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Le camp du président congolais, Joseph Kabila, le cynique taiseux, l’opposition molle, peut-on dire, regroupée autour de Vital Kamerhé et des associations de la société civile dont la crédibilité reste à être démontrée, sont en passe de réussir leur forfaiture : celle de tordre de manière flagrante le cou à la Constitution de la RDC. En effet, au terme d’un long et laborieux conclave, les participants au dialogue politique initié par le président le plus muet d’Afrique, c’est-à-dire Joseph Kabila, et sous la facilitation du très controversé facilitateur, Edem Kodjo, sont parvenus à un accord. Celui-ci, qui sera soumis en principe aujourd’hui 17 octobre aux trois cents délégués participant au dialogue, fixe les élections générales à la fin du mois d’avril 2018, maintient le président Kabila en fonction jusqu’à l’installation du futur président élu, et confie le poste de Premier ministre à l’opposition. En attendant que les autres points de l’accord soient dévoilés, l’on peut s’arrêter sur ceux autour desquels, dit-on, un consensus a été trouvé.

L’attente du nouveau président, a de fortes chances de s’apparenter à l’attente de Godot

Il y a d’abord, le renvoi des élections générales à la fin du mois d’avril 2018. Pour peu que l’on soit démocrate et, de ce fait, attaché au respect strict des délais constitutionnels, l’on peut avoir un pincement au cœur face à ce long bonus grassement accordé à Joseph Kabila. En effet, quand on fait le décompte en tenant compte du fait que le 16 décembre prochain marque la fin constitutionnelle du deuxième et dernier mandat de Joseph Kabila, l’on peut aisément constater que le lenga1 concédé à celui par qui le malheur est en train de s’abattre sur le peuple congolais, c’est-à-dire Kabila fils, est égal, arithmétiquement parlant, à 16 mois. C’en est trop ! Et seule une République qui marche sur la tête peut s’en accommoder. Le deuxième point qui peut amener tout démocrate digne de ce nom à écraser une larme pour le peuple congolais, est celui qui maintient Kabila en fonction jusqu’à l’installation du futur président élu. L’on peut tout de suite se poser la question de savoir quand est-ce que ce fameux président sera élu. Cette question est d’autant plus à propos que l’attente de ce nouveau président, a de fortes chances de s’apparenter à l’attente de Godot de Samuel Becket. Il n’arrivera jamais. Car, tout dépend, dans ce grand pays, de la volonté d’un homme et de son clan. Or, tout porte à croire que cet homme ne s’imagine pas une autre vie en dehors de celle qu’il mène depuis 2001 au Palais de marbre de Kinshasa. De ce fait, la probabilité est grande que Joseph Kabila fasse feu de tout bois pour se retrouver dans le portrait-robot du futur président qui sera élu. Cette inquiétude tient d’autant plus la route que le principal concerné, de sa propre bouche, n’a jamais dit, en des termes explicites, qu’il n’envisage pas briguer un troisième mandat. Et pour en rajouter à cette inquiétude, rien dans l’accord auquel sont parvenus les participants du dialogue politique, ne rassure le peuple congolais sur la question. Et ce ne sont pas les propos de Vital Kamerhé qui vont contribuer à dissiper l’angoisse des Congolais. En effet, celui-ci est ressorti de la réunion restreinte convoquée autour du facilitateur, Edem Kodjo, avec un large sourire. Pour cause, répondant à une question, il a confié en substance que la Constitution sera respectée, y compris en ce qui concerne le sort du président Joseph Kabila qui est à son deuxième et dernier mandat. L’on peut avoir envie de demander à l’ancien fidèle parmi les fidèles de l’homme fort de Kinshasa, de quelle Constitution il parle. Car, Joseph Kabila a déjà violé l’actuelle Constitution en réussissant le tour de force d’obtenir le glissement du calendrier électoral en sa faveur. Et rien ne dit que cette étape franchie avec succès, il n’a pas dans sa tête l’idée de tripatouiller purement et simplement la loi fondamentale en vigueur à l’effet d’être qualifié pour la présidentielle à venir. Il peut caresser ce rêve pour deux raisons principales. D’abord, les dictateurs de sa trempe, ne sont jamais rassasiés de pouvoir. Et pour les accompagner dans leur folie, ils ont pris le soin de mettre en place des institutions qui font office de véritables gadgets de la République. La Cour constitutionnelle congolaise en est un exemple. Déjà, elle a apporté la preuve de cela en reconnaissant à Joseph Kabila le droit de rester en poste jusqu’à ce que la présidentielle soit organisée, tout en restant muette comme une tombe sur la lancinante question de savoir si oui ou non il est qualifié pour briguer un troisième mandat. La deuxième raison qui peut conduire Kabila à s’accrocher au pouvoir, est que la norme politique en Afrique centrale et dans la région des Grands lacs, se décline en termes de tripatouillages pathologiques des Constitutions par les princes régnants et de hold-up électoraux.

Seul le peuple congolais peut siffler la fin de la récréation

A partir de ce postulat, Kabila pourrait être tenté par la posture de Denis Sassou Nguesso, de Paul Kagamé, d’Ali Bongo et autre Idriss Deby Itno. D’ailleurs, ce dernier n’a pas craint, en marge de sa visite à Berlin, de marteler la phrase assassine selon laquelle le pouvoir du Burundais, Pierre Nkurunziza, est légal et légitime. Cette sortie fracassante de l’homme fort de N’Djamena, qui plus est, préside actuellement aux destinées de l’UA (Union africaine), s’apparente à une apologie de l’arbitraire et de la dictature. Quant au dernier point de l’accord politique qui consiste à confier le poste de Premier ministre à l’opposition, l’on peut dire que c’est un véritable piège tendu par Joseph Kabila. Et cela n’est pas inédit en RDC. En effet, l’on se souvient que Mobutu, alors qu’il était au pouvoir et était acculé par l’opposition, avait concédé le poste de Premier ministre à celle-ci à l’effet de se donner du répit, le temps de reprendre de nouvelles forces pour consolider son pouvoir. Dans le cas d’espèce, l’on peut parier que pour le poste de Premier ministre et pour les autres postes du gouvernement de la transition qui seront concédés à l’opposition, les membres de celle-ci se battront comme des chiffonniers. Toute chose qui sera pain bénit pour le pouvoir de Joseph Kabila, pour faciliter son passage en force. Face à la tragi-comédie à laquelle se livrent actuellement Joseph Kabila et les participants du dialogue politique, seul le peuple congolais peut siffler la fin de la récréation. Déjà, l’opposition regroupée autour du patriarche Etienne Tshisekedi, entend organiser une journée « ville morte » pour signifier son rejet catégorique des assises de Joseph Kabila avec la complicité du facilitateur de l’UA, Edem Kodjo et de certains acteurs pour lesquels la politique est avant tout un business. En attendant de voir si cette fronde de l’opposition vraie va changer ou pas la donne politique dans l’ex-Congo belge, l’on peut déjà qualifier l’accord politique de victoire pour Joseph Kabila et de défaite pour la RDC

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