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Pendant 18 mois, le chef du gouvernement «abusait» des noms du cabinet précédent pour obtenir des salaires du Trésor public, à en croire les données disponibles à la Banque centrale du Congo, révèle Breaking Up, le journal de Kabeya Pindi Pasi, ci-devant ancien conseiller principal de l’ex-Premier ministre Adolphe Muzito.
L’affaire du bras de fer sans grand bruit dû au paiement partiel des indemnités de sortie des membres d’une partie des cabinets des anciens Premiers ministres Antoine Gizenga et Adolphe Muzito a jeté le froid dans les relations entre le Parti lumumbiste unifié -PALU- et ses partenaires de la Majorité présidentielle -MP.
Presque 5 ans plus tard, leur successeur, le Premier ministre Augustin Matata Ponyo, est montré du doigt. Il est carrément accusé d’avoir détourné la moitié des indemnités de sortie et avoir, pendant 18 mois, abusé des noms des anciens collaborateurs du patriarche et son poulain pour obtenir des salaires du Trésor public, à en croire les données disponibles à la Banque centrale du Congo, soit un total de 10 millions de dollars américains.


Ce que révèle Breaking Up, le journal de Kabeya Pindi Pasi, journaliste de renom, ancien conseiller principal de Muzito, donc une des victimes de l’attitude peu civique et moins orthodoxe du chef du gouvernement, est un autre scandale signé Matata Ponyo après celui des projets et dépenses extrabudgétaires. Lisez plutôt l’article du pertinent confrère Breaking Up.
DES CASSEROLES QUI éNERVENT LA COHéSION AU SEIN DE LA MAJORITé
Enormes points noirs entre A. Gizenga et A. Matata
10 millions de dollars, destinés aux partisans du Patriarche, détournés par le Premier ministre. Pendant 18 mois, le chef du gouvernement «abusait» des noms du cabinet précédent pour obtenir indument des salaires du Trésor Public. Le scandale risque de souffler sur la Majorité
C’en est-il [presque] fini d’Augustin Matata? Possible. A la veille de sa nomination en 2012, la nouvelle ne peut s’empêcher de fuiter. Dans un assommoir quasi banal, en regard d’une agence de Raw Bank, dans le dos de la SONAS, se rassemble un bon contingent de hauts cadres d’origine katangaise, après la chute du jour.
En cette soirée torride de la fin du mois de janvier, un intello distingué d’entre eux: «C’est le meilleur que nous avons pour l’instant» [NDLR: au poste de Premier ministre]. Si on prend au pied de la lettre la Constitution, cette très haute fonction ne saurait être confiée à une personnalité qui n’est pas issue des urnes. Un Premier ministre illégitime ou presque? Oui. Ainsi en sera-t-il. Ponyo Mapon, on l’attendait beaucoup sur le front des grands travaux, déjà entrepris par son prédécesseur, Adolphe Muzito, aux commandes du programme présidentiel des «Cinq chantiers».
Et si, novembre 2011, le Président Joseph Kabila vient d’être réélu, ces chantiers qu’il ne cesse d’inspecter personnellement y sont pour beaucoup. A longueur des journées, ils attirent des dizaines de milliers de Kinois qui, en contemplant les merveilles du génie civil chinois, commencent à reprendre espoir, faisant ainsi oublier de longues années de guerre et un immense lot d’effets collatéraux.
Augustin Matata n’a aucune envie de remettre ses pieds dans le sillon des «Communistes du PALU». Il les déteste et le leur fait savoir. A la cérémonie solennelle de la remise-reprise, organisée dans le salon d’attente du rez-de-chaussée à l’Hôtel du Gouvernement, ils sont trois Premiers ministres sous les feux des projecteurs. L’entrant, Augustin Matata, le fraîchement sortant, Koyagialo Ngbase Te Gerengo, qui a pris par intérim les commandes du gouvernement, lors des opérations électorales, et l’autre sortant rentré victorieux de cette campagne électorale au pays de Mayumbu, Adolphe Muzito, dit Shed.
