Mercredi 12 février 2020. Il est 13 heures à Kinshasa. Sur le tarmac de l’aéroport international de N’djili, un régulier d’Ethiopian se pose. A bord de l’avion qui provient de Kampala, via d’Addis-Abeba, a embarqué, en première classe, un passager VIP. Oui, il a en sa possession un passeport diplomatique, réservé aux dignitaires de la République. Kalev Mutond ne se doute encore de rien. Au salon diplomatique où on le connait aussi bien qu’on le respecte, en tout cas on le craint, l’ancien patron de l’ANR (Agence Nationale de Renseignement) se voit interpellé, avec courtoisie, par un agent « zélé » de la Direction Générale des migrations : « veuillez attendre Monsieur ».

Comment peut-il oser ? S’était-il demandé, sans doute. En 18 ans de pouvoir Kabila, Kalev Mutond était l’incarnation de la répression et la torture. Il est cité dans plusieurs rapports des organisations des droits humains. Plus que Hannibal dans la Rome antique, Kalev faisait tellement peur que d’aucuns pensaient qu’il était le diable en personne. Quoi de plus normal, l’homme n’a même pas un prénom chrétien connu.

En pareille circonstance sous Kabila, avec la fatigue du voyage, oser poser une question à Kalev, était commettre un crime de lèse-majesté, un sacrilège, un blasphème. La sanction ? Au mieux la torture (oui, l’homme en a le talent : Jean-Claude Muyambo, Gérard Mulumba, Vano Kiboko et autres ont, durant leurs séjours à l’ANR, gouté à sa sauce : elle est amère, très amère) et au pire, la mort. D’ailleurs, apprend-t-on, ses voyages n’étaient pas souvent consignés.

Ainsi mis à l’écart, la DGM contacte l’ANR. Le Ministre de l’intérieur, Gilbert Kankonde, reçoit un coup de fil : « faites votre travail », aurait-il déclaré. Kalev est embarqué dans une Jeep pour la direction Général de l’ANR, commune de la Gombe.

Il a ses deux téléphones en mains et communique, durant le voyage, avec ses proches, dont Joseph Kabila en premier.
Du coup, Kingakati téléphone à Félix Tshisekedi sans succès. Panique chez Joseph Kabila : « Quoi ? À quoi il (Félix Tshisekedi) joue… » ?, Lâche un proche dans le cercle restreint de l’ancien chef de l’Etat…

Félix Tshisekedi est occupé, il reçoit Peter Pham, l’envoyé spécial des Etats Unis dans la région de Grand Lac qui s’est accompagné d’une délégation de « General Electric », une multinationale américaine qui vient signer un juteux contrat d’1 milliard de dollars.

Sur la toile, l’information fait le Buzz des réseaux sociaux. La radio et la télévision ne sont pas en reste. Tel un tremblement de terre, la ville a bougé : A la permanence de l’UDPS, les combattants, en groupuscules, exultent : « Fatshi béton, Fatshi Béton, Bic rouge ebandi musala », les motocyclistes communément appelé Wewa, sur la 10ème rue petit boulevard, klaxonnent…dans la filé, Georges Kapiamba de l’Association Congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ), publie un communiqué, appelant au respect des droits du « prévenu ».

Entre temps, le cortège filant en toute vitesse malgré les embouteillages des sauts-de moutons, arrive au Quartier Général de l’ANR, commune de la Gombe, à 15h. Les téléphones de Kalev ne cessent de sauner. Aux médias qui l’appellent pour confirmer l’information, l’homme fait une diversion teintée de l’arrogance : « Je suis chez moi à la maison. Je n’ai pas été interpellé, j’étais parti voir, de mon gré, mon ancien subalterne devenu Directeur général de l’ANR », laisse-t-il entendre.

Du côté de la présidence de la République, les lignes de communication avec Kingakati ont été rétablies. Le Conseiller Spécial, François Beya et le Général John Numbi notamment sont à la manœuvre. Peu après 19h, Kalev sort du quartier Général de l’ANR avec instruction, apprend-t-on, interdiction de sortir du territoire national. L’homme avait, en sa possession, un passeport diplomatique avec qualité de Conseiller du Premier Ministre, qualité qu’il n’aurait pas. Comment l’a-t-il eu ? Sylvestre Ilunga est-il impliqué ? Quel était la mission de son voyage à l’étranger? En vrai flic, Kalev a gardé silence…

Entre temps, Kikaya Bin Karubi, Conseiller principal au collège diplomatique de Joseph Kabila, pense que Félix Tshisekedi ne devrait pas « jouer à se faire peur… » .


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