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C’est l’épilogue que personne n’a vu venir y compris au cœur même du pouvoir à Kinshasa. Félix Tshisekedi, 55 ans, fils de l’Opposant historique, Étienne Tshisekedi, est devenu ce dimanche 20 janvier 2019 le 5e Président de la Republique Démocratique du Congo à l’issue d’un très long processus politique et électoral dans le pays. Il va prêter serment mardi et succèdera à Joseph Kabila. Fin d’un long voyage. Décryptage.

Le trajet Genève – Nairobi – Kinshasa

Si tous les chemins mènent à Rome, ceux empruntés par Félix Tshisekedi, en particulier dans les deux et décisifs derniers mois du processus électoral, viennent de le conduire jusqu’au sommet du pouvoir. Pour y parvenir, le leader de l’UDPS aura inventé un triangle de la mort, qui s’est avéré fatal pour ses adversaires. À savoir, le trajet Genève – Nairobi – Kinshasa. C’est en effet, 1) sa défection avec Vital Kamerhe dans la ville diplomatique suisse où l’opposition tentait de s’organiser autour d’un candidat commun début novembre 2018 – 2) l’annonce depuis la capitale kenyane par les deux frondeurs de la naissance de leur ticket «gagnant» sous les couleurs de «Cap pour le Changement» CACH – et 3) enfin les discussions en coulisses, des dernières minutes, avec le régime de Joseph Kabila qui sentait déjà le vent tourner – ces trois moments donc réunis – qui ont fait basculer l’élection présidentielle et le destin du «Sphinx junior», du surnom de son emblématique de père.

Du radicalisme à la modération

Après plus de 30 ans de lutte pour la restauration de la démocratie dans l’ex Zaïre, Félix Tshisekedi porte l’UDPS au pouvoir, ce que n’a pas pu faire son père pendant des décennies de privation, d’emprisonnements et des relégations. Un succès que le «Ranger», [son autre surnom], a obtenu grâce à un changement de stratégie. Lui, qui a choisi d’alterner fermeté et modération face au gouvernement de Joseph Kabila. Bien loin du tout radical d’un « Ya Tshitshi » [Tshisekedi père] que toutes les générations politiques de ces quarante dernières années auront tenté en vain de faire infléchir. Courtisé depuis des mois, voire des années, par un Joseph Kabila qui tenait encore à garder le pouvoir quitte à distribuer le poste de Premier ministre à qui voulait le prendre, Félix Tshisekedi aura résisté jusqu’au bout tout en laissant ouvertes les portes du dialogue. Comme s’il savait que son (bon) temps allait arriver un certain 20 janvier 2019.






Ce temps de gloire, le nouveau Président congolais l’a construit sur un changement de ton inédit. En redorant brusquement l’image de Joseph Kabila qualifié dans la dernière ligne droite de la campagne électorale non plus de « dictateur » mais de « partenaire de l’alternance démocratique en RDC ». Félix Tshisekedi est même allé jusqu’à considérer de « criminelle » toute attitude consistant à s’en prendre au Président sortant.

À partir de ce moment, il ne faisait plus l’ombre d’un doute sur l’issue de ce scrutin longtemps donné pour déjà plié par l’autre opposant Martin Fayulu. Il faut dire que la Conférence épiscopale nationale du Congo (qui disait connaitre déjà le nom du vainqueur), les missions d’observations électorales et les médias internationaux (dont une enquête a révélé la victoire de Martin Fayulu) semblent avoir conclu un peu trop vite. Sans attendre de voir la boucherie, en direct, à la télévision nationale, du candidat de Lamuka, par la Cour constitutionnelle bien tendre avec l’UDPS mais qui n’a pas hésité à qualifier d’«absurde» le recours de Fayulu qui contestait les résultats proclamés par la Commission électorale.

Que l’UDPS, championne du combat pour la restauration d’un véritable État de droit en RDC, se soit retrouvée au cœur de ce que certains décrivent comme une machination judiciaire, cela a pu paraitre gênant aux yeux de nombre de Congolais. Que Félix Tshisekedi désormais allié du pouvoir sortant serve de bouclier contre les adversaires de Joseph Kabila, puisse poser problème à certains. Tout cela risque d’avoir moins d’importance si – comme ça semble visiblement le cas – pour la majorité des Congolais l’essentiel a été obtenu, c’est-à-dire, la première alternance pacifique à la tête du pays. Une alternance qui consacre surtout l’avènement au pouvoir du parti historique de l’opposition congolaise. Félix Tshisekedi aura passé par tous les chemins pour y arriver.
Yvon Muya
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