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Secrétaire général adjoint du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), membre influent de la Majorité présidentielle (MP), Me Tunda ya Kasende revient de Bukavu où s’est tenue l’élection du gouverneur et vice-gouverneur du Sud-Kivu. Fier de la victoire de Claude Nyamugabo, le candidat du parti et de la Majorité, il révèle ici les dessous d’un triomphe plein de symboles. Interview.

Me Tunda, vous venez de rentrer de l’Est du pays. Pouvez-vous nous éclairer sur les mobiles de cette mission ?

Je viens effectivement de Bukavu, au Sud-Kivu, où j’ai été dépêché pour accompagner les candidats de la Majorité présidentielle, qui ont postulé dans la province où ils étaient en lice. L’élection des gouverneurs et vice-gouverneurs dans les sept provinces concernées étaient pour nous un enjeu majeur. Et moi, en tant qu’un des responsables du PPRD, je devais, avec mes camarades, assister nos candidats là où ils étaient présentés comme éventuels gouverneurs ou vice-gouverneurs.

En quoi le Sud-Kivu constitue-t-il pour vous un enjeu majeur ?

A Bukavu où je me suis rendu, la MP a désigné comme candidat gouverneur un cadre du PPRD.La symbolique est, en effet, double pour le Sud-Kivu. Premièrement, le candidat gouverneur, Claude Nyamugabo, est un membre du parti, bien que jusqu’hier, il était notre ambassadeur à Addis-Abeba, en Ethiopie, et à l’Union africaine. Il avait ainsi plu au PPRD et aux instances du pays de jeter leur dévolu sur lui, pour qu’il soit candidat gouverneur au Sud-Kivu. Et comme c’est un membre du parti et aussi compte-tenu de la complexité des enjeux de la situation politique à Bukavu, on a estimé qu’en dehors d’autres responsables de la Majorité, il fallait qu’il y ait un membre du PPRD de haut rang. C’est pourquoi, je suis allé de toute urgence à Bukavu pour épauler d’autres camarades, qui étaient déjà là. Sinon, on n’aurait pas compris qu’un cadre du parti soit élu, alors qu’aucun membre du staff du PPRD n’ait été présent dans le groupe de soutien. Et ça aurait été un scandale !

Pourquoi le PPRD a-t-il pensé à vous personnellement pour le représenter au Sud-Kivu ?
Moi, je connais bien Bukavu, et même le Sud-Kivu, pour y avoir vu le jour et fait mes études primaires ! J’étais ainsi dans mon fief naturel, mais pas politique ! J’étais donc content d’aller appuyer le candidat gouverneur qui devait y être élu.

Y a-t-il une autre raison qui justifie l’intérêt de la Majorité pour le Sud-Kivu ?
Bien sûr ! La deuxième raison est que le président de la République est né au Sud-Kivu. Biologiquement, il est Katangais, mais il a vu le jour à Hewa Bora, où il a grandi et fait ses premières formations ! Souvenez-vous que la guerre de libération a démarré au Sud-Kivu ! La marche de l’AFDL est,en effet, partie de Lemera, dans le territoire d’Uvira, au Sud-Kivu. C’est à partir de là que Joseph Kabila a commencé sa marche avec son père, jusqu’au jour où il a pris ses fonctions à la tête du pays. C’est ainsi que son cœur bat doublement.Autant biologiquement, le cœur de Joseph Kabila bat au Katanga, autant sentimentalement son cœur bat au Sud-Kivu.

Redoutiez-vous un échec lors des élections ?
Il n’était pas admissible que le président de la République puisse perdre le gouvernorat du Sud-Kivu. Pas admissible qu’il ait connu des scènes comme celles que l’on a enregistrées récemment dans le Kwilu et dans la Tshopo. Toutes les intelligences, toutes les énergies devaient donc être mises ensemble pour arriver au succès dans cette province.Ce n’était donc pas facile ! D’autant plus qu’on nous a mis dans les cordes. Ainsi, au deuxième tour, nous avions eu affaire à notre compatriote Elie Zihindula, membre de l’UDPS, mais aussi un important cadre du Rassemblement. On le voyait toujours en effet, sur les photos, aux côtés de Félix Tshisekedi, dans les réunions de Genval, en Belgique, ou de Venise, en Italie. Notre défaite à Bukavu aurait été un mauvais présage, et pour le président de la République, et pour la Majorité. Il fallait donc absolument gagner ce combat-là. Et nous l’avons gagné : 31 voix sur 34. Même si quelques heures avant le scrutin et le dépouillement, l’autre candidat a déposé les armes. Mais, l’élection a eu lieu normalement. Les députés provinciaux étant allés aux urnes sans le moindre incident.

