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Les révélations du parquet de Kinshasa Matete sur les auditions de Monsieur Kamerhe est ses complices ont suscité un réel espoir de voir que la justice de la RDC peut juger un agent public de l’Etat afin de dire au peuple la vérité, rien que la vérité.

Les faits reprochés à M. Vital Kamerhe sont d’autant plus graves que son enrichissement personnel est scandaleux, comparé à la misère des Congolais.


Un Directeur de Cabinet n’aurait jamais pu agir ainsi, sans que son chef hiérarchique, entendu M. Felix Tshisekedi, n’ait pu être au courant. Ce dernier ne peut éluder sa responsabilité managériale devant tant de scandales autour de lui. La responsabilité politique de tout chef se trouve engagée dès lors qu’il y a faute grave de ses subalternes, agissant en son nom ou exécutant ses ordres, si la faute n’est pas découverte par ses soins. De plus, M. Tshisekedi n’avait pas hésité à prendre publiquement la défense de son collaborateur dans l’affaire des 15 millions de dollars, allant jusqu’à déclarer « légale en RDC » la pratique des rétro-commissions.

Il est dès lors indispensable d’inclure ladite affaire dans les griefs retenus contre M. Kamerhe. Ce dossier a trait à des soupçons d’irrégularités présumées dans le retrait inapproprié d’un montant de 15 millions de dollars par des individus sur une somme de 100 millions de dollars empruntés par l’Etat pour apurer une partie de sa dette aux sociétés pétrolières. Entre le 27 mai et le 7 juin 2019, ce pactole avait été décaissé du compte du Comité de Suivi des Prix des Produits Pétroliers, à la Rawbank, en 5 retraits d’espèces, de 4.000.000$, 5.000.000$, 1.500.000$, 3.000.000$ et 750.000$ respectivement, soit un total de 14.250.000$. Pour information, cette dette est due aux pertes subies par les sociétés de distribution de pétrole suite au gel des prix à la pompe décidé par l’État congolais, malgré la variation à la hausse des éléments de la structure des prix du carburant.







Ce dossier avait fait l’objet d’une enquête de l’Inspection Générale des Finances (IGF) qui avait saisi ensuite la Cour de Cassation en date du 31 juillet 2019. Mis en cause, M. Vital Kamerhe avait nié tout détournement. Le Chef de l’État, quant à lui, avait minimisé le sujet lors d’une interview télévisée, allant même jusqu’à affirmer qu’il s’agissait d’une pratique légale en RDC, même si cela est considéré comme délictueux partout ailleurs dans l’ensemble du monde civilisé.

Si M. Kamerhe doit se présenter le 11 mai au tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe pour l’affaire des maisons sociales, il ne faut pas que les magistrats enterrent les autres dossiers. Ainsi, en plus de celui des 15 millions de dollars, il faut absolument que ceux en rapport au Projet des 100 jours soient considérés, notamment la construction des sauts-de-mouton dans la Ville de Kinshasa, l’asphaltage par la Société SOCOC des routes aux Nord et Sud-Kivu, la construction de dépôts et stations-services de carburant au Kasaï, ainsi que l’imbroglio de la commande et de la livraison au ministère de la Santé de médicaments réputés périmés. Il devrait en être de même aussi de toutes les autres enquêtes dans lesquelles apparaîtrait le nom de M. Kamerhe, y compris celles de l’IGF, autoritairement stoppées par lui.

Les Congolais s’attendent donc à d’autres procès contre Vital Kamerhe, après celui des maisons. Dans tous les cas, la RDC a besoin d’argent pour gérer les effets néfastes de la pandémie de COVID-19. Il est donc impérieux que les magistrats fassent la lumière sur ces détournements des fonds publics et procèdent à leur récupération. Les magistrats ne doivent pas être sélectifs. Ils ne peuvent écarter les dossiers qui pourraient éclabousser d’autres personnes ou choisir un dossier qu’on peut nettoyer pour blanchir M. Kamerhe. La RDC a tant souffert du vol de l’argent de l’Etat sans que personne ne s’en émeuve.

Il ne faut pas non plus utiliser un seul dossier pour que M. Felix Tshisekedi puisse le brandir comme son succès sur la lutte contre la corruption. Tout le monde sait qu’il a promis aux Occidentaux qu’il allait s’attaquer à son « faiseur », M. Kabila et à ses affidés sur les dossiers de corruption.

Les Congolais réclament aussi que M. Tshisekedi réussisse à s’affranchir de sa réticence à soumettre à la justice les crimes économiques et financiers survenus avant son arrivée au pouvoir. Il n’a donc pas le droit de continuer à trahir l’Etat en s’abstenant de fouiner dans le passé, alors qu’il y a encore visiblement de nombreux crimes demeurés impunis. L’ancien ministre de la justice, M. Luzolo Bambi clamait tout haut que la RDC perdait chaque année plus de 15 milliards de dollars à cause des détournements des fonds publics et de la fraude fiscale.

Le peuple reste vigilant. Il scrute tout et en particulier ce qui va se passer lors du procès du 11 mai dont la vocation naturelle est d’être public, car les fonds dont il est question sont publics. Cela mérite une diffusion radiotélévisée, afin de respecter les mesures barrières contre le COVID-19. Le peuple veut que le pouvoir judiciaire, en tant que pouvoir indépendant, puisse sauver la nation en péril.


La Libre Afrique
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