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La tension est montée d’un cran ce lundi à Kinshasa après une nouvelle attaque avortée, attribuée aux adeptes du Bundu dia Kongo. Des violences à répétition qui pourrait servir de prétexte au pouvoir pour instaurer l’Etat d’urgence en pleine crise politique.

Depuis plusieurs mois, les attaques se suivent et se ressemblent à Kinshasa. Ce lundi matin, c’est dans le quartier populaire de Selembao que les premiers groupes d’hommes armés de machettes, de bâtons et ceints de bandeaux rouges, ont été aperçus. Les cris sont hostiles au président Joseph Kabila et les banderoles sont sans équivoque : « Hippolyte Kanambe alias Kabila et ses frères dehors ! ». Des coups de feu sont alors entendus autour de la prison centrale de Makala, qui semblait être la cible principale des assaillants. Mais des hommes armés sont également signalés à Ngiri-ngiri, Bumbu et devant l’Université pédagogique nationale (UPN). De l’autre côté de la capitale, des fusillades sont rapportées à Ndjili, près de l’aéroport et Matete, où le tribunal a dû être évacué. Très vite, les assaillants sont identifiés par les autorités comme des adeptes de la secte politico-religieuse Bundu dia Kongo (BDK) dirigée par Muanda Nsemi, un député en cavale et qui réclame le départ du président congolais. En fin de matinée, les forces de sécurité affirmaient avoir réussi à disperser les assaillants et déclarait que la situation à Kinshasa était désormais maîtrisée. Le bilan (très) provisoire de ces attaques en fin de journée était de 12 morts selon les autorités congolaises.

Muanda Nsemi avait annoncé son attaque… sur YouTube !

Si les violences de ce lundi n’ont pas été revendiquées, elles font suite à une longue série d’attaques attribuées aux miliciens du groupe rebelle aujourd’hui dissous Bundu dia Kongo. Le 17 mai dernier, l’attaque de la prison de Makala a permis à quelque 5.000 prisonniers de se faire la belle dont le tonitruant Muanda Nsemi, gourou du BDK et opposant déclaré à Joseph Kabila. Ont Suivi les attaques des commissariats de police de Limete, Matete et Kalamu, puis celle du marché centrale de Kinshasa le 14 juillet dernier au cours de laquelle deux personnes sont mortes.

L’attaque de ce lundi est-elle pour autant une surprise ? Non si l’on se réfère à la dernière vidéo mise en ligne par Muanda Nsemi sur YouTube un mois et demi après sa spectaculaire évasion de la prison de Makala. Dans son message, le gourou du Bundu dia Kongo annonçait clairement la couleur en défiant le président Joseph Kabila dont il conteste la nationalité congolaise. Pour Muanda Nsemi, Joseph Kabila et les Rwandais « colonisent la RDC » et il appelait les Congolais à chasser « Joseph Kabila et ses soutiens rwandais » du pouvoir « avant le 7 août ». Comme promis, les adeptes du BDK ont répondu à l’appel de Muanda Nsemi et se sont lancés à l’assaut de la capitale ce lundi, ciblant la prison centrale afin de libérer leurs soutiens et les opposants au président Kabila. Une attaque qui intervient la veille de deux journées d’opérations villes mortes lancées par l’opposition politique, les 8 et 9 août.

Mais Muanda Nsemi fait-il uniquement le jeu de l’opposition ? Pas si sûr. Le trublion a noué et dénoué tellement d’alliances avec le pouvoir ces 15 dernières années, que certains voient dans l’attaque de lundi une énième manipulation du pouvoir pour maintenir la pression sécuritaire, alors que le pays est plongé dans une profonde crise politique depuis le report de l’élection présidentielle fin 2016. Allié de circonstance avec le pouvoir pendant le dernier dialogue politique, Muanda Nsemi n’a visiblement pas été bien servi dans le nouveau gouvernement. Déçu, il appelle alors les Congolais à « destituer » Joseph Kabila et se retrouve poursuivi pour « outrage au chef de l’Etat » et « incitation à la haine ». Arrêté le 3 mars 2017, il prend la poudre d’escampette deux mois plus tard grâce à l’attaque de la prison de Makala par ses miliciens.

… vers l’Etat d’urgence ?

Les attaques à répétition dans la capitale, mais aussi dans l’Est, et surtout les violences dans les provinces des Kasaï, leurs 3.000 morts et les 1,3 millions de déplacés, pourraient servir de prétexte au pouvoir afin d’instaurer l’Etat d’urgence sur l’ensemble du territoire congolais. Si les interdictions de manifester, la militarisation des grandes villes, la fermeture des médias d’opposition, les arrestations arbitraires… ressemblent déjà un Etat d’urgence « de fait » sur le plan sécuritaire, c’est sur le plan politique que Kinshasa souhaiterait faire peser ce dispositif d’exception. Le projet serait déjà dans les tuyaux et prêt à être présenté à l’Assemblée nationale et au Sénat, contrôlés tous les deux par la Majorité présidentielle. Dès l’attaque du 14 juillet au marché central, la Ligue des jeunes du PPRD (parti présidentiel) avait avancé opportunément l’idée. La situation sécuritaire au Kasaï et les attaques à répétition pourraient ainsi justifier la suspension des élections, ou au moins son report lointain.

Le deuxième et dernier mandat du président président Kabila est arrivé à son terme le 19 décembre 2016 sans élection. Un accord politique signé le jour de la Saint-Sylvestre prévoit le report du scrutin en décembre 2017, mais déjà la Commission électorale (CENI) affirme ne pas pouvoir organiser la présidentielle dans les délais. Afin de justifier ce nouveau report, l’instauration de l’Etat d’urgence pourrait en être l’outil politique ultime. Seul hic, l’accord du 31 décembre 2016 interdit toute nouvelle réforme de la Constitution et s’opposerait ainsi à toute instauration d’Etat d’urgence, sauf en cas de menace extérieure. Ce point de blocage risque donc d’être délicat à déverrouiller devant les deux chambres qui devraient ainsi déroger au compromis de la Saint-Sylvestre… position difficile à tenir alors que la crise politique continue de s’enliser en l’absence de calendrier électoral. Mais plus les attaques se répètent, plus la possibilité de l’Etat d’urgence se rapproche.

Christophe RIGAUD – Afrikarabia
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