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ANALYSE. Aussi surréaliste que cela puisse paraître, les deux hommes politiques mènent des tractations pour crédibiliser le processus électoral et se partager le «  gâteau postélectoral  ».
PAR PROSPER BAGONDO
Publié le  - Modifié le  | Le Point Afrique

Alors que le 23 décembre prochain, date théoriquement prévue pour les élections en RDC, approche à grands pas, les négociations vont bon train entre le pouvoir et l'UDPS. Objectifs : crédibiliser le processus électoral en cours et se répartir les postes à l'issue du scrutin. Pour donc donner du crédit à un processus électoral qui en manque cruellement, Joseph Kabila s'est trouvé un partenaire idéal en la personne de Félix Tshisekedi. Le fils de feu Étienne Tshisekedi, opposant historique à Mobutu, puis à Kabila père et fils, dirige l'un des principaux partis d'opposition du pays, l'UDPS. Mais il présente une autre grande qualité aux yeux de Joseph Kabila. Son dossier de candidature à l'élection présidentielle, pourtant validé par la Commission électorale nationale indépendante (Céni), est truffé de motifs d'invalidation. À commencer par les diplômes que Felix Tshisekedi a exhibés, mais qu'il n'a en réalité jamais obtenus.

Kabila « tient » Tshisekedi 

Avec le président de l'UDPS, Kabila sait donc qu'il peut négocier, car, comme il le dit son entourage, « il le tient ». Et c'est précisément ce qui s'est passé. Depuis plusieurs mois, le fils du Sphinx de Limete négocie avec le pouvoir en place. En participant aux élections qu'elle n'a aucune chance d'emporter, l'UDPS apporte sa caution au processus électoral, permettant de le crédibiliser aux yeux de l'opinion et de la communauté internationale. L'objet de la négociation est de se répartir, une fois l'élection passée, le pouvoir. Tshisekedi sera intronisé chef de l'opposition et, au terme d'un semblant de dialogue (un de plus), désigné comme Premier ministre par le président de la République, afin de nommer un gouvernement d'union nationale.

Un scénario déjà écrit ? 

Un président de la République qui sera, sans surprise, le dauphin désigné par Joseph Kabila, Emmanuel Ramazani Shadary. Mais celui-ci ne le sera, président, que pour un court intérim. Sa mission sera en effet de changer dès que possible le mode de scrutin de l'élection présidentielle (qui ne se fera plus au suffrage universel direct, mais au second degré), un stratagème qui doit permettre à l'actuel chef de l'État de retrouver son poste le plus rapidement possible. Une fois son ouvrage accompli, Shadary démissionnera. Une nouvelle élection présidentielle anticipée aura lieu. Mais ce scénario bien huilé, qui satisfait les intérêts des deux partis, le Front commun pour le Congo (FCC, plateforme électorale du pouvoir) comme l'UDPS, comporte un défaut majeur. La seule participation de cette dernière et de quelques autres opposants (dont l'UNC de Vital Kamerhe* qui négocie, lui aussi, avec le pouvoir) aux scrutins à venir ne suffit pas à crédibiliser le processus électoral en cours.

Les machines à voter : l'écueil à gérer

Les critiques se focalisent en particulier sur la machine à voter (rapidement rebaptisée « machine à voler » dans le pays), lourdement soupçonnée d'être l'instrument d'une fraude massive en faveur du pouvoir. À juste titre manifestement. Selon diverses sources concordantes, ces machines seraient en cours de programmation afin de fournir le jour du vote les résultats souhaités par le pouvoir.
Mais pour contourner l'obstacle, le clan de Joseph Kabila pense avoir trouvé la solution. En faisant une demi-concession. Il s'agirait en effet, via la Céni, totalement soumise au pouvoir, d'admettre que la machine à voter ne sera pas utilisée lors de l'élection présidentielle. En revanche, elle le sera bien dans le cadre des élections législatives et provinciales.
Pour le pouvoir en place, cette solution n'offre que des avantages. Elle lui permet de montrer qu'il est prêt à lâcher du lest sur l'une des revendications majeures de l'opposition. En même temps, cela ne préjudicie en rien à la capacité du pouvoir de manipuler le vote le jour des élections. En effet, il est aisé de modifier le résultat sorti des urnes dans le cadre d'une présidentielle avec une circonscription unique et seulement 21 candidats. Les méthodes habituelles, qui ont largement prouvé leur efficacité par le passé, en 2006 et 2011, suffiront amplement.
* Dans une lettre à la rédaction du Point Afrique portant droit de réponse, l'UNC et son président Vital Kamerhe, candidat à l'élection présidentielle de décembre 2018, ont tenu à réaffirmer qu'ils sont "attachés à l'unité de l'opposition et, conformément au communiqué de Bruxelles du 12 septembre 2018, ainsi qu'au meeting du 29 septembre 2018, s'engagent à apporter l'alternance au peuple congolais le 23 décembre 2018 à travers des élections réellement libres, transparentes et crédibles et non pas une parodie d'élections dont les résultats sont arrangés par avance".
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