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*Revenir au nom de Zaïre, cela peut paraître comme une blague, une provocation ou, même, comme un jeu de galéjade. Et pourtant, c’est du sérieux. Ici, le Docteur Jacques Mokako, Député issu de la circonscription de Bumba, sur les terres bénies de l’ex-Equateur, relance un vif débat sur l’épineuse question liée notamment, à la destinée de la RD. Congo. Il veut, en effet, y apporter une dimension somme toute nouvelle. Dans une analyse totalement décomplexée, sans complaisance, ni fioriture, cet élu du peuple qui, en même temps, est une des têtes grises du Pprd estime qu’il serait illusoire de parler de l’existence d’un pays ou de sa place dans le monde, sans nécessairement faire allusion à son appellation qui consacre, au propre comme au figuré, son identité. Pour ce qui concerne le cas de la RD. Congo, il lance un plaidoyer pour le retour à l’appellation ‘’Zaïre’’. Dur comme fer, il y tient fermement. Au fond, jusqu’où irait-il avec un tel débat ? Pourquoi insiste-t-il ? Jacques Mokako, Médecin de son état, s’explique. Dans cette édition, il avance des raisons, décortique le sens et indique l’horizon à suivre. Il pèse bien les mots et les replace dans leur contexte. Tel, un plongeon dans l’histoire, en le lisant et relisant sa réflexion ci-dessous, Dr Jacques Mokako invite l’élite intellectuelle, les acteurs politiques et de la société civile, les étudiants, chercheurs et autres curieux du monde à un véritable devoir de mémoire.

Le nom, c’est ce mot plein de signification pour désigner un être ou une chose. C’est par le nom que les êtres et les choses sont distingués, identifiés les uns par rapport aux autres. Pas d’identité sans nom. Il s’agit de nom distinctif. Même lorsqu’au Bandundu on croyait avoir découvert un arbre ‘’nzete ezanga kombo’’, cette épithète a fini par devenir son nom, donc son identité ? Tous les passagers sur la route entre Kikwit et Gungu, s’arrêtaient non loin de la rivière Lutshima pour voir cet arbre qui s’appelait désormais ‘’nzete ezanga kombo’’ pour se distinguer des autres arbres de cette forêt.

Il est des noms des pays, ce qu’est le nom d’un arbre, d’un homme, d’un animal, d’une chose.

Il n’y a pas de nom gratuit. Ils sont puisés dans le patrimoine culturel d’un peuple. Ce qui est valable pour les hommes, l’est pour les pays. Outre l’identité particulière qu’un nom confère à un pays, il permet de le situer à tel point que par la simple consonance, on sait s’il s’agit d’un pays arabe, d’un pays européen ou d’un pays africain.

Il s’est posé et se pose encore en République Démocratique du Congo, un problème d’identité. Une difficulté de distinguer les deux pays appelés Congo. Il est vrai que la Rdc n’est pas le seul pays du monde qui partage le nom avec un autre pays voisin. On a la Guinée équatoriale, la Guinée Conakry, la Guinée Bissau. On a le Soudan et le Soudan du sud. On a la Corée du nord et la Corée du sud, …

Le problème, c’est ce que, ce n’est pas parce que d’autres pays partagent le même nom que les Congolais devraient s’y complaire. Car, on ne connaît pas les problèmes identitaires que ces autres pays rencontrent.

Même si l’on arrivait à démontrer que ces pays ne souffraient pas de la confusion dans leur identité. Ils répondent de leur histoire partagée. C’est le cas du Soudan qui s’est divisé en deux et de la Corée suivant les circonstances de l’histoire. Chez nous, il s’est posé un problème. On peut ne pas partager l’idée à la base du changement du nom Congo en Zaïre par le bureau politique de l’époque, mais on ne peut pas ignorer l’évidence selon laquelle, en un moment de l’histoire, ceux qui avaient la direction du pays avaient senti le besoin d’identité par rapport à un pays voisin certes, mais aussi par rapport à la destinée que ce pays se construisait.

Il n’est pas question, non plus, pour le Dr Mokako de faire un jugement de valeur sur les raisons qui avaient poussé les dirigeants de l’époque à changer le nom du pays. La vérité, c’est que, pendant près de trois décennies, ce grand pays au cœur de l’Afrique s’est forgé une identité liée à un nom. Cette identité nous colle à la peau à tel point que beaucoup ne savent plus lier les deux identités pour bien situer notre pays.

La Constitution est telle que sur certains sites et domaines Internet qui donnent la liste de pays pour permettre aux souscripteurs de s’identifier, on ne trouve que le nom de la République du Congo. Finalement, lorsqu’on donne le code postal, on constate qu’il s’agit du code 242. La Rdc ne figure pratiquement plus sur certaines listes.

Pour marquer une certaine différence hier, on appelait Congo Kinshasa et Congo Brazzaville. Cette différence n’est pas essentielle dans la mesure où elle ne porte aucune substance. Puisqu’on n’appelle pas France Paris, Etats-Unis Washington, Angola Luanda ou Afrique du sud Pretoria, cela veut dire que mettre à côté du nom d’un pays, celui de sa capitale, n’a aucune signification. Le nom de la capitale n’est ni le prénom, ni le post-nom d’un pays. Ce sont deux identités différentes.

