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*‘’Aujourd’hui, alors que je me trouve à Walungu (Sud-Kivu), j’apprends que j’ai été désigné vice-président du CNSA et que Joseph Olenghankoy en est le président. Non seulement je suis surpris, mais je ne me sens pas concerné et la direction de mon parti estime qu’il faut rester dans la logique de l’accord et aller aux élections. Cette nomination est mal ficelée et je crois que M. Olenghankoy, au lieu d‘être indépendant, demeurera dans la logique du pouvoir présidentiel. J’ai donc décliné cette offre de la manière la plus claire possible, il n’y a pas de confusion…’’. Tels sont les propos de Vital Kamerhe qui, voulant remettre les clepsydres à l’heure, revient, depuis les terres bénies de ses ancêtres, au Sud-Kivu, a répondu aux questions inscrites au carnet de Colette Braeckman, l’envoyée spéciale de la Libre Belgique dans la Région des Grands Lacs. Dans cette même interview, le leader de l’UNC rappelle le contexte des consultations engagées et soutient l’idée d’un retour à la normale. Selon lui, en effet, il n’est pas possible de continuer indéfiniment à tourner autour du pot. Par contre, suggère-t-il, «il est minuit moins une. Car, le temps n’est pas nécessairement pas du côté de l’actuel pouvoir». Lisez-le !

Vital Kamerhe: « il est minuit moins une »

(Le carnet de Colette Braeckman, 25 juillet 2017)
Vital Kamerhe, ancien président de l’Assemblée Nationale croit encore à une sortie de crise pacifique!!! Interview de Vital Kamerhe, président de l’UNC (Union pour la nation congolaise) et ancien président de l’Assemblée nationale!!!

Vous avez refusé votre nomination au poste de vice président du Comité national de suivi de l’accord (qui devait superviser la mise en œuvre de l’accord de la Saint Sylvestre) et le MLC, (Mouvement pour la libération du Congo, un autre parti de l’opposition a fait de même. Pour quelles raisons ?
Il s’agit d’une manœuvre de plus destinée à distraire l’opinion et les partis politiques. Revenons en arrière : en décembre dernier, lorsque les Evêques avaient réussi à conclure un accord, il avait été décidé de confier la présidence du comité de suivi à Etienne Tshisekedi, compte tenu de la personnalité de ce dernier, de son intransigeance. Après son décès, il y eut des querelles internes au sein du Rassemblement de l’opposition, pour savoir qui allait le remplacer et être capable de faire le contrepoids face à la Commission électorale indépendante (CENI), peser de tout son poids pour que l’accord soit appliqué intégralement et mène à l’organisation des élections.
Quant au président Kabila, conformément à ce qui était prévu, il a fait son choix et nommé Bruno Tshibala, issu de l’UDPS, le parti de Tshisekedi, au poste de Premier Ministre. (Ndlr. Une nomination contestée car elle n’a pas été avalisée par l’ensemble de l’opposition).

