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Tribune

1er février 2017 - 1er février 2019 : deux ans se sont écoulés depuis que Etienne Tshisekedi wa Mulumba a tiré sa révérence « au cœur du combat ». Toute la RDC - politique - s’en souvient. Nombreux revivent – passionnément ou raisonnablement - l’image manifestement prégnante de cette emblématique figurede l’opposition politique congolaise dont le combat et la détermination, en dépit de nombreuses humiliations subies, ont inspiré maints esprits et réussi à assurer la solidité d’une « base » visiblement vigilante et constante. Ce malgré des défections, des effets de la transhumance politique, etc. au sein des instances dirigeantes de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti politique qu’il a dirigé des décennies durant.

Deux ans après son décès en Belgique, dans un contexte politique marqué par le report de l’élection présidentielle initialement prévue en décembre 2016, auquel il a adhéré en vertu de l’Accord politique de la Saint Sylvestre l’ayant consacré nommément Président du Conseil national de suivi de la mise en œuvre dudit Accord, Etienne Tshisekedi continue de survivre, d’affirmer sa présence invisible.

A voir son fils biologique et héritier politique, Félix Tshisekedi, succéder démocratiquement et pacifiquement au Président Joseph Kabila au terme d’une émouvante et angoissante élection présidentielle, c’est la mémoire d’Etienne Tshisekedi qui est davantage célébrée ci et là. D’aucuns vont, non sans verve, jusqu’à comparer le père et le fils Tshisekedi successivement à Moïse, « qui devrait conduire les israéliens dans la terre promise », et à Josué « qui conduira le peuple congolais dans la terre promise ».

Pour amener le peuple congolais dans « le paradis terrestre », le cinquième Président de la République démocratique du Congo (RDC) préconise, entre autres,la réconciliation nationale figurant parmi les priorités de son action. Son style de gouvernance sera à cet effet déterminant pour crédibiliser la pertinence de ses postures discursives à ce propos et mobiliser autour de son autorité des millions des Congolais n’ayant pas jeté sur lui leur dévolu dans les urnes. En effet, considérant, selon les indications chiffrées de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) confirmées par la Cour constitutionnelle, que le candidat à la présidentielle Félix Tshisekedi a été crédité de sept millions cinquante et un mille treize (7 051 013) voix, il est à noter qu’il s’agit d’un peu moins de dix pourcent(10%) de la population congolaise estimée à plus de septante millions ((70 000 000) d’âmes composées majoritairement des jeunes.

Certes, la rationalité électorale conseillerait de ne s’en tenir qu’aux indications quantitatives relatives au nombre d’enrôlés. Mais la réalité de gouvernance du pays impose d’en élargir le champ pour mieux mesurer la portée de la délicatesse de l’amorce - avec assez de prudence - du processus de réconciliation nationale annoncée par le Chef de l’Etat. Etant donné que « La force et l’unité d’un peuple repose sur la solidarité et la réconciliation nationale. »

Reste à savoir sur quoi portera cette réconciliation nationale en vue de préparer les parties prenantes à cette démarche à s’y prendre conséquemment. S’agirait-il simplement de gérer des frustrations et amertumes découlant du feuilleton des élections du 30 décembre 2018 ? Ou consisterait-elle, plus globalement, en la prise en compte des effets fâcheux de la lutte pour la démocratisation du pays depuis des décennies ? …

Dans tous les cas, dans le discours inaugural de son règne, le nouveau Chef de l’Etat de la RDC a pris soin de préciser, à l’attention de son prédécesseur, que « Nous avons été votre fervent adversaire politique, monsieur le président. Nous n’oublions rien de nos combats politiques, les moments difficiles traversés. Nous avons connu au cours des décennies des périodes d’incertitudes et de nouvelles tensions dans un climat politique non apaisé. (…) »

Il est capital à cet effet d’impulser et d’engager des réflexions approfondies sur les contours de la problématique à examiner pour éviter de sombrer dans un formalisme cosmétique et chimérique susceptible d’exacerber le problème plutôt que de le résoudre durablement en vue de gagner le pari d’un « Congo(véritablement) réconcilié ». Ce non sans une opposition politique dont il faille renforcer la vitalité pour une meilleure affirmation de la consolidation démocratique en RDC.