Aujourd’hui, on pense faire la différence en ajoutant l’épithète ‘’démocratique’’. Force est de constater qu’il s’agit également d’une différence non essentielle sans signification profonde et réellement identitaire. Car, en fait, à ce jour, tous les pays sont démocratiques lorsqu’on sait que tous ont opté pour cette mode de gestion. Par conséquent, démocratique ne peut pas être une particularité de notre pays pour en faire son identité, estime non sans raison, le Député national, le Pprd Jacques Mokako.

Pour démontrer que ce n’est pas un faux problème que celui de vouloir donner au pays un nom qui lui donne une identité propre, on a suivi des compatriotes qui, déjà, pour faire la différence entre les habitants de deux Congo, ont demandé à ce que les habitants de la Rdc s’appellent désormais ‘’rdcongolais’’.

Ce néologisme n’est pas sans difficulté dans son application dans la mesure où on ferait la liaison entre l’abréviation et le nom dont est issue l’abréviation. Cela ne répond à aucune règle grammaticale.

Dans beaucoup de pays du monde, pour s’épargner cette confusion, on se contente de désigner les habitants de la Rdc ‘’Zaïrois’’. Que faire ? D’aucuns estiment que l’on puisse choisir un autre nom, un nouveau nom qui ne serait ni le Congo, ni le Zaïre. Ce qui signifierait un troisième changement qui, au lieu d’apporter la lumière que l’on recherche, risquerait d’apporter davantage de confusion.

Il serait, de l’avis du Pprd Mokako, de revenir purement et simplement à l’appellation ‘’Zaïre’’. Cette proposition est faite en connaissance de toute la charge émotive que provoquerait ce nom. Pour les uns, le Zaïre renvoie à la dictature. Militer pour ce nom, serait aux yeux de certains, une revendication de l’héritage mobutien. Il est vrai que l’on ne peut pas de sitôt, enlever de la tête des compatriotes congolais, le souvenir du Zaïre. L’élu de Bumba partage leur sentiment, mais estime qu’il est question de dépassionner le débat.

Pour ce faire, il faut se mettre en tête que ce ne sont pas les Congolais qui se sont donnés souverainement le nom Congo. Il a été imposé par le colonisateur. Puisque militer pour le nom Congo ne veut pas dire revendiquer ou être nostalgique du colonialisme, on ne voit pas pourquoi ce ne serait pas la même chose pour ceux qui revendiquent le retour au nom ‘’Zaïre’’.

Le débat sur la signification du mot Zaïre, une altération du mot ne Kongo Nzadi, n’est pas fini, certes. Mais, a-t-on commencé et terminé le débat sur le mot ‘’congo’’ qui, d’ailleurs, est écrit avec la consonne ‘’C’’ qui ne signifie rien. Il nous renvoie au mot Kongo qui désignait non pas tout le pays dans ses 11 provinces actuelles, mais un royaume qui s’étendait sur l’actuel Congo Brazzaville, sur le Congo Kinshasa et sur l’Angola.

On ne comprendrait donc pas que du Katanga, au Kasaï en passant par le Kivu et l’Equateur on puisse s’identifier à ce royaume Kongo. Par contre, on peut s’identifier au ‘’nzadi’’ en kikongo, ‘’nzale’’ en mongo, pour désigner le fleuve ou la rivière d’autant plus que si le fleuve Congo ressemble à la colonne vertébrale, ses différents affluents ressemblent aux nerfs qui convergent vers cette colonne vertébrale.

La réalité ‘’nzadi’’ est plus nationale que ‘’Kongo’’. C’est pour dire que le jugement fait sur le nom Zaïre ou encore sur le nom Congo est plus émotif que rationnel.

Ce qu’il faut, c’est de prendre conscience de la confusion réelle entre les habitants de deux Congo souvent obligés de s’expliquer parce que le fait de se dire Congolais ne suffit pas. Il faut dire, on est du Congo Kinshasa ou du Congo Brazzaville.

Lorsqu’on propose de laisser le nom Congo au voisin qui ne manifeste pas le besoin de changer, certains Congolais de Kinshasa ont le sentiment d’être perdants, d’abandonner un patrimoine commun à un voisin. Ne peuvent se mettre dans cette position que ceux qui pensent qu’on serait en compétition pour garder ou perdre le nom Congo. Bien au contraire, il n’y a pas une lutte. Il s’agit d’un abandon volontaire et souverain.

En plus, on a le sentiment de perdre parce qu’on pense qu’il y aurait plus d’avantage ou de prestige à être Congo. Et pourtant, à voir les choses de plus près, les valeurs qu’on a, le prestige qu’on a, on peut le mettre dans n’importe quel nom qu’on se choisirait. C’est encore une question plus émotive que rationnelle.

Tout un pays, toute une génération, la nôtre, nous aurions tort de nous laisser aller à l’émotion.

Dr Jacques Mokako

Député National

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