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Les parties prenantes au dialogue politique national de la Cité de l’Union africaine ont signé un accord aux termes duquel Joseph Kabila garde son poste de Président de la République, les institutions provinciales et nationales restent en fonction jusqu’à l’organisation de ces élections en avril 2018 et la Primature confiée à l’Opposition politique. Cependant, le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement rejette cet accord et réclame la tenue d’un nouveau dialogue inclusif. L’honorable David Jolino Makelele, député provincial élu de l’Union pour la nation congolaise -UNC-, parti politique de l’Opposition présidé par Vital Kamerhe, a été l’invité de l’émission «Actualités politiques pour tous» animée par Benjamin Kabwanga Bukasa Tshinayi sur la télévision publique -RTNC1 et RTNC3 Institutions. Pour exploiter le thème axé sur la situation politique en RD-Congo, il a bénéficié du concours du co-animateur Octave Mukendi, journaliste au trihebdomadaire «AfricaNews». L’invité livre ici les raisons qui ont poussé l’UNC à participer au dialogue. Entretien.

L’Union pour la nation congolaise -UNC-, est partie prenante au dialogue politique national qui a accouché d’un accord politique. Quelles en sont les forces et faiblesses ?

Avant de répondre à votre préoccupation, je dois d’abord recadrer sa genèse. L’UNC et l’ensemble de l’Opposition politique ont toujours réclamé un dialogue parrainé par la Communauté internationale. A cet effet, l’UNC est le seul participant à rester fidèle dans sa démarche en rapport avec le dialogue. Rappelez-vous qu’à l’issue des élections chaotiques de 2011, Vital Kamerhe avait pris son bâton de pèlerin pour Addis-Abeba en vue d’essayer de convaincre les Chefs d’Etat de la nécessité d’un dialogue devant résoudre le différend qui opposait les deux gagnants -Joseph Kabila et Etienne Tshisekedi. Après, Vital Kamerhe a esquissé plusieurs plans de sortie de crise. Il a fallu attendre que la ville de Goma tombe dans les mains des rebelles du Mouvement du 23 mars -M23- pour que le régime en place accepte de négocier finalement.

En avril 2013, les Chefs d’Etat ont signé l’Accord-cadre d’Addis-Abeba qui allait au-delà des exigences de la guerre déclenchée par le M23. Par la suite, la Communauté internationale, à travers le Conseil de sécurité des Nations unies, a appuyé cet accord en adoptant la Résolution 2098 dont le point 14 stipulait qu’il était donné mandat au Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en RD-Congo de: «promouvoir le dialogue en vue d’aboutir à un processus électoral apaisé».

C’est fort de cela que l’UNC a espéré participer au dialogue. Mais cet appel n’a pas été entendu. Le Président de la République a pris une Ordonnance convoquant les Concertations nationales que l’UNC n’a pas considérées comme un dialogue politique. C’est le MLC de Jean-Pierre Bemba et Joseph Olenghankoy en qualité d’invité spécial du Président Kabila qui ont pris part à ces concertations.

Quelle a été votre réaction aux conclusions des Concertations nationales?

A l’issue de ces concertations, l’UNC a créé la coalition pour le vrai dialogue. Il y a eu beaucoup de pressions. Au parlement, lors de l’examen de la loi électorale, il est apparu que les députés de la Majorité ont cherché à conditionner la tenue des élections par l’organisation d’un recensement de l’ensemble de la population et retarder ainsi le processus électoral. La CENI, en complicité avec le pouvoir, a publié un calendrier dit global que nous avons tout simplement rejeté.

Dans la foulée des réactions vigoureuses de la population du 19 au 23 janvier 2015, l’alinéa querellé a été retiré de la loi électorale. Nous attendions toujours la tenue du vrai dialogue. En 2015, le Président de la République a convoqué un dialogue. Comme d’habitude, il a décidé seul à la fois des modalités et des décisions qui devraient y être prises. D’où le refus de l’UNC qui espérait plutôt un dialogue technique autour de la CENI.

Qu’est-ce qui a changé pour que l’UNC adhère maintenant au processus du dialogue?