Quelles leçons tirez-vous de ce triomphe ?
Notre conclusion se présente donc en trois volets.
Premièrement, nous avons gagné ! La Majorité a remporté la victoire, offrant ainsi au chef de l’Etat un précieux cadeau par rapport à son destin, par rapport à son cursus, car ce n’était pas évident au départ de gagner dans la ville de Bukavu !
La deuxième conclusion, c’est que l’adversaire qu’on affrontait était, non seulement de l’opposition, mais il paraissait aussi disposer de moyens importants. Certaines personnes à Bukavu se posaient la question de savoir d’où il les a tirés. Lui qui, d’après elles,faisait déjà des navettes entre le Congo et l’extérieur, alors qu’il n’avait pas d’activités précises au pays. Comment donc a-t-il procédé pour rassembler12 voix au premier tour, au point même de nous menacer au deuxième tour ?A ce sujet, je dois dire au chef de l’Etat de faire très attention avec certaines trahisons, de l’intérieur du pays comme de l’extérieur. Tout s’est passé comme si l’adversaire avait bénéficié de certaines complicités.
Dans la troisième conclusion, je voudrais très honnêtement et sincèrement reconnaître le rôle politique et stratégique joué par le ministre d’Etat BahatiLukwebo pour arriver à ces résultats.Le président de l’AFDC s’est impliqué à tout point de vue ! Il a usé de stratégies de très haut niveau pour que nous puissions arriver à affaiblir les adversaires. Je crois ainsi que la politique mérite une certaine décence, une certaine transparence… Originaire de la province - et il n’était pas le seul, le ministre d’Etat Bahati a joué de manière très méthodique, comme un vieux loup qui connaît les rouages et qui connaît ses hommes.

Comment avez-vous réussi à gérer les lobbies qui influent sur le choix des gouvernants au Sud-Kivu ?
De manière générale, la Société civile est très puissante, aussi bien au Nord qu’au Sud-Kivu, à travers notamment les ONG… Si l’élection était très difficile au Sud-Kivu, c’est parce que l’adversaire avait derrière lui une part importante de cette Société civile. Et ce n’était pas du tout facile de renverser cette machine. Sans oublier que les deux candidats - et l’adversaire et le nôtre - sont des Bashis...

Que préconise alors la Majorité pour conserver le plus longtemps possible le pouvoir au Sud-Kivu ?
Je crois qu’on a tous tiré les leçons du passé. La première chose, c’est d’aider le nouveau gouverneur à gérer convenablement sa province, à la satisfaction de sa base, de la population... C’est de cette manière-là qu’il pourra se maintenir. En outre, il faudra tenir compte d’une recommandation de différents notables des provinces, qui appellent le nouveau gouverneur à éviter d’attiser le feu dans des conflits parfois inutiles, qui divisent les gens sur place et qui démobilisentla Nation. C’est dans l’intérêt de leur province que les notables doivent se souder. Même lorsque le gouverneur se trompe, c’est à eux qu’il appartient de l’assister, de le conseiller, de l’orienter pour qu’il sache ce qu’il doit faire... Vous savez aussi que le Sud-Kivu est une province qui a une longue frontière avec les pays voisins. Il faut donc qu’il y ait une très bonne gouvernance et une stabilité, pour éviter que nous soyons victimes, une fois de plus de certaines actions qui viendraient de l’extérieur.

Le Palu s’estime trahi après l’échec de son candidat au Kwilu, et menace même de claquer la porte de la Majorité. Votre réaction ? Je crois qu’il s’agit d’une mauvaise analyse. Car quand on parle de la Majorité, c’est y compris le Palu ! Où avez-vous vu une maman jeter l’eau du bassin et le bébé ? Avec le Palu, nous sommes ensemble au sein de la Majorité. Nous avons ensemble des ministres qui occupent des postes importants et qui sont très proches du chef de l’Etat ! A l’instar du ministre des Mines,M. Kabwelulu. Je crois que les autres partis de la Majorité n’avaient pas intérêt à causer du tort au Palu ! Et à la Majorité, nous savons que si nous devons conquérir le Kwilu, voir tout le Bandundu, c’est par le Palu ! Donc, tout cela, ce sont de faux bruits, véhiculés par l’Opposition pour nous diviser ! Et le Palu doit comprendre que c’est son propre fils qui est le président de la République ! Au PPRD, nous considérons que le patriarche Antoine Gizenga est quelque part un parent de Joseph Kabila. Et nous n’avons vraiment aucune intention de lui faire du mal. Ceux qui veulent pousser notre Patriarche Gizenga à renoncer à l’Alliance, lui causent du tort. On cherche des boucs émissaires, du côté de la Majorité. Mais,il n’y a pas de responsables de cette débâcle dans la MP. Encore moins, au sein du PPRD.Ce sont des situations qui surprennent tout le monde. Et ce n’est pas la première fois que la Majorité essuie de tels revers ! Propos recueillis par Yves KALIKAT
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