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La République Démocratique du Congo a été élue, hier lundi 16 octobre 2017, membre du Conseil des Droits de l’Homme avec 151 voix sur 193 votants. Dans une interview exclusive accordée à Forum Des As, le Prof Ndolamb Ngokwey Pierre estime que le choix porté sur la Rd-Congo "aura un effet catalyseur pour les droits de l’Homme en RDC. Ce n’est pas une prime mais un défi pour mieux faire ". Il souligne qu’il n’ya pas mille façons de célébrer cette élection : " la meilleure célébration est de mieux nous organiser pour assurer des résultats significatifs en matière des droits de l’homme en RDC ". Interview.

La RDC a été élue hier membre du Conseil des Droits de l’Homme. Votre première réaction ?
Cela ne peut être qu’une réaction de satisfaction. A double titre. D’abord, comme congolais, je suis fier que mon pays obtienne un siège dans cette auguste assemblée. Ensuite, comme personne intéressée par l’avancement des droits de l’homme dans le monde en général et dans mon pays en particulier. Après tout, j’ai consacré les 30 dernières années de ma vie à promouvoir, défendre, protéger les droits de l’homme et à mettre en œuvre des programmes visant leur réalisation. J’ai aussi enseigné au niveau universitaire des cours dans ce domaine dans différents pays.

Pourtant plusieurs voix, et pas des moindres, se sont explicitement opposées à cette candidature de la RDC.
Je sais qu’un collectif d’ONGs nationales s’est prononcé à ce sujet. Je sais aussi que des organisations internationales des Droits de l’Homme ont écrit contre l’admission de la RDC et que certains Etats ont fait campagne contre cette élection. Je sais enfin que des manifestations ont été organisées dans certains pays pour décourager les Etats membres à voter pour la RDC. L’argument principal est la détérioration de la situation des droits de l’homme en RDC. Et je comprends cet argument. Il est indéniable que depuis quelque temps, on note un recul sur certains aspects dans ce domaine en RDC. Des avancées significatives sont perdues. Qu’il s’agisse de la grave crise humanitaire du Kasaï ou de la problématique du social en général, des rapports existent et toute personne de bonne foi ne peut que le constater, le déplorer et le condamner. Paradoxalement, c’est précisément pour ces raisons que je crois que l’élection de la RDC arrive à point nommé.

Pourquoi cette élection tombé-elle à point nommé ?
Avant de répondre, laissez-moi rappeler qu’il ne faut pas confondre la République Démocratique du Congo avec le Président Kabila ou avec le régime. C’est la RDC, comme Etat, qui est admise et devient membre, et non pas le Président Kabila ou Mme Mushobekwa. Secundo, il ne faut pas que les graves dérives récentes nous fassent oublier des progrès significatifs des années précédentes, notamment en ce qui concerne la liberté d’expression ou d’opinion, telle que matérialisée entre autres dans l’impressionnante diversité du paysage médiatique congolais ou même en ce qui concerne le dossier emblématique des violences faites aux femmes ou de l’utilisation des enfants dans les conflits armés.

Oui, mais, en quoi est-ce une bonne chose que la RDC devienne membre du Conseil ?
Devenir membre impose des obligations particulières. Par exemple, cela signifie que pendant le mandat de la RDC, le pays sera soumis à l’examen périodique universel, qui est un instrument puissant de monitoring aboutissant à des recommandations précises. En d’autres termes, si nous prenons cette participation au sérieux, cela nous forcera à balayer devant notre maison, pour ainsi dire, afin de montrer des progrès significatifs en matière de droits de l’homme. C’est dans ce sens que je dis que devenir membre du Conseil peut être une opportunité pour catalyser la réalisation des droits de l’homme en RDC. Bref, ce n’est pas une prime, c’est un défi pour mieux faire.

Pouvez-vous expliciter votre pensée ?
Il y a quelques années, quand des pays comme les Émirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite, Cuba,... ont rejoint le Conseil, des critiques du même genre ont fusé. Pourtant, l’actualité récente donne des raisons d’espérer. Concernant par exemple l’autorisation de la conduite automobile par les femmes en Arabie Saoudite, on note clairement des avancées qui ne sont pas complètement étrangères à la participation de ces pays au Conseil. J’appelle cela la pression des pairs. À vrai dire, nous devons prendre les droits de l’homme très au sérieux. Il ne s’agit d’ailleurs pas seulement des droits politiques, mais aussi des droits économiques, sociaux et culturels. Il s’agit de tous les droits, des droits de tous les hommes, femmes et enfants de ce pays. Ces droits sont essentiels pour le mieux-être de nos populations. Et ils sont une des épines dorsales des Nations Unies et de la coopération internationale. Non pas comme un slogan, mais comme une pratique quotidienne.

En définitive, que devrait faire la RDC ?
La meilleure célébration de cette élection est de mieux nous organiser pour assurer des résultats significatifs en matière des droits de l’homme en RDC. Les populations ne demandent que cela. Les partenaires internationaux sont disposés à accompagner la RDC. Pourvu que l’Etat ne rate pas cette opportunité pour mieux faire. Par cette élection, la Communauté Internationale fait confiance à la RDC. Montrons que nous méritons cette confiance en relevant le défi de l’amélioration de la situation des droits de l’homme chez nous.
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