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Directeur du magazine « Vrai Journal », Peter Tiani a été arrêté mercredi 7 novembre avant d’être embastillé à la Prison centrale de Makala. Le plaignant n’est autre que Bruno Tshibala Nzenzhe, le Premier ministre. Celui-ci lui reproche d’avoir…  relayé une information diffusée par le journal en ligne « scooprdc.net ». Cette publication fait état de la disparition de plusieurs centaines de milliers de dollars au domicile de l’ancien compagnon d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba. Un détail: initiateur de l’émission « Devoir de mémoire », Tiani était, depuis belle lurette, dans le collimateur des anciens « opposants radicaux » passés avec armes et bagages dans la mouvance kabiliste. L’émission met en exergue l’incohérence entre le discours anti-« kabila » d’hier et le comportement obséquieux affiché aujourd’hui.

Dans un communiqué daté du vendredi 9 novembre, l’organisation non-gouvernementale « Journalistes en danger » (JED) annonce, en liminaire, que Peter Tiani est écroué depuis 48 heures pour « diffamation, calomnie et imputations dommageables » à l’encontre de la famille de Bruno Tshibala.

Selon le magazine « Tokomi wapi? » d’Eliezer Ntambwe, un mandat d’amener a été réceptionné, mercredi, à 18 heures, à la rédaction du « Vrai Journal ». Trente minutes après, quatre policiers dont deux en tenue civile se sont présentés sur le lieu.

Le reste de l’histoire met à nu les errements d’une justice aux ordres. Le journaliste est embarqué. Destination: les installations du commissariat de police du district de la Funa. Après quelques heures de « garde à vue », il est transféré vers 21h00 au parquet général près la Cour d’appel de la Gombe.

C’est ici que Peter Tiani apprendra sa mise en détention sans qu’il n’ait été préalablement auditionné par le magistrat instructeur. « Toute personne arrêtée doit être immédiatement informée des motifs de son arrestation et de toute accusation portée contre elle (…). Elle doit immédiatement être informée de ses droits », peut-on lire dans les deux premiers alinéas de l’article 18 de la Constitution congolaise.

FÉTICHEUR
Dans son communiqué, « JED » précise que le journaliste Tiani « est poursuivi pour avoir relayé un article tiré du média en ligne scooprdc.net ». L’article dont question fait état de la disparition d’une importante somme d’argent à la résidence du Premier ministre Tshibala.

L’histoire initiale mise en ligne, le 27 octobre, sous le titre « RDC: ces sommes d’argent qui disparaissent chez le Premier ministre », ce dernier média rapporte une histoire rocambolesque. On apprend qu’une somme totale de 500.000 dollars avait été « dérobée » au domicile de Tshibala. Le maraudeur serait le propre fils du « Premier » prénommé « Bertin ». Celui-ci aurait été « confondu » par un charlatan. « Le féticheur s’amène à la résidence du premier ministre et soumet les enfants à l’épreuve de son bracelet mystique, relate ‘scooprdc.net’. Chez les enfants innocents, ce bracelet se libérait de leurs bras sans problème. Mais le tour de Bertin Tshibala arrivé, le fameux bracelet est non seulement resté coller à son bras, mais il a aussi commencé à le coincer. L’enfant voleur a finalement avoué son forfait et a fui la maison ». Rire interdit.

Scooprdc.net de s’interroger, en guise de commentaires: « Pourquoi un premier ministre garde-t-il dans sa maison de sommes aussi colossales d’argent? D’où proviennent-elles? »

Comme pour répondre, le média d’asséner que cette affaire « donne sans doute raison » aux détracteurs du « Premier » qui le suspectent d’empocher « beaucoup de pots de vin ». Et de poursuivre: « Le plus récent serait celui perçu auprès des opérateurs des télécommunications, soit 750 mille USD pour les uns, 7,5 millions USD pour les autres en vue de geler un décret » touchant au secteur des télécommunications.

NON-RESPECT DE LA PROCÉDURE
Dans son communiqué, « JED » note que Peter Tiani avait commenté la « révélation » de scooprdc.net en se posant « la question de savoir s’il était normal qu’un premier ministre en fonction puisse garder une somme colossale de 100.000 à 400.000 Dollars dans sa maison en lieu et place d’une banque ». Jusque là, on cherche en vain l’élément matériel de l’infraction à imputer à ce jeune confrère.

Interrogé par JED, Maître Hervé Diakiese, conseil de Tiani, a fustigé le non-respect des règles de procédure notamment en matière d’arrestation. Il a déploré que son client ait été auditionné. Alors que l’avocat qu’il est n’a pas été autorisé à parcourir la plainte afin de prendre connaissance des faits mis à charge de son client. « Apparemment le magistrat a mis le journaliste sous mandat d’arrêt provisoire après un interrogatoire musclé, ce qui n’est pas normal. Il s’agit donc d’une stratégie pour priver le journaliste de sa liberté », a conclu Hervé Diakiese.

Tout en se gardant d’interférer dans cette affaire, l’ONG « Journaliste en danger » dit le mal qu’il pense de la « procédure cavalière » ayant abouti à l’arrestation du journaliste et demande « sa mise en liberté pour lui permettre de comparaître en homme libre ».

PARI RISQUÉ
Vous avez dit « Devoir de mémoire »? Le 9 octobre 2016, Bruno Tshibala, alors secrétaire général adjoint de l’UDPS et porte-parole de la coalition politique « Rassemblement », avait été « cueilli », tel un malfrat, à l’aéroport de Ndjili, par des sbires du « raïs ». Destination: Prison centrale de Makala. Les « durs » du régime lui reprochait d’avoir été l’instigateur des manifestations des 19 et 20 septembre pour signifier le « carton jaune » au Président sortant. Interrogé à l’époque par la presse étrangère, Tshibala avait donné un bilan de 100 tués et plusieurs dizaines de blessés.

Ce n’est qu’à la fin du mois de novembre que Tshibala sera relâché. Sans audition. Ni jugement. A l’époque, le Tout-Kinshasa-politique bruissait de rumeurs selon lesquelles le « raïs » aurait proposé à ce proche de Tshisekedi le poste de Premier ministre. « Il aurait refusé », disait-on.

Opprimé jadis, Bruno Tshibala Nzenzhe fait désormais partie du cercle très fermé des oppresseurs. « En chaque opposant sommeille un futur tyran », dit un dicton populaire. Brocardé par le magazine « Devoir de mémoire », l’ex-bras droit de « Ya Tshitshi » a trouvé une occasion inespérée pour faire sentir à ses critiques le poids de son autorité. Le pari parait risqué…

BAUDOUIN AMBA WETSHI/CI
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