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Les opposants congolais réunis à Genève parviendront-ils à se mettre d’accord sur le candidat commun de l’opposition ? Un observateur étranger au fait des négociations est affirmatif. Mais, ajoute-t-il, « la façon dont les discussions évoluent n’augure rien de bon ». Pourquoi ? Décryptage.

Dans ma livraison du 27 octobre dernier (« Comprendre le linge sale des opposants congolais »), j’avais annoncé les turbulences politiques à venir, en mettant en évidence les dissensions qui existent entre certains leaders de l’opposition. La réunion de ce samedi 12 novembre a été l’occasion pour certains opposants non pas de désigner un candidat commun, mais de régler les comptes à leurs adversaires politiques. Comme j’ai eu à le souligner dans mon analyse d’hier, deux camps sont en compétition à Genève : le camp Katumbi-Fayulu qui soutient la candidature de Félix et le trio Bemba-Muzito-Matungulu qui soutient Vital Kamerhe. Selon un Bembiste ayant requis l’anonymat, « le choix du chairman s’explique par le fait que Vital Kamerhe rencontre les critères qu’ils se sont fixés à Johannesburg ». Une façon de dire que le soutien du MLC est guidé par le bon sens. Du côté du duo Fayulu-Katumbi, le soutien apporté à Fatshi est décrit comme « stratégique ». Un proche de l’ancien gouverneur du Katanga explique : « On sait que Félix n’est pas la bonne personne, mais on ne peut pas laisser Kamerhe passer ». Pour la petite histoire, la rivalité entre les deux hommes (Kamerhe-Katumbi) a commencé à l’époque où ils étaient encore membre du PPRD, le parti au pouvoir. Ils se sont fait la guerre avant de quitter le bateau. En 2016, Moise Katumbi est allé voir Vital Kamerhe pour lui proposer de devenir son bras droit. Celui-ci a décliné l’offre. Selon une source bien informée, Katumbi, qui n’a pas apprécié cela, a préféré se tourner vers Félix Tshisekedi avec qui il entretenait déjà de bonnes relations… secrètement. De cette « union » est né le RASSOP. Mais dans le camp Katumbi, on ne se fait pas d’illusion sur l’alliance avec l’UDPS, dont les partisans ne manquent pas une occasion pour vilipender Moise. En fait, on n’apprécie pas trop Félix, mais on va faire semblant de le chouchouter. Quant à Martin Fayulu, difficile de comprendre les raisons profondes de son animosité envers Kamerhe. Est-ce parce que le leader de l’UNC a la réputation d’être versatile et opportuniste ? Une chose est certaine, Fayulu n’aime pas Kamerhe et il n’a pas hésité à le faire savoir ce samedi 12, au point de choquer certains observateurs. « Ce monsieur est trop émotif; il vendrait sa mère pour pas cher juste pour barrer la route à M. Kamerhe », lâche un observateur, qui a du mal à comprendre les tergiversations et les postures des hommes politiques congolais. Le cadre d’un parti participant aux négociations de lâcher : « Fayulu est un comédien. En privé, il dit que Félix n’a pas le niveau, mais pour casser VK, il est prêt à le soutenir. Pitié! » En outre, le choix de Félix Tshisekedi n'est motivé que par l'acrimonie que Moise et Martin vouent à l’égard de Vital.

À Genève, ce n’est donc pas de l’avenir du Congo dont il est question, mais de la guerre des ego. À force de vouloir s'affirmer les uns par rapport aux autres et de se méfier les uns des autres, les opposants candidats ont oublié que leur objectif n’est pas de se détruire réciproquement mais de proposer un candidat VALABLE capable de battre Emmanuel Ramazany Shadary. Les conséquences de cette lutte de positionnement s’annoncent catastrophiques pour l’opposition. Si Félix Tshisekedi est désigné candidat commun de l’opposition, il y a de fortes probabilités qu’il ne soit pas soutenu par les partisans des autres partis politiques, à l’exception de l’ECIDÉ. Les mots d’ordre des leaders de l’opposition n’y changeront rien. « Les partisans de l’UDPS avaient juré que c’est Félix ou rien. Moi, je ne soutiendrai pas Félix, même si le président me demande de le faire », affirme un membre d’ENSEMBLE. Même son de cloche à l’UNC, où un cadre du parti déclare sans sourciller : « Pas question de soutenir Tshilombo ». Au MLC, on reste nuancé, même si la question des diplômes et du manque d’expérience de Félix Tshisekedi dérange. Certains leaders de l’opposition craignent que la Kabilie s’en serve le moment venu pour neutraliser Fatshi, et avec lui toute l’opposition. « Ils ont des dossiers sur lui. Ils attendent juste le moment opportun pour le descendre », affirme le cadre d’un parti d’opposition pour qui « choisir Félix, c’est trop risqué ».
Si Vital Kamerhe est plébiscité, il est certain que l’UDPS, ENSEMBLE et l’ECIDÉ ne le soutiendront pas, même si les leaders de ces partis affirmaient le contraire. En revanche, le soutien du MLC pourrait faire la différence. Mais pas assez pour éviter de légitimer la fraude électorale qui se prépare à bas bruit dans les laboratoires souterrains de la Kabilie. Contentons-nous d'un bon verre de lait nsambarisé en regardant tout ça de loin...

Patrick Mbeko
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