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Quelques jours après la rencontre du Président Joseph Kabila avec les Députés et Sénateurs de la Majorité Présidentielle (MP) et de son allié, le Parti Lumumbiste Unifié (PALU) d’Antoine Gizenga, à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa, son Directeur de Cabinet Adjoint, Jean-Pierre Kambila dont le nom ressemble étrangement à celui de son idole de maître (Ka[m]bila = Kabila), lâchait ce qui suit dans un tweet de mardi 17 avril 2018 commenté par la suite dans une interview à la Radio allemande Deutsche Welle : Une Constitution, ce n’est certes pas la seule condition. Elle doit et peut aider le pays à progresser. La nôtre nous fragilise. Il faut la changer le plus vite possible, Il n’y a pas de raisons démocratiques à attendre.

La Nation attendait naturellement une réaction de l’un de ses plus grands constitutionnalistes. Fini le suspense. Cette réaction, la voici à travers une interview que Prof André Mbata a accordée à la Prunelle.



La Prunelle : Prof Mbata, avez-vous lu le tweet suivi de l’interview de Mr Jean-Pierre Kambila sur la Constitution ? Jean-Pierre Kambila est tout de même l’un de grands intellectuels de ce pays !

Prof Mbata : Un intellectuel et un grand intellectuel de ce pays ? Je ne sais pas, mais en tout cas l’une de ces personnes que mon collègue (feu) Prof Greg Basue appelait affectueusement les « intellectuels du gouvernement» et qui ne m’impressionnent pas comme des « thuriféraires » ou « tambourinaires du pouvoir ».



La Prunelle : Jean-Pierre Kambila est bradé de nombreux diplômes universitaires?

Prof Mbata: Etre porteur d’un ou de plusieurs diplômes ne fait pas nécessairement d’une personne un « intellectuel ». Etre un intellectuel, c’est non seulement être détenteur d’un certain savoir, mais c’est aussi et même surtout être capable de mettre ce savoir au service de son peuple et de l’utiliser dans l’intérêt de ce peuple, non pas uniquement celui de sa famille ou d’un groupe d’individus. Actuellement en RDC, le marché de diplômes connaît un « boom » sans précèdent et on assiste à une incroyable « embellie » de l’industrie de fabrication des diplômes universitaires. Certains diplômes sont vendus au plus offrant, politiquement, financièrement et même sexuellement. Avec l’imminence de l’eschatologie du régime, ses dignitaires n’ont pas lésiné sur les moyens après qu’ils aient nommé ou fait nommer à la tête des Universités plusieurs diplômés dont le principal exploit n’était pas dans la production scientifique, mais plutôt dans l’art de chanter des louanges à la Majorité Présidentielle (MP) ou de psalmodier des Te Deum, des Alléluia et des Amen à son Autorité Morale. On a ainsi vu plusieurs membres du parlement, du gouvernement, des gouverneurs de provinces, et des officiers des forces armées se ruer vers les universités ou envoyer les leurs pour s’y faire fabriquer des diplômes de licence et de doctorat souvent obtenus avec distinction et même la plus grande distinction ! Jean-Pierre Kambila avait déjà ses diplômes européens dont le diplôme postuniversitaire en études immobilières qui permet à ce non-juriste de s'exprimer sur la Constitution de la République !



La Prunelle : Il fait partie de l’élite congolaise !

Prof Mbata: Oui, de la fameuse « élite » ou « classe » politique congolaise qui rappelle étrangement celle que le poète martiniquais Aimé Césaire appelait « élite décérébrée » (élite sans cerveau), irresponsable et corrompue, détentrice d’une science sans conscience qui ne produit que des « cons » et dont Rabelais avait dit qu’elle était la ruine de l’âme. Plus proche de nous, Cardinal Laurent Monsengwo, Archevêque de Kinshasa, l’a qualifiée d’une élite « des médiocres » à qui il demande tout gentiment de « dégager » le plus vite possible pour laisser la place à une élite véritable qui se soucie des intérêts de son peuple.



La Prunelle : Jean-Pierre Kambila s’exprimait du reste après une rencontre de Joseph Kabila avec sa famille politique.

Prof Mbata: Directeur de cabinet adjoint (Dircaba) de Joseph Kabila, Jean-Pierre Kambila est l’un de ses nombreux porte-parole. Membre cofondateur du parti présidentiel, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie ( !) (PPRD), il traduisait la volonté de tous les politiciens du ventre et « artisans de l’Inanition de la Nation » qui se bousculent et qui ont toujours rêvé de changer la Constitution pour donner une présidence à vie à l’Autorité Morale ou faire de lui un « Guide Suprême Eternel » comme le CNDD-FDD vient de faire de Pierre Nkurunziza au Burundi. On devrait cependant faire attention au prénom de Pierre, qu’il soit seul, collé à « Jean » ou à un autre prénom chrétien. La Bible nous montre cet autre profile de l’Apôtre Pierre qui était aussi un rêveur et un traître qui n’avait pas attendu le dernier chant du coq pour trahir ou renier son maître.

La Prunelle: Jean-Pierre Kambila serait donc aussi un rêveur et un traître?

