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*On ne crache pas sur les morts, dit-on. Décédé depuis le 1er Février, à la clinique Sainte Elisabeth, à Bruxelles, après qu’il ait livré le combat historique pour arracher l’Accord de la Sylvestre, signé sous la barbe des Evêques catholiques, le corps de l’opposant historique congolais, Etienne Tshisekedi wa Mulumba reste jusqu’à ce jour à l’étranger. La raison est simple, les politiques congolais, eux qui devaient prendre la responsabilité du rapatriement du corps du Sphinx de Limete, ne font que s’entretuer pour la bouffée des postes. Même Bruno Tshibala, lui qui a promis, dès son ascension à la primature, de ramener le corps de son ancien Patron, ne réalise pas son vœu devant le peuple congolais. Majorité au pouvoir et Rassemblement des Forces Politiques et Sociales Acquises au Changement qui gravitent autour de Félix Tshisekedi, Fils orphelin de père, chacune des parties, pouvait jouer son rôle dans la facilitation des funérailles de l’opposant Congolais Etienne Tshisekedi. Et, en ce moment où nous sommes arrivés au mois de Septembre, mois qui se trace comme « de tous les enjeux politiques », allons-nous espérer voir les funérailles du fondateur de l’UDPS se tenir au pays, en toute dignité ? Plus de 7 mois déjà depuis qu’il est mort en Belgique, Etienne Tshisekedi n’a pas encore été mis en terre.

Par mauvaise volonté, que peut-on dire aujourd’hui tant que le corps de la figure emblématique de l’opposition congolaise repose jusqu’aujourd’hui, dans un funérarium de Bruxelles ? D’abord, l’UDPS, qui était appuyée en cela par la famille biologique, s’était prononcée pour la construction d’un mausolée à l’intérieur du siège de son parti, à Limete, dans l’Est de Kinshasa, pour accueillir sa dépouille. De son côté, le gouvernement répondait non à ce souhait, brandissant une loi de 1914, une loi qui interdit l’enterrement à moins de 50 mètres d’une habitation. Un argument qui fait doucement sourire, car cette loi a été violée à plusieurs reprises, sans que personne ne bronche. Mais, on n’en est plus là.

Même pas un Fairplay ?

L’état de santé d’Etienne Tshisekedi déclinait depuis plusieurs années, le contraignant parfois à des séjours médicaux prolongés à l’étranger. Le vieil opposant, décédé à 84 ans, a occupé des postes importants (Premier ministre, ministre, ambassadeur, etc.) avant de s’ériger en défenseur de la démocratie, parfois au péril de sa vie, au début des années 80. Il était l’un des derniers représentants de la première génération des dirigeants politiques du Congo indépendant. Etienne Tshisekedi est celui qui a bravé, tour à tour, les présidents Mobutu Sese Seko, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila, sous le règne de qui, le Sphinx s’est éteint, toujours en menant sa lutte pour la conquête du pouvoir à donner au peuple congolais. La prison, la relégation dans son village, dans la province du Kasaï, dans le centre du pays, ainsi que diverses humiliations n’ont pas eu raison de la détermination de cet homme qui était respecté aussi bien par ses partisans que ses adversaires. Son chant du cygne a sans doute été l’accord dit «de la Saint-Sylvestre» que les délégués de l’opposition, sous sa houlette, ont pu arracher, le 31 décembre 2016, tout en prévoyant, pour l’essentiel, la tenue, après plusieurs reports, de la présidentielle au 31 décembre 2017, au plus tard, le maintien de Joseph Kabila à la tête du pays jusqu’à l’installation effective de son successeur élu et la préservation, en l’état, de la Constitution qui empêche le président actuel d’être à nouveau candidat, son second et dernier mandat ayant expiré depuis décembre 2016. Le corps de Tshisekedi va-t-il demeurer à Bruxelles comme celui du Maréchal Mobutu au Maroc ?

Menaces sur l’Accord de la Saint-Sylvestre

Depuis la disparition d’Etienne Tshisekedi, les partisans de la majorité présidentielle semblent peu enclins à respecter l’Accord de la Saint-Sylvestre. Ils multiplient les obstacles à son application, augmentant la tension déjà perceptible dans le pays avec, par exemple, les tueries de Kamuina Nsapu dans les deux Kasaï. Ce qui a même provoqué la suspension des opérations d’enrôlement des électeurs, laquelle opération pourrait, peut-être, redémarrer au cours de ce mois de Septembre 2017, des nombreuses évasions massives dans différentes prisons du pays, des grèves partout dans les différentes institutions de la République, pour ne pas citer que ceux-là. Tout ça fait comprendre que les élections, comme prévues dans l’Accord de la Saint Sylvestre en fin 2017, n’auront plus lieu. Peut- être que faudra-t-il ouvrir de nouvelles discussions, comme est la proposition de plusieurs analystes, mais, sans sortir de la voie tracées par les Evêques Catholiques.

Tshisekedi fait peur, bien que mort !

En réalité, derrière ces désaccords persistants, et ce refus, par le Gouvernement, d’apporter la dépouille mortelle de l’opposant E. Tshisekedi au pays, se cachent d’autres enjeux. En effet, l’arrivée, à Kinshasa, de la dépouille risque de se transformer en un test de popularité pour l’UDPS, sa famille politique, et le Rassemblement que Félix Tshisekedi dirige. Forcément, du côté de la majorité présidentielle, certains craignent de perdre la bataille de l’image. Ils ont encore à l’esprit le succès remporté en juillet 2016 par Etienne Tshisekedi, lors d’un meeting qu’il a tenu autour du stade de Martyrs, devant une affluence record, peu après son retour de Bruxelles. Nombreux sont les habitants de la capitale congolaise qui n’ont pas le souvenir d’une foule aussi nombreuse et bigarrée, venue écouter un discours politique. Un monument funéraire dédié au dirigeant de l’UDPS pourrait vite se transformer en un lieu de pèlerinage où afflueraient des visiteurs de divers horizons qui vénéreraient cet homme qui, à la différence de plusieurs acteurs politiques congolais, avait des convictions solidement ancrées et une aversion pour la violence comme mode d’accès au pouvoir, dans un pays dont la vie est rythmée par l’apparition cyclique des mouvements rebelles. Nous nous souvenons de Joseph Kabila, qui a été porté au pouvoir en 2001, après l’assassinat non élucidé de son père, Laurent-Désiré Kabila, lui-même arrivé à Kinshasa en 1997, à la faveur d’une rébellion soutenue par le Rwanda et d’autres pays voisins, qui a chassé le président Mobutu après un « règne » de trente-deux ans.

En outre, les obsèques de Tshisekedi constitueraient un immense défi sécuritaire que les autorités redoutent. Le moindre débordement pourrait donner lieu à des scènes d’émeutes dans une ville où la police tire facilement à bout portant sur la population qu’elle est censée sécuriser et cela en toute impunité.

Il y a lieu de noter que les frais de conservation de cette dépouille, pas tout à fait comme les autres, s’élèvent à 30 euros par jour. Mais, pour combien de temps encore ? Tshibala a-t-il oublié les temps passés aux côtés d’Etienne Tshisekedi ? A chacun de juger…
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