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Mercredi 27 et jeudi 28 septembre, des combats à l’arme lourde ont opposé, à Uvira, au Sud Kivu, les Forces armées congolaises à des miliciens maï maï Yakutumba du nom d’un ancien colonel de l’armée congolaise en rupture de ban. Dans un élément vidéo diffusé sur les réseaux sociaux, William Amuri Yakutumba assure, sans convaincre, que son objectif est de «renverser» le Président sortant. Il reproche à celui-ci d’avoir violé la Constitution. Interdiction de rire. Des sources à Lubumbashi indiquent que cet officier supérieur serait, en réalité, proche de «Joseph Kabila» et de son chef barbouze Kalev Mutondo. L’homme serait en "service commandé". On apprenait dans la journée de jeudi que la localité de Kasongo, au Maniema, a été attaquée par des maï maï Malaïka. « Joseph Kabila » a-t-il commencé à «activer» ses

«réseaux dormants» ? C’est la question qui taraude les esprits. Quel en serait le but? En tous cas, le silence affiché par les deux animateurs de l’exécutif national paraît étrange. D’aucuns n’hésitent pas à interpréter ce mutisme comme un aveu de connivence avec les bandes armées qui sèment la terreur dans la partie orientale du pays.

Après les combats à l’arme lourde mercredi, les maï maï Yakutumba ont sorti le «grand jeu». Jeudi, aux environs de 5h00, ils ont attaqué le port de Kalundu à partir du Lac Tanganyika.

Selon des sources, il y avait au moins cinq embarcations équipées de fusils-mitrailleurs. Les agresseurs ont été mis en débandade par des forces onusiennes qui ont eu recours à des hélicoptères.

La ville d’Uvira est frontalière avec le Burundi. Dans une sorte d’"alliance des parias", le Congo démocratique entretient depuis belle lurette des relations pour le moins inquiétantes avec le régime autoritaire de Pierre Nkurunziza. Des caciques du parti au pouvoir séjournent souvent à Kinshasa. En août dernier, une délégation de la ligue des jeunes du PPRD a rendu visite aux tristement célèbres « Imbonerakure », la milice du satrape burundais.

Des observateurs n’excluaient pas, jeudi, que les hommes du général autoproclamé William Amuri Yakutumba aient bénéficié de l’assistance des autorités burundaises. On apprenait le même jeudi que la localité de Kasongo, au Maniema, a été attaquée par des maï maï dits « Malaïka ».

Patron de la Mission onusienne au Congo, le Nigérien Maman Sidikou, a prévenu «ceux qui parrainent des groupes armés ainsi que ceux qui ont des responsabilités de commandement » qu’ils auront à rendre compte des atteintes aux droits humains.

Qui est William Amuri Yakutumba ?

Selon des sources bien informées à Lubumbashi, il s’agit d’un colonel de l’armée congolaise. Proche de «Joseph Kabila», cet officier supérieur aurait été chargé d’infiltrer les milieux maï maï. «Doté d’importants moyens financiers du trésor public, confie une source lushoise, le colonel Yakutumba devait récupérer les armes en circulation au Sud Kivu ». « Le colonel préféra travailler pour son propre compte », enchaine une autre source.

A en croire ces sources, l’officier déserteur tentera de faire saboter le barrage hydroélectrique de Bendera au Katanga. C’était en 2011. Il a été mis aux arrêts sur ordre du ministre de la Défense nationale d’alors, Charles Mwando Nsimba. «Contre toute attente, le président Joseph Kabila, en personne, a ordonné sa libération».

Lors de son discours prononcé le 26 septembre à l’Assemblée générale des Nations Unies, « Kabila » a offert implicitement ses « services » à la « coalition mondiale contre le terrorisme ». Au motif, selon lui, que le Congo-Kinshasa faisait face à ce phénomène. « En réactivant ses réseaux dormants des bandes armées avant de les mâter, le président Joseph Kabila voudrait montrer à la face du monde qu’il est le seul à garantir la sécurité au Congo », confie un confrère joint au téléphone à Bukavu.

Avant Uvira, au Sud Kivu, et Kasongo, au Maniema, il y a eu Beni, au Nord Kivu. Traumatisée par plus d’un millier d’assassinats non-élucidés à ce jour, cette ville située en plein pays Nande a subi une agression le 18 juin dernier. Bilan : vingt morts dont trois soldats. Ce jour-là, l’armée congolaise a affronté un mystérieux groupe armé dénommé « Mouvement national de la Révolution » (MNR).

Une semaine auparavant, 900 pensionnaires de la prison de Kagbanyi ont fait la belle. Les « évadés » se seraient-ils mués en « rebelles » ? Sur un ton désinvolte de celui qui sait tout mais ne dira rien, le général Fall Sikabwe, commandant de la 34è région militaire, déclarait à Radio Okapi que « la situation est sous contrôle des FARDC ».

Des relations ambiguës

Des sources à Beni assurent que les assaillants venaient de la ferme de Kabasha, une de nombreuses propriétés de «Kabila». D’après les mêmes sources, une importante cargaison d’armes était entreposée dans ce domaine.

C’est un secret de Polichinelle de relever que l’homme qui continue à trôner, en toute illégitimité, à la tête de l’Etat congolais - neuf mois après l’expiration de son second et dernier mandat – entretient des relations ambiguës avec des chefs de guerre. Citons seulement deux cas.

Leader présumé des rebelles ougandais des ADF (Forces démocratiques et alliées), Jamil Mukulu serait une «vieille connaissance» au «raïs». Des témoins assurent qu’il aurait résidé chez…le général-major «Joseph Kabila» au n°55 de la rue Bocage au quartier kinois de Ma Campagne. Un des témoins n’est autre que l’ancien ministre Antipas Mbusa Nyamwisi.

Arrêté en mars 2015 en Tanzanie, «Jamil» a été transféré en Ouganda. Il a été trouvé en possession de six passeports dont celui du Congo-Kinshasa. Les autorités diplomatiques congolaises observent une sorte d’omerta sur cette affaire.

Le 11 octobre 2016, le chef milicien Kyungu Mutanga, alias « Gédéon », et une centaine de combattants ont fait reddition. La cérémonie a eu lieu à Lubumbashi en présence du gouverneur du Haut Katanga d’alors Jean-Claude Kazembe Musonda et de…l’administrateur général de l’Agence nationale de renseignements (ANR), la police politique de «Kabila». Depuis lors, « Gédéon » qui s’était évadé, cinq années auparavant de la prison de la Kasapa, passe des jours tranquilles dans une villa. Les habitants du Nord Katanga ont encore frais en mémoire les atrocités commis par cet homme et ses miliciens dans les territoires de Mitwaba, Pweto et Manono entre 2004 et 2006.

C’est également un secret de Polichinelle de relever les « rapports suspects » que le successeur de Mzee entretient avec les rebelles Hutu des FDLR. «En seize années de présence à la tête de l’Etat, le président Joseph Kabila s’est montré volontairement incapable d’assurer la sécurité des personnes et des biens à l’Est en éradiquant les bandes armées, conclut un opposant politique. La preuve est faite que c’est lui qui manipulent toutes ces milices. Dans un avenir proche, lui et des individus tels que Yakutumba et Gédéon auront à rendre des comptes… ».

Baudouin Amba Wetshi
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