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Le Président congolais cherche de nouvelles alliances pour briser son isolement. Notamment en agitant la carotte des mines pour séduire Trump.

Les pressions exercées par ses voisins pour que les élections se tiennent en décembre 2018 et pour qu’il respecte la Constitution en ne se portant pas candidat agacent prodigieusement Joseph Kabila. Plusieurs analystes anticipent que le raïs congolais pourrait bien leur poser un magistral lapin au sommet de Luanda du 17 juin prochain, pourtant consacré à la crise congolaise qui doit réunir le Président de l’Union Africaine, Paul Kagame, son hôte angolais, également président de la Communauté d’Afrique australe, João Lourenço, ainsi que les chefs d’État du Congo-Brazzaville, du Gabon et d’Afrique du Sud.

Tout indique que c’est le besoin de briser l’isolement et de se ménager l’appui d’un membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU qui a amené le président congolais à signer le 8 juin dernier, un accord de coopération militaire avec la Russie, laissé dans les tiroirs depuis 1999. Parallèllement, Kabila cherche à se ménager les faveurs de l’imprévisible président, américain Donald Trump. Sa stratégie consiste à convaincre Washington que Kinshasa peut garantir à l’industrie américaine un approvisionnement sûr en minerais. Dans cette optique, le patron de l’entreprise d’Etat, Gécamines, proche de Kabila, Albert Yuma Mulimbi, s’est rendu en mai aux États-Unis pour s’entretenir avec le géant de l’électronique Apple et le constructeur de véhicules électriques Tesla, friands du cobalt congolais. Cette tournée, explique, la lettre Africa Mining Intelligence de Paris, vise à donner aux Américains l’image d’un Congo partenaire stratégique incontournable, face à la concurrence chinoise. Pour mieux convaincre les businessmen américains, Yuma a recruté le cabinet de lobbying Scribe Strategies & Advisors, pour entreprendre la danse du ventre devant de potentiels investisseurs tout en contrant le lobbying exercé pour le compte de l’opposant, Moïse Katumbi, par Ballard Partner, avec qui a été signé un contrat de 50 000 dollars par mois, le 3 octobre 2017, succédant à d’autres contrats plantureux dont l’un avec la firme, Akin Gump Strauss, Hauer & Feld.

Le message subliminal passé aux industriels américains et indirectement à Donald Trump par Yuma et le cabinet Scribe est qu’il y a encore des places à prendre dans le secteur minier congolais. Mais la réalité est que les plus beaux joyaux ont déjà été octroyés aux Chinois. En 2016, l’Américain Freeport Mc Roran a cédé la mine de Tenke Fungurume qui produit un quart du cuivre congolais à China Molybdenum. En 2017, le permis de la principale mine de lithium, d’étain, de coltan, et de wolframite, celle de Manono, a été retiré à une société mauricienne dénommée MMCS Strategic par le ministère des mines. Et celui-ci a été réattribué en mai 2017 à une junior australienne, dénommée AVZ Minerals, associée à la compagnie congolaise d’Etat Cominière et à Dathomir Mining Resources SARL.

La prise de contrôle par AVZ aurait été selon no sources arrangée par un homme d’affaires congolais proche du frère cadet du président et député de Manono, Zoé Kabila, dénommé Théophas Mahuku, auquel il est associé dans sept sociétés selon lagence Bloomberg.

Du coup, ce sont les Chinois qui mettent la main sur le pactole. Car le PDG d’AVZ, un géologiste allemand, diplômé de l’Université technique de Munich, Klaus Peter Ekhof, est en affaires avec des Chinois et les a amenés dans le projet de Manono, dans un premier temps avec cette société Dathomir Mining Resources. Le directeur de cette dernière, Cong Mao Huai, président de la chambre de commerce sino-congolaise est en effet coactionnaire avec Ekhof de la compagnie australienne Burey Gold, titulaire d’un permis aurifère dans la province de l’Ituri. Selon certaines sources à la Fédération des entreprises du Congo (FEC), Congo Mao Huai parfois désigné sous le nom de Simon Kong Huai serait un proche du Président Kabila, à telle enseigne qu’un consultant américain voit en lui la version chinoise de Dan Gertler, l’homme d’affaires israélien, partenaire du chef de l’Etat congolais qui fait l’objet de sanctions du Trésor américain. Quoi qu’il en soit, les Chinois via AVZ semblent bel et bien avoir mis la main sur le principal gisement de lithium du pays comme le montre le protocole d’accord signé le 7 mars dernier entre AVZ Minerals et Guangzhou Tinci Materials Technology concernant la fourniture du lithium de Manono et l’offre d’une participation directe au projet minier. L’enjeu est colossal au point que certains analystes des marchés se demandent si le Congo ne va pas devenir l’Arabie saoudite du lithium et supplanter le premier producteur mondial, la Bolivie. AVZ serait assise sur un gisement de 800 millions de tonnes de concentrés de lithium. Les Américains ont-ils déjà perdu la bataille ? Pas sûr, car en Kabilie, tout est possible. En 1997, le père de Joseph Kabila, n’avait pas craint d’attribuer une même concession aurifère dans l’Ituri à Ashanti Goldfiels et à la compagnie Russell du général israélien, David Agmon…


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