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Depuis plusieurs années, Joseph Kabila a toujours eu plusieurs fers au feu pour manœuvrer afin de se prolonger au pouvoir. Il y a déjà réussi puisque son dernier mandat constitutionnel s’est achevé le 19 décembre 2016, mais beaucoup pensent qu’il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, malgré la nouvelle promesse d’élections – le 23 décembre 2018, cette fois. Une des pistes explorées, est de se trouver un Medvedev – allié assez complaisant pour lui permettre de rester au pouvoir derrière la scène, puis de lui rendre la première place. Cette piste s’est toujours heurtée à l’incertitude: Medvedev est fidèle à Poutine mais qui le serait à Kabila? L’actualité des dernièrs semaines permet cependant de penser que ce dernier pense avoir trouvé la perle rare.

Ce sont les curieux remous survenus en mars au Palu (Parti lumumbiste unifié) d’Antoine Gizenga qui ont permis de lever le lièvre. Le 13 mars dernier, un communiqué du secrétaire permanent de ce parti, Lugi Gizenga (fils du précédent; son prénom est formé sur les premières lettres de Lumumba et Gizenga), annonçait la fin de l’alliance électorale avec les kabilistes, reconduite depuis les élections de 2006. Cette année-là, Antoine Gizenga avait soutenu Joseph Kabila au second tour de la présidentielle, contre Jean-Pierre Bemba, en échange d’un poste de Premier ministre.


Presque simultanément, circula l’annonce d’une possible alliance électorale avec le parti d’opposition MLC, de Jean-Pierre Bemba, et de pourparlers avec l’UNC de Vital Kamerhe qui, après un aller-retour, est à nouveau dans l’opposition.

Limogeage surprise

Coup de tonnerre le 16 mars: Antoine Gizenga limoge de leurs postes son fils Lugi et son adjoint chargé des élections, Adolphe Muzito, ex-Premier ministre, tous deux ravalés au niveau de simples militants du Palu. Quelques jours plus tard, le 24 mars, le remplaçant du premier, Wolf Kimasa, expliquera que les contacts de Lugi Gizenga avec le MLC et l’UNC étaient « une simple visite; il n’y a pas d’accord » .

Le 19 mars, Antoine Gizenga est reçu inopinément par le président hors mandat, Joseph Kabila, tandis que son parti rappelle qu’un accord passé entre le Palu et le parti présidentiel, le PPRD, en 2011 – avant des élections présidentielle et législative que les observateurs jugeront « non crédibles » en raison de fraudes massives au détriment de l’opposition – prévoyait qu’en 2016, pour la présidentielle suivante, Joseph Kabila devrait à son tour soutenir le candidat du Palu à la présidentielle. En clair: Antoine Gizenga s’attend à être soutenu par la machine politique du PPRD pour accéder à la magistrature suprême.

Un Medvedev très âgé

Selon ce scénario, Joseph Kabila deviendrait, dès son départ du sommet de l’Etat, président du PPRD et se ferait ensuite élire président du Sénat pour devenir, selon l’article 75 de la Constitution, chef de l’Etat lorsqu’Antoine Gizenga en serait empêché; ses éventuels doutes sur la future loyauté de Gizenga sur ce point sont balayés par le grand âge de celui-ci: à 92 ans, le patriarche du Palu est très amoindri et ne constituera pas longtemps un rival. Entretemps, grâce à une révision de l’article 70 de la Constitution (qui établit que le Président « est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois »), le chef de l’Etat serait élu indirectement, par le parlement, ce qui permettrait à Joseph Kabila de revenir au pouvoir le plus constitutionnellement du monde.

Adolphe Muzito, qui ne cache pas ses ambitions personnelles, a fait savoir qu’il serait candidat à la Présidence en 2018 même si le Palu ne l’appuyait pas. Tant mieux pour Joseph Kabila, qui a tout intérêt à une multiplication des candidatures d’opposition: dans un scrutin passé à un seul tour en 2011, cela accroît les chances du candidat officiel et surtout ses chances de rendre vraisemblable une victoire « aidée » par une Commission électorale nationale indépendante (Ceni) en laquelle 69% des Congolais n’ont pas confiance, selon un récent sondage Berci.

« Sauf que cette manoeuvre va également diviser le camp kabiliste », indique à La Libre Afrique.be un observateur de la politique congolaise. « Les prétendants à être le dauphins de Kabila, dont Aubin Minaku et Augustin Matata, ne joueront pas le jeu: pourquoi seraient-ils loyaux à un chef qui les trahit en misant sur Gizenga? ».

afrique.lalibre.be
Par Marie-France Cros.
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