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Portée par sa dimension émotionnelle et symbolique, « l’économie de la Rumba »est une réflexion sur la pertinence des agrégats économiques de la «rumba», en termes de production industrielle, de création d’emplois, de formation, de réinsertion sociale de la jeunesse et, plus largement, il s’agit de la valorisation optimale des externalités positives de la « Rumba », afin de montrer que l’investissement dans cette expression artistique peut contribuer à la croissance économique.
Premier impératif : écrire les pas de la  « Rumba »
La codification gestuelle est à la danse ce que le solfège est à la musique. Asseoir le développement de la culture chorégraphique congolaise sur des moyens scientifiques de transmission, et donner naissance à la « Rumba professionnelle », revient à s’astreindre au devoir de se doter d’outils de mémoire qui conservent et enrichissent l’histoire de cette danse, tout en pérennisant l’héritage de ses musiques ainsi que son système de signes, gestes et mouvements symboliques.
Cela suppose : codifier les pas de la rumba, dresser un répertoire le plus exhaustif possible de ses gestes, avec, au besoin, l’indication de leur signification, pour ensuite pouvoir la lire, l’interpréter et l’enseigner.
Deuxième impératif : écrire l’histoire de la « Rumba »
«Il était une fois, dans le Royaume Kongo,  une danse de nombril, qui était une expression folklorique charnelle, permettant à un couple de danseurs de se produire nombril contre nombril. Cette danse s’appelait la « Nkumba  ».  Déporté dès le quinzième siècle par la traite négrière dans plusieurs coins des Amériques, le peuple Kongo ne cessait guère de chanter et de danser la « Nkumba », lors des cérémonies du rêve de retour à la terre natale kongo. Au 19ème siècle, les conquistadores Espagnols de la province cubaine de Matanzas supprimèrent l’Africanité de cette expression culturelle, et la baptisèrent« Rumba » pour bien s’en approprier… ».
C’est ainsi que devrait volontairement s’écrire l’histoire de cette danse patrimoniale dite la « Rumba », en retrouvant ses ancrages dans toutes les musiques et danses traditionnelles du Congo.
Troisième impératif créer un« Conservatoire National de la Rumba »
Aujourd’hui, un grave péril menace le patrimoine musical et chorégraphique traditionnel du Congo : nos danses et musiques patrimoniales perdent leur sens. Si notre patrimoine chorégraphique et musical traditionnel est fait des chants et danses d’initiation, de guérison, de travail, de guerre, de réjouissance ou de deuil, aujourd’hui, la « Rumba », sous la houlette des « Atalaku » et rythmée par les «Mabanga », exprime et portraiture les mœurs dissolues qui infectent les quartiers populaires de Kinshasa.
Or,  la « Rumba » de Kallé Jeff, de Wendo et de Lucie Eyenga était une danse de reprise de confiance en soi et d’indépendance. Elle était une danse de joie dans la sérénité, une danse d’ambiance etd’amourdans la tranquillité. Une danse de fierté, d’estime de soi et de manifestation de la volonté de bien-vivre ensemble.
Le « Conservatoire National de la Rumba » fonctionnera comme un « Centre des Musiques et Danses Traditionnelles et Contemporaines du Congo », avec comme missions notamment :
  • Le soutien à la création artistique et chorégraphique pour l’émergence des musiciens et danseurs professionnels;
  • la formation et la sensibilisationen ateliers hebdomadaires, en stages ponctuels de musique et de danse ou  en cycle long pour obtenir, par exemple, un DEM (Diplôme d’Etudes Musicales) ou un DEC (Diplôme d’Etudes Chorégraphiques);
  • la recherche et la valorisationdu patrimoine musical et chorégraphique national, à travers un Centre ad hoc de documentation et d’archives sonores et audiovisuelles, etc.
De ce Conservatoire sortiront les« Kallé », les formateurs, les coachs et les experts masculins en « Rumba » et les« Eyenga », leurs homologues féminins, en hommage à KABASELE Kallé Jeff et à Lucie EYENGA, père et mère de la Rumba congolaise.
Quatrième impératif : entreprendre le management événementiel de la « Rumba »
C’est le segment axial de « l’économie de la rumba », qui englobe les activités évènementielles, les opérations de sponsoring, de mécénat et de publicité, mais aussi et surtout la création des fédérations professionnelles de la rumba au niveau des quartiers, des communes et des provinces, ainsi que des associations ou clubs de la rumba.