Pour le comité de suivi de l’accord, (CNSA) le président a entamé des consultations et finalement, il y a eu signature de l’arrangement particulier. Dans l’entendement de tout le monde, il fallait rechercher des consensus et il y avait plusieurs candidats. Joseph Olenghankoy était proposé par le groupe de Bruno Tshibala, devenu premier ministre. Ma candidature avait été présentée par plusieurs des mes pairs et une lettre avait été adressée au président.
Mais, je posais des conditions : pour moi, il fallait consulter tout le monde, y compris le Rassemblement de l’opposition et Félix Tshisekedi. D’autres candidats à ce poste de président du CNSA étaient possibles, comme Pierre Lumbi, membre du Rassemblement… Aujourd’hui, alors que je me trouve à Walungu (Sud-Kivu), j’apprends que j’ai été désigné vice-président du CNSA et que Joseph Olenghankoy en est le président. Non seulement je suis surpris, mais je ne me sens pas concerné et la direction de mon parti estime qu’il faut rester dans la logique de l’accord et aller aux élections. Cette nomination est mal ficelée et je crois que M. Olenghankoy, au lieu d‘être indépendant, demeurera dans la logique du pouvoir présidentiel. J’ai donc décliné cette offre de la manière la plus claire possible, il n’y a pas de confusion…
Maintenant vous refusez, mais à l’automne 2016, vous avez été critiqué pour avoir accepté de participer au dialogue qui s’est mené à la Cité de l’Union africaine, sous la houlette de l’ancien président togolais Edem Kodjo ; on vous avait qualifié de traître…
Nous avons été vilipendés par tous. Mais, mon principe était qu’on ne peut pas refuser le dialogue, qu’il faut incarner une opposition responsable. Je rappelle qu’à ce dialogue, étaient présents, des représentants des Nations unies, de l’Union européenne, de l’Union africaine…L’objectif était d’organiser des élections, de se mettre d’accord. Nous savions tous que le mandat du président Kabila expirait le 19 décembre et nous avions le choix entre deux positions : on le met dehors mais alors il faut être sûr que tout le monde suit, la population mais aussi l’armée et la police et qu’un « troisième larron » ne va pas surgir, rafler la mise et mettre tout le monde en congé. Cela s’est déjà vu. L’intelligence, c’est aussi la ruse. Dire non à tout, on a vu ou cela mène.
Nous avons donc accepté le dialogue et exigé un délai raisonnable pour organiser les élections, une année, pas plus. La CENI proposait les élections avant novembre 2018 mais pour nous qui étions à l’intérieur cela nous paraissait trop lointain, et nous avions ramené ce calendrier au 19 avril 2018. Nous exigions aussi la décrispation politique, c’est-à-dire, la libération des prisonniers d’opinion. Dans mon idée, il fallait que tôt ou tard, on se retrouve tous ensemble, ceux qui participaient au dialogue, comme nous, et aussi les autres qui avaient initialement refusé.
Pour moi, au-delà des postes à pourvoir, Premier ministre ou autre, ce qui comptait, c’était obtenir un calendrier précis en vue d’organiser les élections et savoir comment surveiller le processus. Je souhaitais que soit mis sur pied une sorte de « comité d‘accompagnement » congolais, avec des prérogatives clairement définies, ce qui donna naissance au « CNSA », une institution dotée d’une autorité certaine. C’était la dernière carte à jouer… Si après le dialogue mené par Edem Kodjo, j’ai accepté de participer aux négociations de décembre menées par les Evêques, c’était pour donner au président Kabila et à sa majorité une chance de trouver une porte de sortie honorable. Si le président avait sincèrement appliqué cet accord, il aurait pu se construire un autre avenir, conseiller son successeur, être sénateur à vie, être chargé de missions internationales. Mais voilà, entre ce qu’il promet et ce qu’il fait, il y a de la marge…
Au fil de toutes ces négociations qui ne débouchent sur rien, de ces accords qui ne sont pas appliqués, n’avez-vous pas l’impression d’être roulé dans la farine, dupé à chaque coup ?
Je ne me suis pas senti roulé. Je connais l’homme et aussi sa majorité, mais j’ai plusieurs tours dans mon sac… Mon objectif premier, c‘est qu’il n’y ait pas de bain de sang. Eviter d’aller au choc, à la violence. Eviter que les militaires aillent s’affronter avec une population qui ne demande qu’une chose, s’exprimer librement…En fait, au sein de la majorité présidentielle, ils se sont roulés, eux-mêmes, dans la farine. Mobutu avait fait la même chose, il a voulu rouler tout le monde à l’époque, créer un vide autour de Tshisekedi. Et à la fin, c’est lui qui s’est retrouvé tout seul.
Se retrouvent aujourd’hui à crier dans l’opposition des hommes comme Olivier Kamitatu, qui, alors qu’il était ministre du Plan, assurait que tout allait pour le mieux…Aujourd’hui, il dit que le président Kabila a échoué. Mais, cet échec est aussi le sien. Précisément, en plus d’une crise politique, le Congo traverse une crise économique.

Le Premier Ministre assure que les caisses sont vides, alors que hier encore son prédécesseur Matata Ponyo assurait que le taux de croissance était de 7 ou 8%, que le budget était en équilibre. Que s’est-il passé ?
En prenant ses fonctions le premier Ministre, Badibanga avait trouvé 800.000 dollars dans les caisses de l’Etat, et pour Bruno Tshibala, c’est pareil qu’il constate que l’Etat n’a pas d’argent. Or, le président ne dit rien, la Cour des Comptes, non plus… Où est parti le fruit de la croissance ? Or, en même temps, le Ministre de la Justice assure devant la communauté internationale que pour organiser les élections, le pays n’a pas besoin d’aide étrangère, qu’il a les moyens de le faire tout seul. Allez-y comprendre… De deux choses l’une. La première hypothèse, c’est qu’il y a eu duperie : si le taux de croissance avait réellement été de 8%, les conditions de vie de la population auraient changé, il y aurait eu création d’emplois. Ou alors, il y a vraiment eu de la croissance, une augmentation des recettes, mais dans ce cas, l’argent a été détourné. Quand on gouverne on prévoit, et le budget des élections n’a pas été prévu…
Chaque jour dans les médias internationaux apparaissent des rapports qui accablent le Chef de l’Etat et sa famille, les accusent de détournements de fonds publics. Pourquoi n’y a-t-il ni sanction, ni démenti ? On accuse la Gécamines d’avoir dilapidé ses avoirs, pourquoi n’y a-t-il pas de réponse à ces accusations ? Il faut savoir qui a fait quoi ? Parce que vous ne le savez pas ?
C’est pour le savoir qu’à l’époque, lorsque j’étais président de l’Assemblée nationale, j’avais demandé que l’on revisite les contrats miniers… Trouvant les caisses vides, le Premier ministre qui ne peut même plus payer les fonctionnaires devrait démissionner.

