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* Le « contrat chinois » répare en partie les dégâts des programmes dits d’ajustement structurel qui ont fini par se révéler plutôt des programmes de « non-ajustement » structurel…

Les RDCongolais devraient se demander pourquoi les fonds chinois investis au Congo-Brazzaville, en Angola, en Ethiopie ou en Egypte ne posent aucun problème, tandis que ceux destinés à notre pays énervent certains de nos partenaires traditionnels…

L’information n’a pas été suffisamment relayée dans les médias : à la base, l’annonce, le 9 mai 2016, du rachat par China Molybdenum des parts du groupe américain Freeport-McMoran dans Tenke Fungurume Mining, évaluées à 2,65 milliards USD. Or, TFM passait pour le plus important investissement américain dans le secteur minier en RDC, précisément au Katanga.
A une centaine de kms de là, à Kolwezi exactement, s’est installée Sicomines (joint-venture congolo-chinoise). Cette entreprise est en voie de devenir la première industrie minière du pays du point de vue de la qualité des équipements de production des minerais, de l’encadrement social du personnel et de conservation de l’environnement.

UNE PRESENCE FRUCTUEUSE
Depuis 111 ans que s’effectue l’exploitation minière en terre congolaise, la présence des Chinois remonte à une dizaine d’années à peine. De 1973 (année d’établissement des relations diplomatiques et de la coopération structurelle entre Kinshasa et Beijing) à 2007, les Chinois n’avaient œuvré que dans la construction des infrastructures comme le Palais du Peuple et le stade des Martyrs de la Pentecôte, ainsi que dans l’agriculture (rizeries expérimentales, d’ailleurs) et dans la médecine traditionnelle (acupuncture).
Comment alors la Chine est-elle devenue un des partenaires essentiels du Congo-Kinshasa, omniprésente désormais dans les voies de communication, les centrales hydroélectriques, les télécommunications, les banques, bref les créneaux économiques dits porteurs ? Tentative de réponse…
De prime abord, il est indiqué de le préciser : Joseph Kabila n’était pas à proprement parler l’homme des Chinois quand il avait accédé à la magistrature suprême en janvier 2001, même s’il avait fait une partie de ses études militaires au pays de l’Empire du Milieu.
Lorsqu’il devient président de la République, il est ouvert plus aux partenaires dits traditionnels (Occidentaux en tête) qu’aux partenaires dits émergents (Chine, Inde, Corée du Sud, Brésil, Afrique du Sud). Ses premières sorties à l’extérieur, il les effectue d’ailleurs en Europe occidentale et aux Etats-Unis.

REVIREMENT
En 2005 et 2006, il assiste aux attentes des Congolais par rapport aux promesses électorales faites par les Européens et les Américains : le flux des investissements économiques. Après tout, le référendum constitutionnel et les élections organisées sont un succès, malgré le boycott de l’Udps et les incidents provoqués par le Mlc.
L’investiture du président de la République élu étant intervenue le 6 décembre 2006, l’année 2007 est donc celle du constat de la réalisation de ces promesses faites.

QUID DU CONTRAT CHINOIS ?
Hélas ! les illusions vont commencer à tomber. La lenteur observée dans le passage de la parole à l’acte suscite doutes et craintes, si bien que, saisissant l’occasion de son premier discours sur l’état de la Nation le 6 décembre 2007, Joseph Kabila va aborder la question du « contrat chinois » en la déclinant en cinq points.
Primo, le programme « Cinq Chantiers pour changer le Congo » impose d’importantes ressources financières. Secundo, l’insuffisance des moyens internes face à l’ampleur des besoins de reconstruction est évidente.
Tertio, les difficultés financières auxquelles sont confrontés les partenaires traditionnels et la lenteur des procédures de décaissements, qui leur sont propres, ne répondent pas à l’urgence des besoins de la RDC post-électorale.
Quarto, la nécessité d’obtenir des financements extérieurs doit prendre en compte les exigences de l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative Ppte. Quinto, la détention, par les institutions financières chinoises, d’importantes liquidités et le gros besoins de la Chine en ressources naturelles, minerais en priorité, sont un atout à saisir.

