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Au Parlement de l’Union européenne, le Groupe des Socialistes et Démocrates européens, est en première ligne en ce qui concerne les questions africaines et particulièrement congolaises. Dans une tribune envoyée à ACTUALITE.CD, Gianni Pittella, président de ce groupe parlementaire, s’est longuement appesanti sur les rapports entre l’Europe et l’Afrique. Tribune. À Abidjan les chefs d’État et de gouvernent africains et européens ont rendez-vous avec l’histoire. Cette expression, tant de fois répandue sur les médias, est pourtant une réalité. Le sort infâme des migrants africains vendus comme esclaves en Libye et victimes des pires violations des droits de l’homme le long de routes migratoires toujours plus périlleuses nous rappelle combien les destins de l’Europe et de l’Afrique sont liés. En Côte d’Ivoire, leaders africains et européens n’ont d’autres choix que de dialoguer de manière franche et ouverte sur la stratégie politique qu’ils veulent privilégier au sein du partenariat entre l’UA et l’UE. Deux institutions dont les points de convergence sont aujourd’hui plus nombreux que par le passé, grâce notamment à la Haute Représentante de la politique étrangère et de sécurité de l’UE, Federica Mogherini et le Président de la Commission de l’UA, Moussa Faki, mais qui doivent faire face aux pressions constantes de leurs États membres au nom des intérêts nationaux. En Europe, la gestion des flux de migrants a démontré de manière flagrante l’incapacité des États européens à s’accorder sur une politique migratoire commune et solidaire. Des pays comme l’Italie ou l’Allemagne se sont retrouvés très esseulés dans les opérations de sauvetage et d’accueil d’hommes, de femmes et d’enfants traumatisés par leur traversée du Sahel, de la Mer Méditerranée et des Balkans. Le programme adopté par l’UE en septembre 2015 pour soulager la Grèce et l’Italie confrontées à des flux migratoires sans précédents, à travers la relocalisation de 160.000 réfugiés dans tous les États Membres de l’Union, symbolise cette faillite. Deux ans plus tard, seules 46.000 personnes ont été relocalisés. Ce manque scandaleux de solidarité intra-européenne fait la joie des partis d’extrême droite qui profitent de la crise économique et des cures d’austérité infligées aux citoyens européens pour alimenter toutes sortes de fantasmes sur les migrants en annonçant des invasions qui ne le sont pas. Car faut-il le rappeler : les flux migratoires intra-africains sont largement supérieurs aux flux qui touchent l’Europe. Ce fantasme est d’autant plus incompréhensible que le déficit démographique alarmant des pays de l’UE nécessitera dans un futur proche plus de main d’œuvre extra-européenne. Les leaders européens le savent bien, mais ne disent rien car la crainte de perdre des élections est omniprésente. L’Afrique quant à elle est confrontée au problème opposé. En 2050, elle accueillera plus de deux milliards d’habitants, parmi lesquels des centaines de millions auront moins de 25 ans. Dès lors comment garantir un avenir meilleur aux futures générations africaines dans un continent où les taux de croissance économique impressionnants ne parviennent pas à réduire fortement la pauvreté et les inégalités sociales ? Cette question hante les esprits des leaders qui se réuniront à Abidjan. Tout comme le risque de voir les tragédies des migrants se décupler dans les prochaines décennies. Il a fallu attendre les images insupportables de la CNN pour que les leaders africains prennent pleinement conscience des violences que subissent leurs citoyens. L’esclavage est un crime contre l’humanité qui exige sans plus tarder une réaction forte des leaders de l’UE et de l’UA, ainsi que l’adoption d’une stratégie commune ambitieuse sur le long terme. Dans l’immédiat, plusieurs décisions s’imposent, et que notre Groupe politique demande depuis des mois : fermer les centres de détention en Lybie pour les remplacer avec des centres d’accueil sous la protection des Nations-Unies ; démanteler les réseaux de trafiquants d’êtres humains, d’armes et de drogue qui mettent en péril la vie des migrants ; stabiliser la Lybie ; enfin, l’Europe doit sortir de sa logique sécuritaire pour faciliter l’ouverture de voies sûres et légales pour les migrants, et favoriser la migration circulaire. Ces mesures, aussi utiles et vitales soient-elles, ne nous mettront pas à l’abri des défis communs qui attendent l’Europe et l’Afrique sur le long terme. Investir sur les jeunes – le thème central du Sommet UA-UE – nécessite des propositions aussi ambitieuses que concrètes en terme de lutte contre la pauvreté, la corruption, l’évasion fiscale et le terrorisme, d’investissements durables, d’accès à l’eau et à l’électricité, de promotion des droits de la femme, de soutien aux secteurs de la santé et de l’éducation, en particulier supérieure, et de défense des libertés fondamentales. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que l’aide au développement ne suffit plus pour éradiquer la misère sociale en Afrique, même si son apport reste crucial pour les populations les plus pauvres. Il faut investir, mais pas n’importe comment. L’agrobusiness, pour ne faire qu’un exemple, est un acteur important pour un secteur qui emploie 60% de la main d’œuvre africaine. Mais la transformation agricole ne peut favoriser des multinationales comme Monsanto, qui exerce des pressions énormes sur les gouvernements africains pour promouvoir les OGM en Afrique. Il en va de même pour le nouveau plan d’investissement extérieur de l’UE pour l’Afrique que les Socialistes et Démocrates européens ont soutenu. Doté d’un budget initial de 4,1 milliards d’euros, ce plan mobilisera jusqu’à 44 milliards d’euros d’investissement pour favoriser le secteur privé en Afrique, notamment les petites et moyennes entreprises et les États fragiles, et la création d’emplois décents, surtout pour les jeunes et les femmes. Afin d’éviter les mauvaises surprises, il faut que les investissements soient durables et que le plan facilite l’accès aux financements des PME africaines plutôt qu’aux multinationales championnes de l’évasion et de l’optimisation fiscale, ou qui exploitent les matières premières du continent africain sans respecter les droits de l’homme, les deux allant souvent de pair. Depuis que j’ai assumé la présidence du Groupe S&D au Parlement européen, l’Afrique est devenue une priorité absolue de notre politique étrangère. Nous sommes persuadés que le destin de l’Europe est étroitement lié à celui du continent africain. Le Sommet UA-UE ne peut être pris en étau par certains États Membres pour conditionner l’aide au développement ou les investissements aux rapatriements de migrants. Il revient aux leaders de l’UA et de l’UE de faire en sorte que ce destin commun offre aux citoyens africains et européens de réelles opportunités et un avenir meilleur pour tous.
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