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L’une des artères les plus fréquentées de la commune de Kalamu, l’avenue Kapela est devenue le carrefour des bars et terrasses. Désormais omniprésents sur cette voie, ces débits de boissons troublent davantage la quiétude des populations environnantes par la pollution sonore qu’ils génèrent de jour comme de nuit. Désemparés, écoliers, étudiants et patients ne savent plus à quel saint se vouer. Reportage.

Nous sommes à Yolo-Sud, un des quartiers chauds de la commune de Kalamu. A 9 heures déjà, les bars et terrasses de la place balancent de la musique à des décibels puissants, perturbant le calme des foyers ambiants. Installées de part et d’autre de l’avenue Kapela. Ces buvettes fonctionnent à longueur de journée et demeurent opérationnelles jusqu’aux heures tardives.
Plongés dans un tintamarre qui les colle désormais aux oreilles, les enfants ne savent plus réviser convenablement leurs matières à domicile après les cours. Encore moins les étudiants qui préfèrent se réfugier aux homes ou dans des milieux plus paisibles, à des centaines de mètres de cet espace.
« Devant notre parcelle, on retrouve plus de quatre terrasses collées les unes aux autres. Face à la concurrence, chaque bistrot s’arrange pour placer des baffles puissants au bord de la route en vue d’attirer davantage la clientèle. Lorsque je reviens de l’école, j’ai du mal à revoir mes notes dans un tel boucan. Mais, je n’ai pas de choix ! Je suis contraint de forcer la concentration pour retenir ne fut-ce que quelques leçons », se plaint Dohertie Dbenz, une élève de 3ème année des humanités dans une école de la place.

GROGNE DANS LES FAMILLES ET LES ECOLES
Loin de se cantonner seulement autour des résidences privées, ces buvettes ont pris d’assaut les alentours des écoles, des églises, des centres médicaux de Yolo-Sud. Difficile dans ce contexte de se concentrer, de méditer ou de se reposer en toute quiétude.
Indigné, un parent résidant dans le quartier explose. « Ce n’est pas normal ! Comment peut-on autoriser la présence des terrasses aux alentours des écoles ? Nos enfants ne sauront plus bien étudier, courant même le risque de prendre goût à la vie de beuverie, de débauche, de distraction, de vulgarité. Ils finiront à la longue par s’y rendre à la sortie de classe, à l’insu de leurs parents », tempête un chef de famille.
« C’est vraiment déplorable les choses que nous vivons ici ! Ces terrasses ne viennent que nous rendre la tâche difficile, au moment où nous tenons à l’éducation de nos enfants. J’étais un jour surpris de constater que mon fils de 4 ans mémorisait déjà, à son âge, l’album complet de l’artiste Fally Ipupa », déplore un quinquagénaire qui a requis l’anonymat.

DES BRUITS QUI DERANGENT LES CULTES
Alors que les terrasses vibrent en musique profane, à quelques mètres de là, végètent des églises qui, pour la plupart, sont perturbées en plein culte. « J’entends le son de la musique jusque dans l’enceinte de mon église. Je suis alors obligée d’entrer le plus rapidement possible en présence de Dieu pour dissiper ce décibel de ma tête. Quand nous demandons aux tenanciers de ces terrasses de baisser le volume de leurs baffles, ils obtempèrent à peine. Pour éviter des disputes, nous faisons semblant, alors que c’est eux qui sont venus installer leurs bars dans le voisinage, après nous ». explique Tatyana, fidèle d’une église voisine à la terrasse.
« Moi, je suis propriétaire d’une terrasse à Yolo Kapela. Tenir ce petit commerce est pour moi une aubaine, une manière de gagner honnêtement ma vie, d’autant plus que j’ai une femme à nourrir et des enfants à scolariser. Ce ne serait pas facile de fermer boutique si on me le demandait, car c’est le seul moyen que j’ai pour subvenir aux besoins de ma famille », lâche le tenancier de la buvette.

…LA FAUTE AUX CLIENTS
Accusés de polluer l’environnement par leur tintamarre, les gestionnaires des terrasses rejettent plutôt la faute à leur clientèle. « C’est à la demande des clients que nous, tenanciers de bars, jouons de la musique à de si hauts décibels. Quand le volume est bas, ils se plaignent et réclament que le volume soit haussé », confesse le tenancier de la buvette.
« J’habite Bandal, mais quand je viens à Yolo, c’est pour passer du bon temps en compagnie de quelques amis, venus de l’étranger. C’est un coin chaud où il y a de la musique. Où nous avons le loisir d’écouter une variété de chansons. Je me plais bien à fréquenter ce quartier où on nous sert la bière bien tapée », nous souffle Didier M., un jeune homme d’une trentaine d’années.

LE PELERINAGE DES DISCIPLES DE BACCHUS
Lorsqu’on se pointe sur l’avenue Kapela les jours de fêtes comme les week-ends en effet, on a l’impression de se retrouver dans une ambiance de carnaval. Les terrasses refusent du monde. Toutes les chaises en plastique sont occupées par des clients qui amassent des bouteilles de bière sur leurs tables.
Tout le long de ces terrasses s’alignent des dizaines de véhicules. Les retardataires ont, eux, du mal à stationner et à s’installer. Venant de tous les coins de la capitale, ces clients affluent ici pour goutter au « Ngwasuma » (ambiance festive, NDLR) de Yolo – Kapela. Certains viennent y déguster des grillades de renom, de la viande de porc ou de chèvre. D’autres par contre, viennent se détendre, en cherchant à courtiser des femmes qui ont du charme à revendre.
Confrontés à ce spectacle au quotidien, des parents d’élèves haussent la voix et interpellent l’autorité municipale. Ils lui demandent d’assainir au plus vite le milieu, en préservant les jeunes, et particulièrement les adolescents, de l’immoralité et de la pollution sonore. Tania MUBUADI/ Correspondance particulière
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