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Dans une tribune, le président du parti Congo Na Biso et candidat déclaré à la présidentielle de décembre prochain évoque le “mutisme” de l’Etat face aux inquiétudes de la population et dénonce l’inaction des représentants du peuple au sein des assemblées respectives. D’autre part, Freddy Matungulu s’élève contre le non-respect des lois par les autorités du pays qui laissent ces déplacements de bovins s’opérer dans le pays en violation flagrante des textes qui régissent la République.

Ci-dessous, l’intégralité de La Tribune

Affaires vaches troubadour : ce que j’en pense !

Après quelques jours d’observation et d’écoute, je peux enfin donner ma modeste lecture de l’affaire des vaches errantes qui défraie la chronique et enflamme les réseaux sociaux. Mon premier constat est celui de la confirmation, à travers la gestion gouvernementale de l’affaire, du caractère dictatorial du régime en place. Le second est celui de la manifestation, dans cette gestion, du peu d’égard du régime pour les lois de la République.

Un rendez-vous raté avec le train de la démocratie

La démocratie peut se définir de plusieurs manières. Dans le fond, elle est, pour moi, le type d’arrangement institutionnel dans lequel la population reste l’ultime détenteur du pouvoir que les autorités exercent par délégation. Un système dont l’élément quintessentiel est l’obligation pour les dirigeants de rendre compte de leurs actes de gestion au peuple, le souverain primaire. Ce dernier ayant la capacité de sanctionner les dirigeants, via les urnes, quand se tiennent les élections. Dans un tel environnement institutionnel, les autorités s’imposent l’obligation de généralement expliquer à la population tout développement sociopolitique d’envergure qui affecte la vie de la collectivité, crée des tensions sociales ou, tout simplement, suscite de grandes interrogations au sein de la nation.
Ce qui est ahurissant dans le cas des troupeaux en errance dans le Kwilu-Kwango, c’est le mutisme du pouvoir en dépit du grand émoi populaire suscité par la transhumance pastorale sans précédent pour les contrées visitées. Le silence étonne d’autant plus que le brûlant dossier se gère à quelques mois des élections générales annoncées pour la fin de l’année. L’étonnement vire à l’incompréhension en ce qui concerne les carpes de circonstance de l’Assemblée Nationale originaires des provinces mises à l’épreuve, leur fief électoral.
Aussi peu de considération pour les électeurs potentiels, qui devraient pourtant être courtisés en cette période pré-électorale, donne de solides arguments à ceux, nombreux dans le pays et ailleurs dans le monde, qui sont sceptiques quant à la volonté des autorités d’organiser les scrutins programmés pour le 23 décembre 2018. Qui vivra verra donc!
De toute évidence, une préparation et une communication publiques appropriées, antérieurement à l’arrivée des vaches, nous auraient évité les désagréments et tumultes actuels. Les autorités ont préféré s’en passer. Est-ce par amateurisme, par médiocrité, ou pour d’autres motifs non avoués ? La question, évidemment, se pose. Avec acuité.
Dans tous les cas, l’avenir nous livrera bientôt ses secrets sur une affaire qui s’impose désormais comme le plus grand fait de politique nationale de ce début de 2018.

Kabilistes, toujours au-dessus des lois de la République

Une deuxième grande tare caractéristique du pouvoir en place apparaît clairement dans la gestion chaotique du dossier des vaches troubadour. Il s’agit du fort penchant des autorités à vouloir constamment contourner les lois et règlements de la République.
Nous assistons ainsi à de gros déplacements interprovinciaux de bovins sans les autorisations administratives et légales requises et, donc, sans assurance que l’activité se réalise dans les conditions sanitaires, de sécurité, et environnementales et autres voulues pour en éviter ou contenir d’éventuelles conséquences dommageables pour les populations habitant le long des parcours empruntés. Pas étonnant, dès lors, que des accidents de route aient notamment été déplorés sans, heureusement pour le moment, pertes de vies humaines. Moins chanceux cependant sont les paysans dont les champs et autres modestes moyens de survie ont été négativement affectés et qui doivent, en principe, être dédommagés.
Les autorités régionales qui devaient normalement délivrer les autorisations nécessaires ont été tout aussi surprises que leurs administrés par le passage inopiné des cohortes de bêtes dont elles ne connaissent ni l’origine ni les destinations finales. Un état de choses qui suscite interrogations légitimes et inquiétudes compréhensibles. Autant de facteurs de tensions qui auraient pu être maîtrisés si le dossier avait été conduit dans les règles de l’art.
En tant que gestionnaires de la République, les autorités nationales ont ainsi loupé une autre occasion de se comporter en dirigeants matures, soucieux du respect des lois et règlements du pays, et bâtisseurs d’un Etat de droit. En somme, une nième occasion dilapidée d’aider à «changer l’homme congolais» par le bon exemple.
Tout ce gâchis est bien évidemment dommage ! Mais comme l’adage le dit bien, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Au stade actuel de l’évolution du dossier et en cette période de profonde crise de confiance entre l’Etat et la population, ces mouvements des bêtes devraient immédiatement être suspendus ou arrêtés carrément. Il est en effet impérieux que l’on s’assure de leur conformité aux exigences administratives et règlementaires en la matière.

Ce qui ouvrirait la voie à un suivi responsable, en toute transparence, des opérations déjà engagées dont le caractère économique doit au préalable être établi. Dans ce cadre, il faut relever la pertinence du mémorandum adressé ce12 février par le Député Adolphe Muzito au Premier Ministre Bruno Tshibala. Un memo dont les demandes, auxquelles il faut ajouter les dédommagements dus aux paysans éventuellement lésés, doivent être examinées avec diligence. La nation entière devrait y veiller.

Eviter toute récidive anarchique

La longue marche des vaches venues de l’Est a créé un précédent. Eu égard à son importance, et pour éviter toute récidive anarchique, elle devrait faire l’objet d’une bonne évaluation par l’Exécutif national dans le but d’en tirer les conséquences et leçons de politiques sécuritaire, alimentaire, et autres. L’urgence d’actions gouvernementales correctives se passe de commentaire.
Notre pays ne peut se permettre de revivre, dans les mêmes conditions, un spectacle aussi désolant qui met violemment à nu sur la scène mondiale certaines de nos faiblesses les plus criantes. Des tares et des linges sales que nous devons savoir gérer ou laver en famille.

Fait à Kinshasa, le 12 février 2018
Freddy Matungulu Mbuyamu Ilankir, Mwalimu
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