D’abord, le Président de la République a demandé au ministre des Affaires étrangères de solliciter à l’ONU la désignation d’un facilitateur comme nous l’avons toujours souhaité. Le facilitateur a été désigné par l’Union africaine. Ensuite, pour des raisons évidentes, nous avons souhaité que le facilitateur soit appuyé par plusieurs répondants. C’est ce qui a justifié la mise en place d’un comité de soutien au dialogue parrainé par la Communauté internationale. Comme l’UNC a toujours soutenu de tous ses vœux le dialogue sous ce format depuis l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, il était tout à fait normal qu’elle adhère à ce forum national.

En janvier 2015, vous aviez appelé le peuple à marcher contre le régime en place et cela pour quels résultats?

Quant aux résultats, je dois dire que le plus grand problème pour lequel il y a même eu des morts dans notre pays, c’est que tout le monde pensait que le processus électoral allait être biaisé. Il était prévisible que l’élection présidentielle prévue dans le calendrier dit global, publié en février 2015, n’allait pas avoir lieu. A la publication de ce calendrier, nous de l’Opposition avons fait une déclaration politique en affirmant qu’il était incohérent, irréaliste, affecté d’inconstitutionnalité. Parmi les griefs relevés, figure notamment la non prévision du vote des jeunes ayant atteint l’âge de 18 ans après 2011, soit près de 10 millions des jeunes. Nous avons également stigmatisé l’état corrompu du fichier électoral sur base duquel l’élection présidentielle allait être organisée. Il y a près de 2 millions des personnes décédées dont les noms se trouvent encore dans le serveur de ce fichier. Il y en a d’autres omises et des doublons. Certaines gens détiennent des cartes d’électeur fabriquées au Rwanda, en Ouganda et au Burundi où des kits électoraux ont été découverts. Les compatriotes de la Diaspora ne sont pas pris en compte dans ledit fichier. A partir de ce moment, à l’Opposition, nous avons estimé que le processus électoral étant biaisé, nous n’irions pas au vote en novembre 2017 au risque de violer la Constitution.

Pensez-vous qu’actuellement cette Constitution n’est pas foulée aux pieds?

Nous avons vu comment le gouvernement faisait tout pour que ce processus soit battu en brèche. Au dialogue, nous avons mis en cause la responsabilité du Président de la République qui, en tant que garant du bon fonctionnement des institutions, devait constater la défaillance du gouvernement et de la CENI qui a été étouffée pour que les élections ne puissent pas avoir lieu. Le Parlement a voté l’octroi à la CENI de 250 millions Usd chaque année pour l’organisation des élections et le gouvernement n’a libéré que des miettes. La CENI, elle-même, se trouvait complice de la Majorité présidentielle. Le Président de la République n’ayant pas relevé tout cela, nous avons, au dialogue, mis en cause sa responsabilité, celle du gouvernement ainsi que de la CENI.

L’UDPS et le Rassemblement ont boycotté vos assises…

Pour revenir au processus, comme à l’Opposition nous avons tous décrié ce fichier électoral, il était opportun qu’au dialogue on puisse s’y atteler. L’élection présidentielle devenant insoutenable, nous avons levé l’option -le Rassemblement, l’UNC et les autres en dehors du MLC- d’aller au dialogue. D’ailleurs, nos amis du Rassemblement ont reçu le facilitateur Edem Kodjo à deux reprises en Belgique. Avant cela, il y a eu des négociations secrètes entre l’UDPS et le pouvoir en place. Ces négociations se sont soldées par la signature d’un préaccord entre la Majorité présidentielle et l’UDPS au terme duquel l’UDPS devait prendre la primature pendant que le Président Kabila resterait en poste pour une transition de 3 ans. Bref, tout cela a été fait. Aujourd’hui, le problème c’est quoi? Lorsque le facilitateur est revenu à Kinshasa, nous avons souhaité dialoguer en le voyant entouré des membres du comité de soutien. Le comité préparatoire du dialogue a été convoqué par le facilitateur et le dialogue, lui-même, par le facilitateur. Les décisions y ont été prises dans ce que nous appelons «Accord politique inclusif de la Cité de l’Union africaine».

Sur quoi cet accord porte-t-il?

Il porte sur le fichier électoral. Il n’était plus possible d’évoluer avec le fichier électoral qui était en vigueur. Nous ne nous sommes pas confiés à la vue de la CENI que nous accusons de complicité avec le pouvoir en place. Nous avons requis l’expertise extérieure, notamment celle de l’ONU et de l’OIF.

Quels sont leurs avis?