Koyagialo est exclu de l’aparté qui a lieu au-dessus de sa tête, au premier étage, dans le cabinet du Premier ministre. Puis, après une vingtaine de minutes, les deux reviennent partager le cocktail. A quoi pense ce Muzito tout souriant? Nul ne sait. Alors, à quoi pense son successeur? La réponse arrive dès que celui dont il prend les leviers du pays tourne les talons.
Ordre est donné d’arracher, c’est bien le mot, les clés à tous les membres du cabinet Muzito. «Il n’est pas besoin de nous dire quel dossier contient quoi», justifie quelqu’un du cabinet entrant, non sans désinvolture. Hélas, lui, l’homme paraît très quelconque! Et, résultats des courses: tous les cabinets ministériels sont demeurés en poste, hormis celui des hommes d’Antoine Gizenga, à peine consolidé par le gratin additionnel d’Adolphe Muzito.
Cinq ans se sont écoulés. Mais personne n’aura expliqué pourquoi ce pied de nez qui «trahit» la trahison brutale de la Majorité. Trahi? Oui, Antoine Gizenga et même son PALU l’auront senti, après avoir battu une campagne épuisante et même contrariante en 2006: soutenir un candidat qui, il y a à peine quelques deux ou trois semaines, était votre adversaire politique exige de ne pas avoir un petit cœur d’oiseau, perdu au fond du lobe du poumon gauche. En 2006 comme en 2011, le PALU a témoigné de toute sa loyauté à la Majorité et ses options politiques, lors même qu’il n’eût pas été totalement persuadé de certaines d’entre elles. Alors, pourquoi les hommes d’A. Gizenga, le Lumumbiste, sont-ils évacués sans élégance des bureaux occupés dans l’histoire par Patrice Lumumba? Cette image-symbole est pour le moins agaçante: Ponyo Mapon n’a jamais battu campagne, ni pour lui-même, ni pour le patron de la Majorité.
Il ne sait rien de ce qu’il en coûte de voyager dans des hélicoptères cannibalisés. Des hélicos qui, à chaque escale, doivent faire venir des fûts de mazout aérotransportés, sans lesquels on passe des journées entières à scruter, à terre, le ciel. A la merci des moustiques et des maringouins féroces tout à fait syndiqués. De tout cela Matata ne connaît absolument rien.
Bras de fer hors médias
Une semaine après l’évacuation au forceps du cabinet PALU, un septuagénaire, comme le même PALU n’en a jamais été en manque, élève cette sagesse: «Si quelqu’un ne se souvient pas de vos bienfaits du passé, il ne sert à rien de lui en donner le bénéfice dans le temps présent, ni futur». Et d’ajouter: le «présent» ne tarde pas à tomber dans le «passé» et il l’oubliera toujours! Oui, mais comment expliquer cette offense qui ressemble à un viol? Plus il fait mal au cœur, moins on a envie de l’évoquer ou de se confier à autrui. Explication? Oui, elle finira par venir.
Goutte à goutte. Déjà dans la quinzaine qui suit l’incident de la passation des pouvoirs, le cabinet Muzito, dont le noyau dur est constitué du staff d’Antoine Gizenga, est payé. Suivra aussi la moitié de l’indemnité de sortie d’une partie du cabinet des deux anciens Premiers ministres du PALU. La moitié? Oui, seulement la moitié, soit trois mois au lieu de six prévus par la loi financière. Les gros ennuis commencent; ils vont dégénérer en une partie de bras de fer qui se déroule loin des médias. Elle mêle fourberie, cynisme, mesquinerie, rancœur et résignation, selon que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre. Y a-t-il eu un aussi gros point noir entre l’ancien Premier ministre et son ministre des Finances? Aucune réponse n’est livrée. Un ange passe.
