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A l’occasion de la commémoration du 17è anniversaire de la disparition du président Laurent-Désiré Kabila, le colonel Eddy Kapend – un des condamnés à mort au procès sur l’assassinat de Mzee – a fait célébrer, mardi 16 janvier, une messe à la mémoire du prédécesseur de « Joseph Kabila ». Dans un speech d’une quinzaine de minutes qui fait un tabac sur les réseaux sociaux, l’ancien aide de camp du défunt dit, pour la première fois, sa part de vérité. On rappelle que lors du procès des présumés « assassins » de Mzee, le colonel Kapend a, chaque fois, été entendu à huis clos.

Moustache fournie et barbiche. Vêtu d’un treillis pimpant, casquette bien visée sur la tête, allure de GI’s, le colonel Eddy Kapend s’avance vers « l’autel » avec un bâton de commandement à la main. On a de la peine à croire que l’homme qui se prépare à prendre la parole fait partie des « condamnés à mort » du procès sur l’assassinat (?) du président Laurent-Désiré Kabila. Et qu’il est embastillé à Makala depuis plus de quinze ans.

Le 16 janvier 2001, les riverains du Palais de marbre, situé dans la commune kinoise de Ngaliema, entendent des tirs nourris en ce lieu qui sert de bureau à Mzee Kabila. Qui tirait sur qui? Mystère. Vers 13h30, une nouvelle tombe: « Le président Laurent-Désiré Kabila a été victime d’un attentat. Il serait grièvement blessé ».

Sur un ton martial, Kapend commence par tordre le cou à cette version officielle sur la mort de LD Kabila. « Le président Laurent-Désiré Kabila est décédé sur place, lance-t-il. Il n’est pas mort à la Clinique Ngaliema ». Médecin urgentiste de service à ce centre hospitalier, le docteur Médard Kabunga Mutombo avait fait le même constat. Sauf que le corps présentait des impacts de balles sans écoulement de sang.

« Eddy » livre aussitôt sa part de vérité. Selon lui, lorsque la nouvelle du décès de Mzee est annoncée, il se trouvait au Palais de marbre en compagnie d’un général-major dont il a tu le nom. « Ce général a préféré prendre ses jambes à son cou pour sauver sa vie alors qu’étant plus gradé que moi, il lui revenait de gérer la situation étant donné que le commandant suprême est tombé ».

Pour lui, la mort brutale du chef de l’Etat faisait planer une menace grave de balkanisation et de chaos. C’est pour cette raison qu’il a décidé de prendre ses responsabilités en allant faire une déclaration télévisée appelant les troupes et les officiers au calme.

L’orateur sort aussitôt le « bazooka »: « Tous les assassins de Kabila, les commanditaires de son assassinat, les traitres et tous ceux qui l’ont abandonné sont en liberté ». On attend en vain qu’il disculpe quelques-uns. Rien. Il martèle: « ne sont emprisonnés que les innocents. (…) Si nous étions des coupables, nous ne serions pas en prison. Les assassins sont dehors. Ils savent que nous savons qu’ils sont dehors ».

« NE JAMAIS TRAHIR LE CONGO »
Selon Kapend, la célébration de ce douloureux anniversaire doit être l’occasion de se remémorer le mot d’ordre cher à Mzee: « Ne jamais trahir le Congo ». « Le Mzee savait que celui qui trahit le pays se trahit lui-même », souligne-t-il.

Pour lui, ceux qui ont trahi LD Kabila « sont en liberté ». Il en est de même de ceux qui ont comploté contre lui. Sur un ton ferme, il ajoute: « Il y a beaucoup de mensonges autour de cette affaire. Ils ont raflé des innocents avec à leur tête Eddy. Ils savaient que si Eddy était en liberté, la vraie justice devrait être dite sur la mort de Laurent-Désiré Kabila ».

Comme pour dire que la spiritualité lui a donné la force nécessaire pour accepter son infortune, Kapend de murmurer: « Dieu seul sait pourquoi il a permis qu’il en soit ainsi ». « Je prie Laurent-Désiré Kabila d’intercéder auprès de Dieu pour tous ceux qui souffrent injustement », conclut-il.

A maintes reprises, des associations de défense des droits de l’homme ont demandé la réouverture de ce procès. Sans succès. En 2013, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples avait fait de même en qualifiant le procès d’inéquitable. Les demandes d’amnistie et de grâce ont reçu chaque fois une fin de non-recevoir.

A l’occasion de la commémoration du 17è anniversaire de cet assassinat, le ministre congolais de la Justice Alexis Thambwe Mwamba a été interpellé à ce sujet. Réponse: « Nous avons considéré que les assassins d’un chef d’Etat ne rentrent pas dans la catégorie des personnes susceptibles d’être amnistiées. J’ai la conviction que ceux qui se trouvent à Makala ont bel et bien été dans le coup pour tuer Laurent-Désiré Kabila ».

L’apparition du colonel Kapend en tenue militaire et bâton de commandement en main est au centre de toutes les conversations. Ses propos sont perçus comme une « déclaration de guerre » pour les uns et un « testament » pour d’autres. L’avenir seul tranchera…

BAUDOIN AMBA WETSHI/CI
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