MEFIANCE OCCIDENTALE
« En échange de concessions minières, exploitées en partenariat avec des entreprises publiques congolaises, donnant de l’emploi aux Congolais et produisant de la valeur ajoutée localement, les banques chinoises acceptent de contribuer au financement de nos cinq chantiers », annonce alors le président Joseph Kabila, non sans souligner la disponibilité de la RDC « à conclure des accords similaires avec d’autres partenaires ».
On connaît la suite, notamment les pressions exercées par les partenaires traditionnels – Belgique de Karel de Gutch en tête – pour bloquer le « contrat chinois » et l’indifférence des puissances occidentales à la forme de coopération « donnant-donnant ».

VISIBILITE DES CHANTIERS
C’est au moins ce contrat, revu à la baisse aux motifs d’exigences de normalisation avec les principes établis par Bretton Woods, qui permet entre 2009 et 2010, par exemple pour Kinshasa, la modernisation des artères à grande circulation comme 30 Juin, Triomphal, Sendwe, Lumumba, Libération (ex-24 novembre), colonel Mondjiba, Tourisme, chaussée Laurent-Désiré Kabila, etc.
Que serait à ce jour la circulation sans le « contrat chinois » sur les points chauds comme Pascal à Kingasani, Socimat à Gombe, Upn à Ngaliema ?
En provinces, on peut citer des routes comme celles de Kasemeno allant de Lubumbashi à Bukavu, de Kasumbalesa en direction également de Lubumbashi ou de Kisangani-Beni-Goma et des ponts comme Mpozo II au Kongo Central et Loanga au Bandundu.
On pourrait mettre également au compte du même « contrat » les investissements dans les secteurs de la santé (hôpital du Cinquantenaire de Kinshasa, clinique du Cinquantenaire à Kisangani), du transport (Sncc), de l’électricité (complexe hydroélectrique Zongo II), de l’habitat (Cité Oasis à Kinshasa)…

PRECISIONS
Placé sous la direction de Moïse Ekanga, le Bureau en charge de la gestion de la Convention entre la RDCongo et le Groupement des Entreprises chinoises tient un fichier complet sur les investissements opérés, secteur par secteur.
S’agissant de la visibilité des Chantiers, Joseph Kabila aura la lucidité, dans son discours de Kingakati le 14 septembre 2011, de déclarer : « Bien plus, notre pays a les dimensions d’un continent. Ce qui se fait à l’une de ses extrémités n’est pas toujours connu à l’autre. D’où, souvent une fausse impression de stagnation. De même, puisqu’on ne peut tout faire, partout et au même moment, la réussite de l’ouvrage dépend des arbitrages ».

STRATEGIE D’AFFAIBLISSEMENT DE LA RDCONGO
Entendre aujourd’hui des jeunes comme ceux de Lucha ou de Filimbi décréter l’échec total du mandat de Kabila consacre, en réalité, l’échec du « contrat chinois ». Pareil discours se comprend, puisque ces mouvements sont financés par des organisations occidentales comme les fondations Georges Soros et sont appuyés, en externe et en interne, par des ONGDH elles-mêmes fonctionnant avec des moyens émanant des mêmes fondations, ayant aussi sous le parrainage des partis politiques.
La question sensée est cependant de savoir si, au cours des années de concrétisation des projets chinois, l’Occident a été empêché d’investir en territoire congolais, et par qui ? Les Congolais devraient chercher à savoir combien sont-ils, les Occidentaux éconduits ou dissuadés d’investir en RDC au profit des Chinois !
Il serait malhonnête de sous-estimer ou de banaliser la portée des investissements occidentaux, Européens en tête, dans l’aménagement des infrastructures de base en RDC. D’ailleurs, l’UE demeure le partenaire le plus important du Congo.
Juste un exemple : la réhabilitation de la voirie du quartier Matonge, à Kinshasa/Kalamu, c’est elle. Celle de l’avenue Kasa-Vubu de Kitambo à l’hôtel des Postes sur le Bd du 30 juin en passant par Bandalungwa, Ngiri-Ngiri, Kasa-Vubu, Kalamu et Kinshasa, c’est elle. La route de Batshiama devant relier Tshikapa et Kananga, c’est elle.