Deux ans plus tard, les membres du cabinet lésés reviennent à la charge, sans vraiment y croire. Cette fois, ils ont pris une précaution importante: un avocat leur prodigue des conseils. Et toujours sans faire grand bruit. Cette fois encore, le conflit est devant les instances judiciaires. Pour des raisons que l’on apprendra probablement dans les années qui viennent, le Vice-Premier ministre chargé du Budget, le Professeur Mukoko Samba, se tient bien loin du théâtre des évènements pour le moins burlesques. Mais, il reste que son nom revient en bonne place, dans le haut du tableau, de la triste liste des victimes de l’attitude pas du tout citoyenne du Premier ministre.
Premier ministre. Il aura été des plus atypiques. Des moins orthodoxes
A tout prendre, Augustin Matata a des compétences très appréciables dans la prise en charge de son agenda. On rapportera qu’il accède à son cabinet vraiment au point du jour. Vers 5 heures du matin. Mais la nouvelle qui ne tarde pas à faire le tour de la Ville, c’est qu’il répond à toutes les correspondances dans les 48 heures de la réception. Cette nouvelle vient réconforter les membres du cabinet Gizenga lésés. Ils adressent au total quatre correspondances au Premier ministre. Ils ne recevront en retour aucune suite. Même pas un simple accusé de réception. Dans les coulisses, des sources rapportent que Matata Ponyo ne «veut» pas payer les hommes d’A. Gizenga, parce que son prédécesseur ne l’a pas fait. Mais là, si c’est vrai, il a tout faux. Lorsqu’Adolphe Muzito entreprend de faire droit à l’exigence de ses collaborateurs, malgré les sollicitations de la pré-campagne et de l’éprouvante campagne électorale de 2011, le dossier est bloqué par le ministre des Finances. A l’époque, il porte le nom de Matata Ponyo. Arrivé sur le trône de Premier ministre, il use de digression. Ainsi est mise sur pied une Commission d’harmonisation composée des conseillers de deux cabinets -les deux anciens cumulés et le nouveau. Mais la Commission ad-hoc n’ira pas plus loin, après avoir obtenu qu’on paie arbitrairement les trois mois «illégaux» des indemnités de sortie…
Comme on le dit, dans une République, la Justice est le dernier recours. Les hommes d’A. Gizenga se tournent vers elle. Le directeur de cabinet et le comptable du «Premier» sont régulièrement convoqués et entendus. Ils passeront aux aveux pour les griefs majeurs. Par exemple, 18 mois après qu’on lui eut donné la chasse de la Primature, le personnel des ex-Premiers ministres du PALU a été régulièrement payé par le Trésor Public, indique la Banque Centrale du Congo. Tout l’argent a été reversé au Cabinet Matata qui en a fait tout, sauf le payer aux destinataires. En violation flagrante de la loi financière, régulièrement votée par les deux chambres du Parlement et promulguée par le chef de l’Etat. Ce forfait représente environ 10 millions de dollars que les partisans alliés de la Majorité, qui ont battu campagne, ne verront pas. Eux qui ont soutenu cette Majorité à bras le corps avant qu’elle n’accouche de ce type de Premier ministre. Il aura été des plus atypiques. Des moins orthodoxes. Si le Dialogue retrouve un tant soit peu de lucidité et se résout à lui demander de lever le pied, il en restera des casseroles. Pour l’instant, il a encore intactes toutes les chances de rempiler, comme il en fut le cas à l’issue des défuntes concertations nationales. Sauf qu’aujourd’hui le mandat du chef de l’Etat est à quelques brassées du rivage. Mais, somme toute, il a encore les coudées franches, lui à qui on n’aura jamais «retiré la signature». Lui qui gardera encore longtemps l’enviable réputation sur le modèle d’un «douze métiers et treize accidents»: tantôt, il est agriculteur autodidacte, tantôt écrivain visiblement sans talent, ou alors guide des touristes dans un parc sur mesure, aménagé au fond d’un jardin sur lequel s’abat une pluie torrentielle d’énormes pierres.
B. NDONGLISH
In Breaking Up, Nouvelle série 800 édition n°002 du Lundi 03 au Dimanche 09 octobre 2016, Pages 5 et 
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