La réalité, c’est que l’argent ne se trouve pas là où il devrait se trouver. S’il n’est plus dans les caisses de l’Etat il est ailleurs… Rappelez-vous qu’avant de céder son poste, le Premier Ministre Matata Ponyo, en accord avec le président Kabila, avait nommé tous les responsables des régies financières…
Vous aussi vous avez été proche du président Kabila, président de l’Assemblée nationale. Et puis, vous avez rompu, vous êtes passé à l’opposition…
Si j’ai rompu et démissionné, c’est à la suite d’une divergence fondamentale. Il fallait mettre fin à la présence des rebelles hutus sur notre territoire, mais j’estimais que recourir à l’armée rwandaise, lui permettrait de revenir sur notre territoire, ce n’était pas la bonne manière. Et aujourd’hui, ces mêmes rebelles, les Interhahamwe, sont toujours là…
Une autre question : au Kasaï, à Beni et aussi ailleurs, il y a une explosion de violence. Est-ce un accident ou le résultat d’un plan délibéré ?
Ce qui est sûr, c’est que le pouvoir est incapable d’endiguer cette violence. Ce pays a bénéficié de la présence de 20.000 Casques bleus, d’une brigade spéciale de 3.000 hommes, de résolutions de l’ONU renforçant tous les mandats. Et avec tout cela, on n’est pas en mesure de mettre fin aux activités de tous ces petits groupes, les Kamuina Nsapu et autres, les Maï-Maï, qui n’ont tout de même pas tellement de moyens… Au Kasaï, nous sommes dans le cœur du Congo. Si une tumeur part de là, c’est tout le corps qui va s’infecte…C‘est un conflit inutile qui gagne tout le pays. Or, l’Etat s’avère incapable de sécuriser toute la population et le président de la CENI déclare que son institution sera incapable d’assurer l’enrôlement des électeurs dans le Kasaï alors que dans l’Ituri, il a pu avoir lieu.
La question est de savoir si le pouvoir organise cette violence, ou s’il s’avère impuissant…
Je préfère rappeler qu’à l’époque où j’étais président de l’Assemblée nationale, nous avions organisé au Nord-Kivu une rencontre de toutes les communautés, de toutes les forces en présence, écouté leurs revendications et mis au point un plan de sortie de crise. Aujourd’hui, on ne peut pas laisser nos frères du Kasaï seuls dans leur drame, il faut organiser un dialogue. Je suis prêt à tout faire pour essayer d’éteindre l’incendie.
Le président Kabila peut il encore organiser son départ d’une manière pacifique, en évitant la casse ?
La pression du peuple sera telle qu’il n’aura pas le choix. Ce n’est pas un téméraire, il ne va pas accepter de mourir. On ne fait pas la guerre à son peuple et pour celui-ci c’est clair, tout le monde dit la même chose partout, on veut des élections. Personne ne veut la mort de Kabila, ce que l’on veut c’est qu’il soit ancien président…C’est aussi simple que cela. On veut voir un ancien président de la République circuler librement dans son pays. Une sortie digne et pacifique est encore possible, à condition que les extrémistes de deux camps mettent de l’eau dans leur vin. On ne gère pas un pays dans les extrêmes…J’ai envie de dire au président : «vous avez encore l’occasion de reprendre la situation en mains et d’inscrire votre nom dans l’histoire du Congo. Méfiez-vous des flatteurs, des petits stratèges… ». Aujourd’hui, nos généraux sont sur la liste de sanctions de l’Union européenne, des Etats-Unis, alors même que certains d’entre eux n’ont pas participé à la répression. Vers où va notre armée ? Et si les militaires aussi disaient : « nous aussi, nous sommes le peuple, nous voulons que l’on organise des élections, conformément à la Constitution… ». Il est minuit moins une et le temps n’est pas nécessairement du côté du pouvoir!!!
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