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*Entre l’option de l’application intégrale de l’Accord Politique et la problématique de la tenue à Kinshasa ou ailleurs, d’un nouveau round de pourparlers politiques en vue d’un large consensus, le microcosme politique congolais est, décidément, lézardé en deux positions tranchées. L’une et l’autre, tant qu’elles s’entrechoqueront et se repousseront, le sort du pays en portera un sérieux coup. Mais, si les deux s’assouplissent et se rapprochent, la roue de l’histoire tournera dans le sens de l’accalmie pour l’instauration d’une transition sur fond de la cohésion nationale. D’où, la multiplicité de missions de bons offices ainsi que des appels à l’apaisement, pour éviter, à tout prix, l’apocalypse, après le 19 décembre 2016.

Samy Badibanga, fraîchement nommé, au terme d’une Ordonnance présidentielle, officialisée le 17 novembre 2016, poursuit avec sa ribambelle de consultations dans la perspective de la formation imminente du gouvernement d’union nationale, tel qu’il avait été conclu et consigné, le 18 octobre 2016, à la Cité de l’Union Africaine, à Mont-Ngaliema.

On a vu défiler, hier, devant lui, des têtes couronnées de l’Opposition ayant pris part au dialogue. A la veille, il était aussi avec les sociétaires les plus doigtés de la Majorité présidentielle, sans oublier qu’il avait conféré avec le Chef de l’Etat, Joseph Kabila, lundi 21 novembre, au Palais de la Nation, avant de rencontrer le Premier Ministre, Matata Ponyo, à la Primature, le mercredi 23, à la Gombe.

Pendant ce temps, Louis Michel s’incruste dans les jeux politiques congolais, pour tenter, à sa manière, de concilier les vues sur la nécessité d’une transition apaisée en RD. Congo. Ce belge, un diplomate de renommée internationale, a rencontré, dans la même journée d’hier, Norbert Bazengezi, le Vice-Président de la CENI, l’Abbé Donatien Nshole, de la CENCO, Albert Yuma, de la FEC et, enfin, Tshisekedi wa Mulumba, le Président du Conseil des sages du Rassemblement des Forces Politiques et Sociales Acquises au changement. Pour ce dernier, en raison, certes, du poids de son âge et de son rôle primesautier dans le dénouement de la crise qui se profile à l’horizon autour de la fameuse date du 19 décembre 2016, Louis Michel, Commissaire Européen de son état, s’est rendu personnellement vers le gîte du Sphinx de l’Udps, situé juste au début de l’avenue Pétunias, vers la 10ème rue, à Limete, au Quartier Résidentiel. Rien n’a filtré de cette rencontre, si ce n’est qu’aux dernières nouvelles, le Rassemblement lui aurait remis une nouvelle feuille de route assortie de ses revendications actualisées.

Deux agendas

Sur l’autre versant, si pour Badibanga, l’agenda est connu d’avance en raison, par exemple, de l’urgence que revêt, de par le temps qui court, la formation de son équipe gouvernementale, celui de Louis Michel l’est aussi, s’il reste, évidemment, dans la droite ligne du dernier communiqué de l’Union Européenne. En principe, tout dernièrement, l’UE prenait acte de sa nomination, tout en prévenant qu’il devrait veiller à ce qu’un large consensus soit dégagé, pour une transition acceptée de tous, y compris des acteurs majeurs du Rassemblement constellé autour de Tshisekedi wa Mulumba et des dirigeants de la société civile, entre autres, les Evêques réunis au sein de la CENCO.

Marges étroites

D’une manière assez claire, les deux agendas, si, en tout état de cause, ils ne se télescopent pas, ils peuvent, à la limite, contribuer à l’usure du temps. Or, Badibanga, lui, a été nommé pour remplacer Matata et appliquer l’Accord Politique. Dans ses marges de manœuvres, si étroites, il n’a que la latitude de lister les ministrables, avant de s’en référer, en définitive, au Président Kabila qui signera l’Ordonnance. Enjoindre Badibanga, un produit de l’Accord politique, à rechercher un consensus, comme s’il était redevenu un Kodjo bis, ou, simplement, une incarnation du Facilitateur, serait la meilleure façon de consacrer, au propre comme au figuré, l’enlisement et de se détourner du discours du Chef de l’Etat sur l’état de la nation, prononcé le 15 novembre dernier, devant les deux chambres du Parlement, réunies en congrès. Normalement, Badibanga devrait, désormais, s’engager dans une course contre la montre, pour constituer son équipe, apprêter son discours-programme, se préparer à refaire la copie du budget et à en assurer la défense au Parlement dont la session ordinaire se clôture, d’ailleurs, le 15 décembre 2016. Et, même-là, il doit s’installer aux fins de travailler pour la concrétisation des élections, selon les échéances retenues dans l’Accord politique, tout en s’occupant, tout au long de ce processus, du social des congolais. Bien plus, la dernière décote monétaire ainsi que la chute brutale des prix des matières premières sont également des facteurs déterminants, pour le nouveau gouvernement, de se mettre au boulot pour lutter contre la perversion des agrégats économiques. Dans ses priorités, les aspects sécuritaires ainsi que les travaux d’infrastructures n’en sont pas moins concernés. Il peut, néanmoins, contribuer à la détente de l’atmosphère politique. Les cas des prisonniers et des médias de l’Opposition, il peut faire quelque chose, lorsqu’il prendra ses fonctions ainsi que l’impérium qui en découle.

Large consensus

L’affaire du consensus est une autre paire de manche sur ce chemin caillouteux de Badibanga. Il aura besoin, pour la réussite de sa mission, de la paix et de la concorde. Sinon, que peut-il faire dans un environnement agité par des troubles et la recrudescence de l’insécurité ? Comment peut-il placer la CENI dans des conditions telles que les élections se tiennent et que leurs résultats soient acceptés, si celles-ci sont entachées d’irrégularités, en amont ?

Mais, qui doit négocier ce consensus ?

La CENCO s’y attèle. Louis Michel vient aussi de se jeter dans les eaux bouillantes de la scène politique congolaise. Autrefois, Sassou, la Sadc, le mini-sommet de Luanda ainsi que la délégation du Conseil de sécurité de l’Onu, en avaient, à maintes reprises, parlé. Plusieurs fois, l’Union Européenne et les Etats-Unis d’Amérique n’ont cessé de marteler, là-dessus. Mais, en attendant que toutes ces démarches aboutissent, le tout nouveau Premier Ministre doit-il croiser les bras ?

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