Prof Mbata: Laissons l’Histoire dire son dernier mot. Cependant, je n’ai jamais pris au sérieux les thuriféraires et autres adeptes de l’inanition de la Nation qui n’aura pas lieu car cette Nation vivra après eux. En attendant leur propre « inanition », on ne peut pas interdire aux rêveurs de continuer à rêver même debout quand la nuit est terminée. Dans ce pays qui est l’une des capitales mondiales de la musique et de la danse, on ne peut pas les empêcher de continuer à danser le « mukongo ya nkoba » (dos de la tortue, nom de la danse de l’orchestre Zaiko du musicien Nyoka Longo, danse adulée par le PPRD) alors que la fête est terminée depuis longtemps.



La Prunelle : Quel sentiment vous donne finalement le tweet de Jean-Pierre Kambila? N’est-ce pas tout de même dangereux de continuer à préconiser le changement de Constitution?

Prof Mbata: Comme pour tout Congolais, c’est un sentiment de dégoût et de désolation. Pourtant, les membres du Cabinet du Président de la République sont soumis au devoir de réserve et devraient donc éviter de porter des couleurs politiques. Malheureusement, ils sont plus au service de la MP que celui de l’Etat, à moins de considérer que le PPRD-MP est un Parti-Etat comme l’était le MPR du temps du dictateur Mobutu. La casquette de membre du PPRD ne semble avoir jamais quitté la tête de Jean-Pierre Kambila. Son chef direct, le Directeur de Cabinet est aussi sorti de l’ombre en créant des associations dont il est devenu l’Autorité Morale. Les propos de Jean-Pierre Kambila sont d’autant plus révoltants qu’il est le second plus proche collaborateur du Président de la République qui avait solennellement juré de respecter et de défendre la Constitution, devant Dieu et la nation. Sous d’autres cieux et dans un Etat normal, ce tweet lui aurait valu une révocation pure et simple. Le cofondateur du PPRD aurait ainsi plus de temps pour s’occuper de son parti et l’aider à préparer sa victoire annoncée lors de prochaines élections… grâce à la machine à voter que Corneille Nangaa et sa CENI ont reçu mission d’imposer à tout prix au peuple congolais. Heureusement pour Jean-Pierre Kambila, la RDC n’est pas un Etat normal. Le silence assourdissant du Palais présidentiel à ses propos est extraordinaire. Non seulement Jean-Pierre préconise un coup d’Etat contre la Constitution, ce qui constitue un acte de haute trahison, mais sans le savoir, il fait indirectement des révélations troublantes à partir du ventre même du Léviathan en apprenant au peuple congolais et au monde entier que le garant de la Nation et de la Constitution a cessé de les garantir , qu’il faut changer la Constitution « le plus vite possible » pour préserver un pouvoir « chèrement » et qu’« il n’y a pas de raisons démocratiques à attendre ».



La Prunelle : Il a dit qu’il faut changer la Constitution parce qu’elle « nous » fragilise.

Prof Mbata: Il fallait lui demander à qui il faisait allusion en parlant de « Nous »? En tout cas, pas à moi ni à la majorité du peuple congolais. Il se référait sûrement à ce que (feu) Prof Marcel Lihau désignait naguère comme une « coterie » que constitue actuellement ce groupe d’individus sans foi ni loi qui exerce le pouvoir par la force ou en violation des dispositions de la Constitution. L’article 64 de la Constitution ne nous donne guère de choix, mais nous impose plutôt le devoir patriotique de nous opposer à un tel groupe d’individus. La Constitution qui fonde la République et en fait un Etat de droit ne peut fragiliser que ceux qui rêvent d’une « monarchie présidentielle » et préfèrent un Etat de nature à l’Etat de droit caractérisé par la bonne gouvernance, le respect des droits de l’homme et la lutte contre l’impunité. Ce qui nous fragilise Nous peuple Congolais, ce n’est donc pas la Constitution que nous avions nous mêmes adoptée par référendum à plus de 80% de voix, mais ce système ou une cette « classe » politique prédatrice et obscurantiste sans grande culture politique démocratique qui a fait de la corruption, de la concussion, des détournements des deniers publics, des violations des droits de l’homme, du mensonge, de la démagogie, et de la tricherie à tous les niveaux ainsi que des fraudes constitutionnelles et électorales des principes cardinaux de sa gouvernance. En sa double qualité de Dircaba du Président de la République et de cofondateur du PPRD, Jean-Pierre Kambila n’en fait-il pas partie comme « enseignant titulaire » ou « superviseur »? Dans tous les cas, c’est cette « classe » politique médiocre qui « fragilise » notre peuple et qui doit impérativement dégager, « le plus vite possible » !



La Prunelle : « Que faire ? » C’est la dernière question que nous posons en nous inspirant du titre d’un célèbre ouvrage de Lénine que le professeur des universités a certainement lu à plusieurs fois.

Prof Mbata : Tout n’était pas négatif dans les propos de Jean-Pierre Kambila. Pas seulement de Que Faire de Lénine, le peuple « fragilisé par les médiocres » et non pas par la Constitution peut aussi s’inspirer utilement du tweet de Jean-Pierre Kambila en décidant de les « changer » « le plus vite possible ». Curieusement, c’est son propre Dircaba qui vient renforcer le concept de Transition sans Kabila (TSK). Toutefois, contrairement à Jean-Pierre et aux siens qui se moquent de l’Etat de droit démocratique en pensant qu’«Il n’y a pas de raisons démocratiques à attendre », le changement sans délai de tous les médiocres sera conforme à l’Article 64 de la Constitution.

C-News

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