Dans le rapport de l’OIF, il est fait mention des points forts et faibles du processus électoral. Le point fort, c’est le respect du délai constitutionnel. Le point faible, c’est la non prise en compte des non-inscrits depuis 2011, à savoir: les nouveaux majeurs à compter des élections de 2011, les électeurs non encore inscrits, les électeurs omis, la présence des électeurs décédés, la non prise en compte des RD-Congolais de l’étranger, la suppression des cartes d’électeurs frauduleuses, les vols des kits électoraux et autres, les cartes d’électeurs non conformes au nouveau découpage administratif. En conclusion, l’OIF nous a suggéré ceci: «nécessité d’un consensus politique pour l’utilisation de ce fichier qui est rejeté par tous». C’est l’une des raisons qui ont poussé l’UNC d’aller à ce dialogue. Outre l’OIF, les experts de l’ONU ont également audité la CENI. Selon leurs conclusions, un consensus entre les acteurs politiques nationaux s’imposait pour revisiter le fichier électoral de 2011 qui comporte plus de 450 milles doublons, près d’un million de personnes décédées entre 2011 et 2016, l’exclusion d’environ 8 millions de jeunes et la non prise en compte des RD-Congolais de l’étranger. Leurs rapports ont constaté l’impossibilité d’organiser des élections en 2016 en RD-Congo. D’où, la nécessité de dialoguer. Ce que nous avons fait en produisant l’accord qui est ouvert à ceux qui n’y avaient pris part.

Les autres vous accusent d’avoir trahi l’Opposition?

Nous avons agi ainsi pour nous conformer à la Constitution en nous inclinant devant l’arrêt de la Cour constitutionnelle qui stipule qu’à la fin de son mandat le Président actuel reste en fonction jusqu’à l’investiture effective du nouveau président élu. C’est au nom du principe de la continuité de l’Etat. Il ne peut y avoir un vide. Le respect de la Constitution implique l’inclinaison devant les décisions de la Cour constitutionnelle qui sont opposables à tous. Nous n’avons pas donné un nouveau mandat de 5 ans à Joseph Kabila, mais à cause des contraintes de temps, nous avons estimé que dans 16 mois, c’est-à-dire jusqu’en avril 2018, les élections auront lieu. Entre 16 mois et 5 ans, il y a une différence. Entre 16 mois et 3 ans de transition proposés par nos amis de l’UDPS au Président Kabila, il y a aussi une différence.

La Majorité ainsi que l’Opposition prétendent toutes parler au nom du peuple. De quel peuple, s’agit-il? Chaque camp a-t-il son peuple propre à lui en dehors du peuple RD-congolais souverain?

Selon l’article 5 de notre Constitution, c’est le peuple tout entier qui incarne la souveraineté et élit ses dirigeants. Sur ce point, je regrette de constater que Joseph Olenghankoy qui se réclame Lumumbiste, puisse être proche des thèses développées par l’Union européenne par rapport au processus politique en RD-Congo plutôt que celles de l’Union africaine. Aussi nous comprenons que l’UDPS a pris du recul et boycotté le dialogue parce qu’il y a une force financière derrière elle.

Vous accusez le Rassemblement, notamment l’UDPS d’être désorientée par une force financière. Or votre président Kamerhe a claqué la porte de la Majorité présidentielle en 2009. Les autres membres aussi qui sont dans le G7 et qui ont rallié le Rassemblement, ont également claqué la porte de la même Majorité. Pourquoi arrivé au moment de grandes décisions, vous vous séparez au lieu de vous unir pour un objet commun ? Dans ce combat, pensez-vous que vous vous battez pour l’intérêt général du peuple ou pour votre propre intérêt?

J’ai compris que le Rassemblement n’a pas voulu aller au dialogue. Il a commencé par récuser Edem Kodjo comme facilitateur. Imaginons que par miracle, le facilitateur ne fût pas retenu, quel organisme allait alors proposer un facilitateur, l’ONU ou l’UA? Je puis admettre qu’on désigne un autre facilitateur. Et si la Majorité présidentielle le récusait à son tour? Le problème en ce moment ne serait pas résolu. On pourra alors favoriser le glissement du Président Kabila, car on ira de récusation en récusation.

