
« L’opposition radicale. Sa disparition risque de fragmenter l’opposition en RDC, et de laisser à nouveau les intérêts individuels ou politiciens l’emporter sur l’intérêt général. Une fois de plus c’est le président Kabila qui sort gagnant : il a gagné du temps, ce qui est à lui est à lui et ce n’est pas négociable, il peut rester en fonction jusqu’aux prochaines élections. Ce qui appartient à l’opposition est négociable« , disait-elle dans une interview à la télévision belge RTBF, le 2 février dernier.
Hélas, si la première partie de l’analyse de la journaliste belge s’est avérée exacte, à savoir la « fragmentation » de l’opposition congolaise, caractérisée par des dissensions et guerres au sein du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement, l’autre partie ne semble pour autant pas se concrétiser.
En effet, alors que l’accord signé le 31 décembre dernier à Kinshasa semblait être garanti par deux principaux protagonistes de la crise politique en RDC, à savoir le président Joseph Kabila et sa famille politique d’un côté, et Etienne Tshisekedi et son Rassemblement de l’autre, la disparition du Sphinx de Limete pourrait priver les Kabilistes d’un interlocuteur valable. Même si la division au sein de la première coalition de l’opposition semble pour l’instant arranger les plans de la Majorité au pouvoir, nul n’est sûr que cela soit le cas dans le long terme. Un Rassemblement fort déstabilisé, voir amoindri menacerait directement ce fameux accord trouvé à l’arrache-pied et qui a permis à Joseph Kabila de respirer un peu sur la scène internationale.
Tout le monde se souviendra que le président congolais y a couru après depuis novembre 2015, date à laquelle il a décrété le Dialogue politique, croyant mordicus avoir la participation d’Etienne Tshisekedi, pour ainsi crédibiliser cette manoeuvre. Les réunions entre des représentants du pouvoir et ceux des proches de Tshisekedi à travers l’Europe et dans des officines à Kinshasa n’ont fait que renforcer la thèse selon laquelle: seule le leader de l’UDPS restait un interlocuteur crédible tant aux yeux du pouvoir qu’à ceux de la Communauté internationale; qui, entre-temps, n’a pas dévissé sa pression sur un Kabila suffocant.
Et lorsque le Lider-Maximo a réussi, comme par magie, à fédérer les Katumbi et les Olenghankoy autour du grand Rassemblement, le pouvoir n’a pas hésité à sauter sur l’occasion pour institutionnaliser son glissement au pouvoir, allant jusqu’à remettre en cause un allié comme Vital Kamerhe et à s’offrir même un deuxième Dialogue.
En panne d’interlocuteurs
Aujourd’hui, comme le Porte-parole de la Majorité présidentielle, André-Alain Atundu Liongo l’a dit dans une interview dimanche sur POLITICO.CD, le blocage actuel dans l’application de l’accord est plus que jamais lié à la situation au sein du Rassemblement.
« C’est l’UDPS et le Rassemblement qui n’ont pas un Président du Conseil des Sages qui bloquent l’accord. La Majorité est prête mais nous n’avons pas de partenaire de discussion. Le Rassemblement se décline actuellement en 3 courants et est incapable de se présenter dans les discussions en un front face à la MP« , explique l’Ambassadeur André Atundu. Même si le Porte-parole de la coalition des partis au pouvoir est plus que jamais partial et Kabiliste, une petite vérité ressort néanmoins de ces propos: Jospeh Kabila manque d’interlocuteur de la trempe de Tshisekedi.
Désignés à la tête du Rassemblement, puis contestés par une frange certes disparate, Félix Tshisekedi et Pierre Lumbi seront sincères d’admettre qu’ils ne peuvent pas autant peser sur la Kabilie, encore moins sur l’opposition que pouvait le faire Etienne Tshisekedi. Alors que déjà le Mouvement de Libération du Congo (MLC) aboie comme un chien enragé, avec sa coalition du Front pour le Respect de la Constitution dont personne ne sait réellement ce qu’il vaut vraiment, contre Pierre Lumbi, de la même manière que certains au sein même du Rassemblement, Joseph Kabila qui a la rancune tenace ne pourrait de ce fait se faire à l’idée d’adouber un homme qui l’a copieusement trahit; certes à démonter.
De plus, derrière les ficelles mimant les mouvements de Lumbi, nous avons un Katumbi qui n’est rien d’autre que l’homme à abattre de la Kabilie. Juste à côté, un Vital Kamerhe égaré et de nouveau amoureux, à qui on a clairement montré qu’on ne lui faisait pas confiance. Des pions utilisables comme Olenghankoy ou Katebe Katoto ont un travail de popularité à faire… dans cette navigation en eaux troubles, Joseph Kabila devrait se sentir perdu, au point de vouloir plus que jamais ressuscité « le vieux ». Sauf s’il n’a jamais été question d’appliquer cet accord…
SOPOLITICO,
Par Litsani Choukran,
Le Fondé.