Les nombreux appels au dialogue ne devraient pas inciter à considérer comme impérative la formation d’un Gouvernement d’union nationale dans un pays constitutionnellement de démocratie représentative. Ceci contribuera non seulement à crédibiliser les contestations de la légitimité de l’actuel pouvoir mais, bien plus, à inspirer, à la ruse machiavélique, une offre susceptible de relever de l’ordre du « cheval de Troie ». L’histoire pourrait alors se répéter.

En attendant d’être assez fixé sur le fond de la réconciliation nationale envisagée dans le contexte de l’heure, des actions symboliques du Président de la République peuvent favoriser, dans l’opinion nationale quoique plurielle, la construction d’un sens susceptible de conforter le bien-fondé de sa vision. Il y va de la prise en compte de l’anthropologie politique, notamment congolaise.

A cet effet, l’attitude à réserver aux « morts », particulièrement aux figures historiques de la RDC,constituera un geste significatif dans le décryptage du message du Chef de l’Etat. Il importe à cet effet d’assurer clairement la cohérence entre les perceptions du pouvoir et la réalité du pouvoir sur un fond de rassemblement sans étouffer les divergences politiques.

Concrètement, le Président Félix Tshisekedi ferait œuvre utile, en ce jour si significatif dans son univers émotionnel, d’accepter et de donner un signal pour le rapatriement, en RDC, du corps du feu Président Joseph Mobutu avant celui de l’ancien Premier Ministre Etienne Tshisekedi. C’est ainsi fonder symboliquement la réconciliation entre deux personnalités ayant marqué, chacune à sa manière, des traces profondes dans la pensée nationale et généralement présentées en antagonistes dans le jeu politique congolais.

Sans ignorer les passions humaines, ceci constituera un exemple éloquent de dépassement de soi au bénéfice de la construction des mémoires publiques faites des succès et des ratés sur lesquels devrait s’inspirer le peuple congolais dans sa lutte pour un « Congo meilleur ». De la sorte, c’est faire montre de grandeur d’âme nécessaire à la renaissance d’un pays déchiré, des décennies durant, par des « conflits ethniques et locaux ».

Car, « L'histoire n'est pas tout le passé, mais elle n'est pas, non plus, tout ce qui reste du passé. Ou, si l'on veut, à côté d'une histoire écrite, il y a une histoire vivante qui se perpétue ou se renouvelle à travers le temps (…) » (Cfr. Maurice Halbwachs, La mémoire collective, 1950, p. 35, édition électronique). Il est ainsi capital de conférer au passé un sens qui concourt à (re)modeler le présent de manière à mieux projeter le peuple dans la conquête de l’avenir.

Dans un contexte marqué par la nécessité de remédier aux déchirements inhérents à la compétition électorale en démocratie libérale, il est stratégiquement essentield’encourager symboliquement le renforcement de l’élandu vouloir vivre ensemble grâce auquel la RDC est restée une et indivisible en dépit de nombreuses guerres ainsi que l’institutionnalisation du divisionnisme depuis l’ère coloniale dont est émaillée son histoire politique.

La réconciliation nationale n’aura véritablement d’intérêt qu’en s’en prenant aux schèmes perceptifs à la base des construits d’une altérité donnant lieu et entretenant des rivalités ontologiques instrumentalisées depuis l’indépendance dans différentes sphères du pouvoir. Le 1er février 2019 pourrait constituer le point départ de la lutte manifeste contre ce mal dénoncé mais non – encore - extirpé.

Martin ZIAKWAU Lembisa
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