L’ambition heuristique de cette taxinomie est double : susciter l’avènement des entreprises spécialisées dans le business de la rumba  ainsi que des partenaires industriels et commerciaux de la rumba, et générer un écosystème d’événements qui devra commencer notamment par  la création des « écoles de la rumba » à l’international comme à l’intérieur du pays, la promotion des « Nganda Rumba » comme lieux de la passion de la rumba, où sa pratique sera amateur ou semi-professionnelle, pour culminer successivement dans :
  1. Le trophée National de la rumba ;
  2. La Palme d’or de la rumba des pays du Bassin du Congo ou de l’Afrique Centrale;
  3. Le festival des Musiques et Danses des Africains et Afro-descendants à Kinshasa;
  4. Le Mundial de la Rumba.
Cinquième impératif : faire de Kinshasa la Capitale mondiale de la rumba
Pour que Kinshasa « respire » la « Rumba », certains quartiers devront être « réinventés » en tant que districts historiques et circuits touristiques de la « Rumba».
Ainsi, à titre d’illustration : un circuit touristique de la rumba peut se circonscrire du village Molokaïen passant par Vis-à-viset Café Rio à Matonge, la restauration de Café Rica au rond-point Gambela-Victoire, Chez Mama Kulutu, lieu mythique de l’OK Jazz de Franco au Type K, camp de base de l’Afriza de TabuLey, et bien d’autres lieux.
Des musées de la rumba devraient intégrer ce circuit : les maisons où vécurent Papa Wemba à Matonge, Luambo Makiadi, Docteur Nico Kassanda et Tabu Ley à Limete, Gérard Madiata à Barumbu (Chez Baninga), Pépé Kallé à Bandalungwa, etc., ou carrément la construction du « Musée de la Rumba ». Ce « Musée »,où l’on admirera les souvenirs et objets cultes des Pères de la « Rumba », devra être érigé aux encablures du « Stade Tata Raphael », qui devra être baptisé « Stade Mohamed Ali et Georges Foreman », qui devra, tout bien considéré, abriter, le «Mundial de la Rumba».
En tout état de cause, faire de Kinshasa la Capitale mondiale de la « Rumba »est un challenge qui nécessitera l’invention de nouveaux « codes » de communication avec les touristes, à travers, notamment la création des lieux patrimoniaux et de mémoire dédiés aux artistes qui doivent être présentés comme les fondateurs de la «Rumba».
Il peut s’agir d’un « square de la Rumba » au cœur de la ville, justement vers la place « Type K », où les grands noms de l’histoire de la « Rumba » auront chacun une statue et une brève biographie, et que les allées du square seront jalonnées des « aires » incarnant les bars et lieux mythiques de la genèse de la Rumba, de Léopoldville à Kinshasa.
On retrouvera dans ce square les précurseurs des années 1940 : Antoine WendoKolosoy, Henri Bowane, Adu Elenga, Camille Faruzi, Badouin Mavula, Desaïo, Avambole, etc.
Mais aussi et surtout,  les pionniers des années 1950-1970 : Kallé Jeff, Lwambo Makiadi Franco, Pascal Tabu Ley Rochereau, Docteur Nico Kassanda, Gérard Madiata, Roger Izeidi, Ebengo Dewayon, Fariala Franck Lassan, Vicky Longomba, MujosMulambaPanya, Kwamy Munsi Lasitura, Lucie Eyenga, AbetiMassikini, Mpongo Love, Simaro Masiya, BokeloIsenge, Verckys Kiamwangana, KabaseleYampanya Pepe Kallé, Bavon Marie-Marie, les Trio Madjesi, Papa Wemba, etc.
En tenant compte du fait que l’organisation des événements susmentionnés comprend aussi bien des avantages tangibles, à savoir les infrastructures touristiques, la production industrielle, les activités commerciales, la création d’emplois, etc., que des avantages immatériels. C’est-à-dire l’attractivité, la notoriété, l’impact médiatique, etc., je propose la construction de la « Cité de la Rumba » là où se trouve aujourd’hui l’aérodrome de N’dolo, entre l’avenue Luambo Makiadi et Kabasele.
Outre le Conservatoire National de la Rumba, la « Cité de la Rumba » abritera entre autres :
  • Un grand studio d’enregistrement ;
  • Un petit site industriel de production des DVD et autres supports audio ou visuels de musique et de chorégraphie, et ne plate-forme de transformation industrielle des instruments des musiques traditionnelles en instruments et accessoires modernes de production musicale ;
  • Un musée des instruments des musiques traditionnelles du Congo ;
  • Un grand hôtel que l’on pourrait appeler « Hôtel la Nubie», en mémoire de la terre génésiaque de tous les peuples noirs du monde ;
  • Une grande salle de spectacle qui devrait s’appeler « Salle Louis Armstrong », en hommage à cet artiste afro-descendant, qui a été le tout premier grand artiste international noir à visiter le Congo et à se produire à Kinshasa, le 28 octobre 1960, juste après l’indépendance nationale.
Louis Armstrong ne tient pas qu’un rôle capital dans l’histoire de la musique noire, en tant que l’homme qui a inventé et popularisé le jazz tel que nous le connaissons aujourd’hui. Au-delà de sa visite historique à Kinshasa, il symbolise des liens puissants entre l’afro-descendance américaine et le Congo.