Il y en a qui disent que nous voulons marcher avec Etienne Tshisekedi dans l’Opposition, pas avec Vital Kamerhe. Nous avons toujours entendu ce genre de discours et ce n’est pas bien. Lorsqu’Etienne Tshisekedi a quitté le MPR, il était un des grands commissaires du peuple et les gens de la mouvance présidentielle continuaient à dire qu’il était le leur, qu’il mangeait avec eux et pourtant c’était faux. Après dix ans, tout le monde s’est rendu compte qu’Etienne Tshisekedi était le vrai et grand opposant. Je veux recevoir des leçons, mais pas venant de ceux qui étaient des invités spéciaux du Président Kabila aux Concertations nationales auxquelles l’UNC n’a pas voulu prendre part.

Deuxième préoccupation du Rassemblement, il reste deux prisonniers qui ne sont pas libérés dont Diomi Ndongala. Mais au dialogue, les femmes, les organisations des droits de l’homme et le ministre de la Justice se sont opposés à sa libération puisque condamné pour viols sur mineures. De notre côté, nous avons dit qu’il y a une solution. Le cas Diomi est simple. L’avocat des filles qui ont prétendu avoir été violées, c’est Me Francis Kalombo qui est maintenant avec le Rassemblement. Il lui suffit de faire une déclaration de là où il est que c’était une manœuvre de la Majorité présidentielle à laquelle il appartenait, que c’étaient des coups bas de la MP pour noyer l’honorable Diomi, qu’il n’a pas été responsable de ces viols, ça sera fini. Car cette déclaration va aider à revoir le procès et l’honorable Diomi sera libéré.

Enfin, le Rassemblement réclame l’ouverture de certains médias. Bien sûr qu’on a ouvert certains et d’autres pas encore. Quand on dit qu’il y a appel à la haine, c’est au gouvernement et au CSAC d’apprécier. Puisqu’un Premier ministre sortira de l’Opposition, quelqu’un de brave, qui a une base électorale solide, toutes ces mesures seront suivies.

Comment expliquez-vous le fait que l’Accord conclu soit ouvert aux non participants alors que ceux qui y ont participé ont claqué la porte, notamment l’Abbé Shole, délégué de l’Eglise catholique et Albert Moleka de l’UDPS/Kibassa Maliba sans oublier Adolphe Muzito, ancien Premier ministre qui a refusé de signer ledit accord?

S’agissant de la CENCO, j’ai toujours dit que l’Eglise doit toujours jouer son rôle d’être au milieu du village. Je pense qu’il faut encourager ceux qui ont pris le risque d’aller à ce dialogue parce que cela n’a pas été facile. Nous voulons aboutir à la réconciliation. Concernant Albert Moleka, c’est sa liberté, car il n’a pas rejeté l’accord signé à l’issue du dialogue. Pour le Premier ministre, je le respecte. L’avant-projet a été distribué à toutes les composantes pour en discuter et apporter des modifications. Je pense que cela a été aussi le cas au sein de la «composante personnalités» à laquelle faisait partie le Premier ministre Adolphe Muzito. Les arguments qu’il est venu poser à la fin quand il a pris la parole au dialogue, étaient liés au financement du processus. Je dois vous dire qu’il avait déjà fait une intervention dans ce sens au niveau du dialogue. Et ses préoccupations avaient été prises en compte, même si ce n’est pas totalement. Lorsqu’il venu pour remettre ça sur la table, la plénière a estimé que c’était reculer, car les choses étaient déjà avancées.

Qu’en est-il du bureau de la CENI?

Nous avons mis en cause la responsabilité du Président de la République, du gouvernement et de la CENI qui devraient être tous sanctionnés pour n’avoir pas organisé des élections. Pour le cas du Président de la République, nous avons été butés à l’arrêt de la Cour constitutionnelle le maintenant en fonction jusqu’à l’investiture du nouveau président élu. Pour le gouvernement, nous avons décidé de changer sa composition. C’est pourquoi le Premier ministre sera désigné dans l’Opposition politique et non l’Opposition républicaine. Et enfin, vous savez comment les membres du bureau de la CENI sont désignés. Le président du bureau est issu de la composante Confessions religieuses et Société civile. Cette composante a renouvelé sa confiance en Corneille Nangaa qui reste en fonction. C’est aussi le cas pour Norbert Basengezi délégué de la MP qui garde son poste. Sauf que l’Opposition politique a décidé de changer ses représentants à la CENI.

Propos recueillis par Octave MUKENDI
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