les entreprises détenues par le clan Kabila ont bénéficié de contrats avec le gouvernement congolais, la Banque Mondiale, l'OPIC (Overseas Private Investment Corporation) - organisme d'aide publique américain -, et les Nations Unies, et dont les bénéfices se comptent en centaines millions de dollars. C'est le cas de nombreuses entreprises de la Première Dame.
Le Ministère des Affaires foncières a lui aussi souvent attribué des terres agricoles et pâturages à la famille. Toujours selon le rapport «les richesses du Président», l'entreprise Kwango Mines, contrôlée par Excel holding dirigé par la sœur de Kabila, Jaynet, détient à elle seule 53 permis d'exploitation minière alors que le code minier interdit d'en détenir plus de 50.
Une des explications du maintien au pouvoir

Ce rapport survient dans un contexte politique particulièrement tendu, alors que Joseph Kabila se maintient illégitimement au pouvoir depuis décembre 2016, date à laquelle il aurait dû, selon la Constitution qu'il a lui-même promulgué, organiser des élections et passer la main. Malgré les recommandations de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), de l'ONU, Joseph Kabila se maintient, envers et contre tout.
L'ampleur de sa richesse et de ses réseaux d'affaires explique peut-être cet acharnement à rester au pouvoir. Pour Ida Sawyer, directrice pour l'Afrique centrale de Human Rights Watch, interviewée par le magazine Jeune Afrique, «la fortune de Kabila peut être l'une des raisons qui le poussent à s'accrocher au pouvoir».
Joseph Kabila laisse s'enliser une grave crise sécuritaire dans l'Est du pays, musèle la presse, invoque des prétextes économiques pour justifier la non-organisation des élections, poursuit ses opposants quand il ne peut les acheter. C'est le sort qui est réservé à Moïse Katumbi, son principal opposant, victime d'un acharnement politico-judiciaire monté par le pouvoir. Aujourd'hui en exil en Europe après s'être élevé contre les dérives de Joseph Kabila, son bilan d'ancien gouverneur du Katanga et sa popularité en font le recours naturel pour l'avenir de la RDC.
Un rapport qui résonne dans un contexte particulier

Alors que ce rapport met en lumière une corruption généralisée au sommet du pouvoir, le régime congolais n'hésite pas à réclamer de l'aide à la communauté internationale. La RDC souhaite entrer au Conseil des droits de l'Homme et devrait y faire son entrée en octobre 2017, malgré l'opposition des Etats-Unis.
Le 12 juin 2017, le Premier ministre congolais Bruno Tshibala demandait au FMI un «soutien financier dans le cadre de la facilité de crédit rapide». Le 5 juillet, la directrice générale du FMI répondait, en parfaite diplomate, qu'une «trajectoire crédible vers la stabilité politique sera probablement un prérequis» et que le soutien interviendra «dans un contexte permettant une amélioration de la situation macroéconomique».
Joseph Kabila s'étant montré incapable de bien gérer la RDC, les pays voisins, l'Union Africaine et l'ONU font tous leurs efforts pour persuader le président de quitter le pouvoir pacifiquement. Lui atermoie. Sans doute parce qu'il n'a pas encore trouvé la solution pour sécuriser tous ses biens mal acquis.

lefigaro.fr
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