Aux Etats-Unis, dans la Nouvelle-Orléans, à l’entrée du Parc Louis Armstrong,  se trouve la « Place du Congo » ou « Congo square », qui est immortalisé comme le lieu historique de rencontre des esclaves dans les années 1800, où est né le Jazz qu’on appelait « worksongs », c’est-à-dire : chant de travail des esclaves.
L’économie de la rumba, enfin, c’est le marché des produits liés à la Rumba. Il est ici question de l’industrie nationale des équipements spécifiques et des produits dérivés liés aux différents événements de la rumba. C’est-à-dire : les chaussures et les vêtements de la rumba professionnelle, les pagnes, jupes et foulards de la rumba, les salons de tresses et de coiffure homme de la rumba, les accessoires divers labélisés « Rumba », etc.
Les principaux acteurs seront représentés par les équipementiers industriels congolais, les grands distributeurs généralistes, mais aussi les distributeurs spécialisés  notamment,  des magasins des articles et produits dérivés de la «Rumba».
Les divers marchés qui naîtront de la pratique professionnelle de la « Rumba » seront, à ne point douter, créateurs de métiers spécifiques et d’emplois et vont à coups sûrs générer des retombées économiques substantielles pour le pays. D’où l’intérêt de s’interroger sur l’opportunité d’intégrer des domaines de créativité «élargie»,  ci-après :
  • Les arts décoratifs, en créant la « Société d’encouragement à l’art et au dessin appliqués à l’industrie », mais aussi un Conservatoire des arts, des œuvres et métiers de l’artisanat Congolais, etc. ;
  • La relance des usines de textiles ainsi que sa filière couture et mode, mais aussi les usines de fabrication des produits en cuir (chaussures, sacs à main, bagages, etc.) ;
  • Les usines de fabrication de produits connexes en tout genre (transformation des métaux et production des produits métalliques de la scène et du spectacle) ;
  • Les usines d’impression et d’édition pour affiches, journaux, brochures, etc., industrie du film et de l’enregistrement sonore (production, distribution, présentation de films et de vidéos, postproduction, montage, sous-titrage, création de génériques, postsynchronisation, animation d’images ; éditeurs de logiciels, etc.;
  • la « haute coiffure congolaise » (défilés de la Haute coiffure Rumba, services de soins capillaires pour hommes ou femmes et services d’esthétique, usines des produits et ustensiles pour barbiers, pour manucure et pédicure, cosmétique et soins de visage , etc. ;
  • La« Nouvelle Gastronomie Congolaise» ainsi que  tous les services de restauration (haute-cuisine congolaise, voiture-restaurant pour spectacles, beignerie, comptoirs Maboke, stands Cabri, etc.);
  • Le réseau de services d’hébergement (hôtels, auberges rumba, gîtes touristiques, camp de chasse et de pêche à Menkao et Mbombo Lumene, camps récréatifs divers, etc.);
  • L’ensemble de segments de la chaîne économique des biens et des services culturels, notamment les différents marchés des arts et de l’artisanat congolais, ainsi que les galeries d’exposition d’arts, les librairies, les spectacles de déclamation des slams, etc.
Cette « économie de la rumba » constituera, à travers toutes ces activités interdépendantes, un univers professionnel à part entière, qui va offrir des perspectives d’emplois passionnants et diversifiés, comportant souvent une dimension internationale.
Je propose, enfin, la mise en place d’un « Comité Consultatif National de l’économie de la Rumba »
Ce Comité scientifique aura mission de recueillir, de rassembler, d’analyser et de diffuser les informations, aujourd’hui éparses et incomplètes, qui contribueront à l’analyse de l’impact économique, social et culturel de la patrimonialisation et la professionnalisation de la « Rumba », lequel permettra d’éclairer les investissements à engager et les ajustements organisationnels à apporter aux politiques publiques dans ce domaine.
Le « Comité Consultatif National de l’économie de la Rumba » mettra en exergue la nécessité de développer une nouvelle relation entre les différents acteurs permettant d’identifier et de lever les freins au développement économique et industriel de cette activité artistique et de sa filière touristico-commerciale.
Les sujets que le Comité traitera porteront tant sur la réflexion autour des modèles d’équipements, d’infrastructures et de compétitions de la « Rumba professionnelle » que sur l’organisation de grands événements ou encore la conquête de marchés à l’export, notamment les écoles de la Rumba. Ces initiatives répondront à la volonté que le pays affichera, celle d’impliquer davantage les entreprises congolaises dans l’appui à la pratique professionnelle de la « Rumba » et à l’émergence des compétiteurs de haut niveau tant nationaux qu’internationaux de la « Rumba ».
Didier Mumengi
Ecrivain
LIENS COMMERCIAUX

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