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Qui a ordonné l’interpellation de l’ancien ministre congolais Antipas Mbusa Nyamwisi en transit à l’aéroport d’Entebbe en Ouganda ? Mbusa a-t-il échappé de justesse à une «extradition» secrète organisée par des policiers ougandais corrompus ? Bouc émissaire des autorités de Kinshasa dans les événements sanglants qui ont lieu depuis 2014 dans le Territoire de Beni, le leader du RCD/K-ML est devenu un «homme à abattre». Il n’a jamais cessé d’accuser des «généraux» de l’armée congolaise d’être au centre des massacres des populations dans les Territoires de Beni et de Lubero, dans la province du Nord Kivu.

Les faits se seraient passés la semaine dernière. Pour un motif inconnu, Antipas Mbusa Nyamwisi a été interpellé à l’aéroport d’Entebbe. Il était en transit. L’ordre émanait du commandant intérimaire de la police de cet aéroport, un certain Innocent Tusiime.

Flairant le danger, Mbusa qui connait le système et les acteurs de la région s’est empressé d’aviser par téléphone quelques officiels ougandais. Une directive n’a pas tardée invitant ce « flic » zélé à « relaxer immédiatement » l’ancien ministre congolais des Affaires étrangères. Contre toute attente, l’officier a refusé d’obtempérer. Et ce en dépit du fait que l’instruction venait de la "State House" à Kampala soulignait que «Antipas Mbusa Nyamwisi est une personnalité congolaise bien connue dans le pays ».

Face à cette défiance, la présidence ougandaise a dû sortir les gros moyens en dépêchant des agents de renseignements militaires à Entebbe. Mission : arrêter et interroger le policier insoumis. On espère que les autorités judiciaires ougandaises feront toute la lumière sur ce cas d’arrestation arbitraire.

Témoin gênant

Selon la presse ougandaise, personne ne sait à l’heure qu’il est l’autorité policière qui a initié la détention de l’homme politique congolais. Certains proches de ce dernier n’excluent pas que cette «opération» ait été commanditée par «Joseph Kabila». En personne. «Kabila dont la famille a des attaches en Ouganda a dû soudoyer quelques policiers véreux afin qu’on lui livre Mbusa, glisse un opposant. Témoin gênant dans les massacres qui se déroulent dans le Territoire de Beni et à Lubero, Antipas devait être transféré secrètement à Kinshasa où l’attendait une mort certaine… ».

Membre de la très influente ethnie Nande - qui a pour fief les territoires de Beni et Lubero - au Nord Kivu, Antipas Mbusa Nyamwisi, 57 ans, a rejoint l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre) dès sa création fin octobre 1996 à l’initiative de l’Ougandais Yoweri Museveni et de Paul Kagame, alors ministre de la Défense et vice-président du Rwanda.

Après la prise du pouvoir par l’AFDL le 17 mai 1997 à Kinshasa, Mbusa fait un passage furtif à la direction provinciale de l’ANR/Nord Kivu. Fin juillet 1998, c’est la rupture entre le président LD Kabila et ses ex-mentors rwandais et ougandais. Antipas rejoint la nouvelle « rébellion congolaise» née à Kigali sous la douce appellation de « Rassemblement Congolais pour la Démocratie » (RCD). Le mouvement rebelle va s’éclater, en 1999, en plusieurs ailes.

En 2002, Mbusa et son mouvement RCD/K-ML participe au dialogue intercongolais. En 2003, il est nommé ministre de la Coopération régionale dans le gouvernement de transition «1+4». Lors de l’élection présidentielle de 2006, il soutient «Joseph Kabila». En 2007, il est promu ministre des Affaires étrangères avant de prendre le portefeuille de la Décentralisation.

Lors de la présidentielle de 2011, Mbusa fait partie des 33 candidats à la magistrature suprême. La suite est connue. Après la «réélection» de « Kabila », l’homme entama sa traversée de la savane.

« Meurtres sur ordonnance »

Début janvier 2014, le véhicule transportant le colonel Mamadou Moustapha Ndala est pulvérisé à Beni. A Kinshasa, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga, s’empressa d’imputer l’assassinat de ce valeureux fils du pays à des rebelles ougandais des ADF (Forces démocratiques alliées). Près de quatre années après, ce « meurtre sur ordonnance » n’a jamais été élucidé.

A partir du mois d’octobre 2014, le Territoire de Beni sera secoué de manière cyclique par d’autres meurtres les uns aussi barbares que les autres. Les victimes sont généralement des paisibles citoyens. Les insaisissables « ADF » sont pointés du doigt.

Originaire du territoire de Beni, le leader du RCD/K-ML a été le premier acteur politique à balayer du revers de main la thèse officielle en accusant le « général » Muhindo Akili, alias Mundos, alors commandant de l’opération « Sukola » d’être de connivence avec les assaillants. Et d’exiger une enquête indépendante. Réplique de Lambert Mende : « Si Mbusa Nyamwisi a des informations qui peuvent nous conduire aux auteurs de ces atrocités, ce n’est pas dans les médias qu’il doit les gérer. S’il veut vraiment travailler pour le pays et pour les populations du Nord-Kivu qui ont besoin que les auteurs de ces massacres puissent payer, il doit les mettre à la disposition du parquet militaire».

Un bouc émissaire

Depuis 2014, « Antipas » est devenu un parfait bouc émissaire. Un homme à abattre. Les propagandistes du régime ont pris l’habitude de le présenter en « commanditaire » des tueries de Beni.

En mars 2015, la police tanzanienne a arrêté un certain Steven Kyagulanyi, alias Jamil Mukulu, de nationalité ougandaise. L’homme est présenté comme étant le leader des rebelles ADF. Transféré en Ouganda, la police locale l’a trouvé en possession de six passeports dont celui du Congo-Kinshasa. C’est le silence plat.

Dans une interview accordée à Congo Indépendant en septembre 2016, Mbusa Nyamwisi n’est pas allé par quatre chemins en déclarant que le fameux Jamil Mukulu serait une vieille connaissance à «Joseph Kabila». « (…). Je vous informe que Jamil Mukulu habitait dans la résidence du général-major Joseph Kabila sur rue Bocage n°55 à Ma Campagne ». On attend toujours un démenti de la part des « communicateurs » de la mouvance kabiliste.

L’ancien ministre Antipas Mbusa Nyamwisi fait partie de ces opposants qui refusent de transiger sur certains principes. Ils jugent «inacceptable» la dérive dictatoriale du régime en place. Et surtout que le Président hors mandat n’hésite pas à « canarder » des manifestants pacifiques qui exigent tout simplement le respect de la Constitution.

Pour lui, si toutes les voies sont obstruées, il ne reste plus que le recours à un «soulèvement populaire» pour «préserver l’édifice institutionnel bâti péniblement» à Sun City. Affaire à suivre

Baudouin Amba Wetshi
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