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"Le journalisme est investigation", disait le journaliste belge Réné Haquin, célèbre pour ses chroniques judiciaires. Un journaliste est donc par définition un investigateur. C’est le travail auquel se livre actuellement la journaliste Sonia Rolley qui était encore, il y a peu, la correspondante permanente de RFI au Congo-Kinshasa. Son visa de séjour n’a pas été renouvelé. Pendant que la "justice militaire" congolaise fait mine de juger quelques "seconds couteaux" au tribunal de garnison de Kananga, "Sonia" mène une enquête parallèle dans le pur style de l’inspecteur Colombo de la fameuse série américaine. La journaliste qui semble avoir identifié le commanditaire et les exécuteurs de ce double homicide se garde de citer des noms. Une chose paraît de plus en plus sûre : des agents de la "direction action" de l’ANR (Agence nationale de renseignements) semblent avoir participé à cette "opération". Témoins gênants, les deux experts chargés d’enquêter sur les fosses communes au Kasaï Central devaient être éliminés. Ils auraient été piégés. A qui profite le crime? Poser la question, c’est y répondre. C’est un secret de Polichinelle que l’armée, la police et les "services" civils et militaires prennent leurs instructions auprès d’un seul homme et ne rendent comptes qu’à lui seul. Cet homme s’appelle : "Joseph Kabila". Procès d’intention? Allons donc!

Au cours de son JT de 20.00, mercredi 13 septembre, la RTNC, la télévision d’Etat congolais - qui sert de "grand tam-tam" pour la propagande kabiliste - s’en est pris à la journaliste Sonia Rolley de Radio France Internationale. Les téléspectateurs n’en croyaient pas leurs oreilles. C’était dans le cadre du fameux "Dossier de la Rédaction". Une sorte d’éditorial animé conjointement par les journalistes Guillaume Kuku Mamengi et Cédric Nkenina.

Ces deux confrères reprochent à la Française - qui n’est tenue par aucun lien de subordination avec l’Etat congolais - de mener une enquête parallèle sur une affaire qui est instruite par la justice militaire. En panne d’arguments, Guillaume Kuku conclut que Sonia Rolley "serait en mal" du Congo. Autrement dit, la journaliste déverserait son venin sur "Kabila" suite au refus de renouveler son accréditation.

Mercredi 13 septembre, RFI a publié un nouvel "épisode" des investigations menées par cette excellente consoeur sur les circonstances ayant entouré l’exécution, le 12 mars dernier, des experts du Conseil de sécurité Zaida Catalan et Michaël Sharp. Ceux-ci étaient dépêchés au Kasaï Central afin d’enquêter sur des allégations de fosses communes imputées à la force publique.

Selon Sonia Rolley, les deux experts auraient été victimes d’un véritable guet-apens. Ils ont été induits en erreur par une "fausse traduction" par des "agents doubles". A l’appui de sa thèse, la journaliste brandit un élément sonore rapportant une conversation qui a eu lieu, la veille de la date fatale du 12 mars, entre les deux experts et un "adepte de Kamuina Nsapu" qui s’exprimait en langue Tshiluba.

A en croire Rolley, le Congolais qui répondrait au nom de François Muamba aurait déconseillé à Catalan et Sharp de se rendre à Bunkonde. Au motif que la sécurité n’était pas garantie. L’homme flairait que les deux étrangers tombent dans une "embuscade". Le traducteur tshiluba-français aurait éludé l’avertissement en disant: "En ce qui concerne les garanties, à Bunkonde vous pouvez arriver, il n’y a rien".

Plaire au "raïs"

Cette nouvelle pièce du dossier fragilise quelque peu la thèse officielle selon laquelle les deux investigateurs ont été occis par des "terroristes" de Kamuina Nsapu.

Dans un article publié après l’annonce de la "disparition" des deux experts, l’auteur de ces lignes n’avait pas manqué de relever deux éléments troublants signalés par des sources sécuritaires kinoises. D’abord, la présence d’un agent de l’ANR non-identifié parmi les motoristes du convoi. Ensuite, le fait que l’attaque a eu lieu dans un espace qui était sous le contrôle de la Force publique congolaise. C’est-à-dire l’armée, la police et les services de renseignements.

Selon Sonia Rolley, le traducteur (très peu fidèle) aurait été embauché à la DGM (police des frontières). L’homme serait parmi les proches du successeur de Jean-Pierre Mpadi qui a été "agréé" par le pouvoir kabiliste. Il semble se confirmer qu’un autre participant aux entretiens du 11 mars serait un agent de l’ANR. L’homme avait pour mission de "superviser" discrètement la mission des deux experts à Bunkonde.

Interrogé mercredi par l’AFP, le ministre de la Communication et des médias, Lambert Mende Omalanga, était apparemment dans tous ses états. Selon lui, Sonia Rolley devrait transmettre les éléments en sa disposition à la justice congolaise. "C’est une violation très grave de la procédure pénale", s’est-il écrié sans administrer le lien de droit qui existerait entre cette journaliste et l’Etat congolais.

Depuis le 5 juin, le tribunal de garnison de Kananga auditionne quatre lampistes présentés comme des "assassins présumés" des agents onusiens. C’est le cas notamment d’un certain Evariste Lumu.

On peut gager que l’épisode révélé mercredi par RFI a eu un effet désastreux au sein de la haute direction de l’ANR. Et pourquoi pas du pouvoir kabiliste? Il apparaît que l’étau se resserre de plus en plus autour de Kalev Mutondo. "L’administrateur général Kalev fait partie de ces cadres serviles qui sont prêts à tout pour plaire au président Joseph Kabila", confie le plus sérieusement une source sécuritaire...

Baudouin Amba Wetshi
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