PARADOXE
Après tout, depuis Berlin 1885, le Congo, c’est quand même 132 ans d’histoire commune avec l’Occident. Les investissements opérés pendant les 75 ans de l’EIC et du Congo-Belge sont essentiellement occidentaux. Et ceux entrepris de 1960 à 2007 de même. Cela fait 122 ans.
Cela n’empêche pas l’exigence de savoir pourquoi, par exemple, de 1990 à 2017, les Occidentaux donnent aux Congolais l’impression de réduire leur assistance à de l’aumône. Et surtout pourquoi, même sans préconiser un Plan Marshall pour ce pays, agissent-ils comme s’ils s’opposaient à tout plan d’investissements non occidentaux, de nature à consolider l’unité nationale, à faire de la RDC une puissance régionale ?
L’impression qui se dégage est une sorte de stratégie d’affaiblissement, en même temps qu’on observe la montée en puissance des pays voisins libres, eux, de bénéficier par dix ou par vingt des investissements chinois !
Dans cette logique, un barrage hydroélectrique construit avec des fonds chinois au Congo-Brazzaville ne pose aucun problème. Mais, les mêmes fonds chinois pour le Grand Inga mettent à mal certains décideurs. Une route d’un millier de km traversant l’Angola du Sud au Nord n’énerve personne. Celle annoncée pour relier Kananga à Lubumbashi via Mbuji-Mayi, si !
On serait tenté de croire que la RDC est programmée pour une disparition inéluctable que tout investissement visant à bloquer ce processus est systématiquement combattu. Cas justement des infrastructures du « contrat chinois ».

VASTE PRETEXTE
En attendant de savoir ce que serait devenue la RDC sans ce contrat, quand on sait que la politique occidentale pour l’Afrique se caractérise par le désinvestissement dans les secteurs porteurs au profit des affaires, la déduction à tirer est que toute la campagne anti-Kabila, menée par des Occidentaux, avec le concours des forces politiques et sociales pro-occidentales congolaises, n’est qu’un vaste prétexte, bien que fondé sur des notions nobles que sont le respect de la Constitution, des droits de l’homme et de l’Etat de droit.
L’enjeu, le vrai s’entend, est ailleurs. Après tout, lorsque les Occidentaux obtiennent des contrats chinois pour des centaines de milliards de dollars Us, personne ne s’en offusque. Mais, lorsque la RDC se bat pour obtenir dix ou vingt fois moins pour reconstruire, surtout les infrastructures de base, aménagées sous la colonisation par des entreprises minières, agricoles et énergétiques au profit de leurs travailleurs – cas des routes, des écoles, des centres de santé, des centrales électriques etc. – Bretton Woods transmet la colère des décideurs.
Or, pour l’histoire, c’est sur conseil de la Banque mondiale et du Fmi que ces entreprises avaient été forcées de se débarrasser de la charge de ces infrastructures pour ne se focaliser que sur la production. Le cas le plus typique est celui de la Gécamines, de la Miba, de la Sominki, de la Sncc, de l’ex-Onatra, de Snel, de Plc, etc.
Et on peut, si on le veut, aligner d’autres preuves d’une désintégration planifiée du Congo-Kinshasa. D’ailleurs, la dernière résolution en date du Conseil de sécurité de l’Onu (nous) rappelle que « la République Démocratique du Congo est une menace permanente pour la sécurité internationale dans la région des Grands-Lacs ».
Les Congolais donnent l’impression de ne vouloir savoir ce qu’on fait d’une menace permanente. D’abord, on la prive d’investissements importants pour l’appauvrir davantage. La suite se devine.
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